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Les Pas-Comics de l'été

A la rentrée, vous aurez le droit à une nouvelle rubrique concoctée par Fitzlionheart dans laquelle il vous parlera de Pas-Comics. En guise de mise en bouche, il vous a préparé à la fois la définition de "Pas-Comics" et une grosse sélection qui risque de peser lourd dans vos bagages de vacances.

En septembre, vous découvrirez une nouvelle rubrique mensuelle sur le site : Les Pas Comics. L’idée derrière ces billets sera de vous présenter chaque mois les comics qui auraient pu passer hors de votre radar de lecteur parce qu’ils sont édités chez de petits éditeurs autres que Urban Comics, Panini Comics, Delcourt, Glénat Comics et consort. Il existe beaucoup d’autres éditeurs qui publient du comics sans même qu’on s’en rende compte. Le but est de mettre un coup de projecteur sur des titres qui n’auraient pas forcément attiré votre attention et principalement sur un, qui aura su se démarquer des autres. Celui-ci sera le premier chroniqué, le plus long aussi avant d’enchaîner sur les autres de manière plus succincte.

Enfin à la fin de chaque rubrique, vous aurez une critique plus détaillée d’un titre "Pas du Tout Comics" mais qui aura été ma meilleure lecture du mois. Une sorte de bonus histoire d’ouvrir encore plus votre horizon sur la production mondiale de bande-dessinée.

Considérez donc ceci comme un numéro #0 et n’hésitez pas à nous faire vos retours sur la pertinence de la rubrique (même si en réalité, on la fera. On est en Macronie je vous rappelle), ou sur ce que l’on pourrait faire pour la rendre encore meilleure.

Si les prochaines fois, il s’agira d’une listing complet des Pas-Comics du mois agrémenté de petites critiques, ici nous avons fait une sélection des bonnes sorties depuis le début de l’année histoire de rattraper un peu du retard pris.

Merci en tout cas d’avoir lu au moins jusqu’à la fin de cette introduction.

On commence tout de suite avec un groupe de titres au départ destinés à la jeunesse et dont vous auriez tort de vous priver.


5 Mondes

Gallimard jeunesse • Comics • Par Alexis Siegel - Mark Siegel - Xanthe Bouma - Matt Rockfeller - Boya Sum • 19€90

Depuis quelques mois, je trouve mes plus belles lectures au rayon jeunesse. Sans doute à la recherche de fraîcheur et d’Aventure (avec le grand A), je m’y sens bien et l’adulte en moi ressent de belles émotions rappelant le temps béni des dessins animés des matins du week-end.
Et parmi ces récentes sorties, c’est 5 Mondes qui a tiré son épingle du jeu.

Vous ne le savez peut-être pas mais vous avez sans doute déjà croisé l’un des scénaristes car il s’agit de Mark Siegel, le directeur éditorial de First Seconds, petit éditeur américain certes mais qui en plus de créer beaucoup d’albums comme Battling Boy de Paul Pope, se charge aussi d’en traduire beaucoup de la France vers les pays anglophones. Des auteurs comme Pénélope Bagieu, Emmanuel Guibert, ou Joann Sfar. Un gars cool donc.

Avec son frère Alexis et 3 dessinateurs, ils ont créé l’univers de 5 Mondes et ont publié le premier tome en début d’année simultanément en France et outre-atlantique.

C’est beau de ne pas être à la traîne pour une fois.

L’histoire, même si elle est destinée aux enfants à partir de 9 ans, est assez complexe. Oona Lee est une jeunesse danseuse de sable en devenir mais une assez mauvaise danseuse de sable. Ce rôle est très important dans son pays, sur le point d’entrer en guerre contre un état voisin. Cette situation critique va la forcer à se révéler grâce à la rencontre avec deux jeunes garçons aussi différents que cools An Tzu et Jax Amboy respectivement gamin des rues et sportifs superstar. Afin de sauver la planète d’un désastre annoncé, ce trio va devoir parcourir le monde afin de rallumer les 5 phares éteints.

Alors dit comme ça, ça parait assez compliqué pour les petits mais ça passe crème comme on disait quand j’étais petit. Il faut dire qu’il y a près de 250 pages rien que pour ce premier tome et que c’est génial d’avoir une mise en place qui prend son temps et pendant laquelle on ne va pas s’ennuyer une seconde.

On est déjà complètement réjoui par les dessins, ronds, colorés, que j’aime rapprocher de ce qu’on peut trouver dans certaines séries animées mais qui a tout de même sa propre personnalité et atmosphère. Les décors, les designs des personnages, les scènes d’actions, tout est époustouflant.

Et je ne sais pas si vous avez remarqué mais c’est une histoire d’aventure et le personnage principal est une fille. Et les différents personnages ne répondent pas au même carcan physique. Jax est noir. An est enrobé. Ils sont normaux ET ce sont des héros. Il y a actuellement tout une vague de titres anglo-saxons d’héroïnes d’action et c’est un bonheur fou de pouvoir lire ça et de le recommander pour des enfants qu’ils soient garçons ou filles. Les générations actuelles ont vraiment de quoi se réjouir en terme de modèles de fiction.

5 Mondes est une réussite totale. On est captivé dès les premiers pages et impossible de lâcher l’album avant la dernière.

Poppy ! Et le Lagon Perdu

Gallimard jeunesse • Comics • Par Matt Kindt & Brian Hurtt • 19€00 

Exemple parfait du comics que passe inaperçu alors qu’il est l’oeuvre de deux stars de l’industrie. Au scénario, Matt Kindt que l’on a beaucoup vu chez DC Comics et qui oeuvre maintenant surtout chez Valiant. Et au dessin Brian Hurt a qui l’on doit Sixth Gun paru chez Urban.

Le duo a vraisemblablement souhaité écrire une histoire qu’ils pourraient lire à leurs enfants et ils ont bigrement bien réussi leur coup.

Le petite Poppy a de la chance, elle est la petite fille du plus grand aventurier de tous les temps. Depuis qu’elle a décidé de reprendre le flambeau et de vivre ses propres aventures, elle est accompagné par un sidekick babysitter très protecteur du nom de Colt Winchester et elle peut profiter des nombreux avantages que lui a laissé son aïeul avec entre autres un paquebot privé, une horde de serviteurs dévoués, et un capitaine irrésistiblement efficace.

Il y a un peu d’Indiana Jones dans ce récit. Mais avec beaucoup plus de fantastique. Poppy va toujours se sortir des pièges et déjouer les mystères placés sur son chemin mais sa façon positive d’affronter ces obstacles est tellement contagieuse qu’on plonge avec elle dans l’inconnu.

Pour les dessins, on est sans doute moins grand public car il semblerait que les planches soient peintes et c’est moins moderne que la plupart des sorties actuelles mais c’est aussi ce qui fait le charme de cette histoire complète qui j’espère aura une suite très vite.

Oh et vous avez remarqué ? C’est encore une fille.

Quand je vous disais que c’était une vague…

La Cité Sans Nom

Rue de Sèvres • Comics • Par Faith Eric Hicks • 16€00 

Dernier titre jeunesse mais pas que avec La Cité Sans Nom, premier tome d’une trilogie dans laquelle on suit la vie d’une cité dont les dirigeants changent selon les pouvoirs en place. Si cela arrange bien les grandes puissances qui se battent pour ce lieu stratégique, c’est au détriment de ses habitants historiques, oubliés et maltraités.

Mais Kaidu, un jeune ado, futur soldat de la maison Dao, va apprendre et découvrir de ceux qui sont et font vraiment la ville suite à sa rencontre avec Rat, une jeune fille qui a tout pour détester ce futur oppresseur.

Cette amitié naissante va d’autant plus s’affirmer lorsqu’ils vont découvrir qu’un complot est en train de se fomenter en coulisse contre la famille Dao.

C’est très très beau graphiquement. Mais je suis peut-être sous le charme parce que cela me fait penser au dessin animé Avatar avec toutes ses références asiatiques dans l’architecture. En tout cas, c’est très réussi et à conseiller parce qu’en plus de l’aventure, il y a un véritable sous-propos politique et social.

Allez, on quitte le monde merveilleux des enfants pour passer chez les adultes aigris.

Charlie Chan Hock Chye, Une Vie Dessinée

Urban China • Comics • Par Sonny Liew • 22€50

Nous vous avions déjà parlé de The Shadow Hero, un superbe album jeunesse dessiné par Sonny Liew, un jeune artiste malaisien. Le revoilà avec ce pavé inclassable dans lequel il invente un faux et vieil artiste afin de raconter l’histoire de son pays à travers le parcours de cet homme et surtout de ses BDs.

Pour que vous compreniez bien, Sonny Liew invente totalement la vie de Charlie Chan mais il la fait suivre la grande Histoire de la Malaisie et des tensions qu’elle subit continuellement tout au long du XXième siècle. Et pour illustrer cela encore mieux, il va également inventé les comics que Charlie Chan crée depuis son adolescence. Tout est donc faux mais on pourrait complètement croire à une vérité tant c’est bien fait. Sonny Liew adapte son dessin selon les genres des œuvres de Charlie Chan. Parfois aventure super-héroïque, parfois comics-strip. Humour, action, politique, tout y passe et la palette de Chan est sans fausse note et par extension, celle de Liew aussi.

De plus, les hommages à des artistes eux, bien réels est un délice. Ozamu Tezuka, Archie Goodwin, et bien sur les créateurs des super-héros américains. Tout est digéré par Chan/Liew et ressort dans une oeuvre qui se permet d’être à la fois un reportage historique, une biographie captivante et un exercice de style brillamment maîtrisé.

Un chef d’oeuvre inclassable, divertissant à chaque page mais qui nous en apprend aussi beaucoup sur la Malaisie.

Monster

Delirium • Comics • Par Alan Moore & Alan Grant & John Wagner & Heinzl & Jesus Rodondo • 26€00

Voilà un titre que j’aurais voulu apprécier mais que j’ai surtout feuilleté par curiosité. Je pense être né trop tard pour rentrer dans ces formats d’histoire pré-publiées dans des magazines anglais par de très courts épisodes.

En plus, la couverture nous vend du Alan Moore alors que le grand chaman des comics ne fait qu’allumer la flamme de la série avec un premier chapitre dessiné par un certain Heinzl avant de laisser la main à des compères britanniques bien connus eux aussi, Alan Grant et John Wagner mais qui ne feront pas remonter la série au niveau du chef d’oeuvre promis.

Non pas que ce soit mauvais. C’est même ultra plaisant graphiquement avec ce noir et blanc horrifique qui fait immédiatement pensé aux publications Creepy et Eerie. Mais je n’ai jamais été sensible à l’horreur en bande dessinée alors ce n’est pas avec de vieilles publications que ça va commencer.

J’accepte de croire qu’il s’agit d’un moment important de la BD anglaise mais je n’ai simplement pas plus accroché à l’histoire.

Elfquest

Snorgleux Comics • Comics • Par Wendy et Richard Pini • 15€00 

Depuis le temps que j’entends parler de ce titre et que je me retiens de me l’acheter en VO, voilà qu’une librairie devenue éditrice vient d’en acquérir les droits et débute à re-publier ce classique de l’heroic fantasy.

Créé en 1978 alors que le genre fantastique s’apprête à exploser dans la culture populaire (avec des films comme Dark Crystal par exemple), Elfquest est une série toujours en cours aujourd’hui et toujours scénarisée par Richard Pini et dessinée par Wendy Pini, sa femme.

On ne va pas se mentir, les dessins ont un poil vieillis. Mais l’histoire est tellement réussie qu’on arrive à faire abstraction de ce détail en rentrant immédiatement dans l’histoire de cette tribu d’elfes chassée de leur habitat naturel et forcé de se trouver un nouveau foyer. Ni méchants ni gentils, ils possèdent des caractères très affirmés qui vont même parfois les desservir, ce qui rend la série très moderne malgré son vieil âge.

Je suis soufflé de voir qu’il y a bientôt 40 ans, on pouvait écrire des histoires qui résonnent toujours autant et qui tiennent encore la route.

Russian Olive to Red King

Akiléos • Comics • Par Kathryn et Stuart Immonen • 19€00 

Pas simple de parler de cet album. Les Immonen quand ils ne travaillent pas pour les grosses maisons d’édition américaines s’offrent des moments de créativité totalement libre avec de courts albums comme ce dernier ou Moving Pictures avant lui.

Et le style est foncièrement différent. On est plus proche de ce qu’on appelle en France le roman graphique. On y suit un couple. Red est semble-t-il un écrivain en panne d’inspiration effrayé par le monde en-dehors de son appartement. Olive, elle, est journaliste et part pour plusieurs jours dans un lieu reculé.

Lui reste seul, avec pour compagnie un chien à sortir. Tandis que elle va survivre au crash de son petit avion et tenter de retrouver la civilisation et sa moitié dont elle sait qu’il ne pourra affronter la vie sans elle.

Cet album est rempli de tristesse. Ce que vit Red quand il réalise qu’elle ne reviendra pas, sans doute à cause de sa phobie et de sa triste vie et ce qu’elle traverse physiquement et mentalement dans une forêt glacée pour tenter de sauver sa vie, tout cela est pesant, lourd et douloureux.

Et puis sans trop en raconter arrive le dernier tiers de l’album, fait principalement de texte. De longues lignes placée sur chaque page avec une seule image pour accompagner. Des textes beaux mais qui font de cet album moins une bande dessinée que ce qu’on pensait. On part sur autre chose. De plus intime et de plus littéraire. C’est décontenançant mais toujours très beau et triste.

C’est une expérience à part que ce titre.

Bowery Boys

Glénat Comics • Comics • Par Cory Levine & Ian Bertram • 16€95 

On pourrait résumer ça en Gangs of New-York mais avec des dessins de fous furieux. Glénat a mis la main sur l’une des perles actuelles du comics. Ian Bertram possède la minutie d’un Geof Darrow ou d’un Juan José Ryp mais sans le côté exagéré qu’ont parfois ces deux génies. Bertram est plus mesuré, il a un dessin qui accompagne l’histoire plutôt qu’un dessin qui surpasse l’histoire. Ses personnages sont vivants, et ont des physiques atypiques.

Et cela colle bien à l’ambiance salle et de ce Manhattan des caniveaux et cette guerre de gangs. Cependant, même si cela parle de politique et de lutte social, le scénario n’est pas le plus grand atout de ce titre.

C’est une belle découverte mais que j’espère voir concrétiser dans la prochaine parution de Bertram chez Glénat House of Penance.

Demon

Cambourakis • Comics • Par Jason Shiga • 22€00 

Le génie de Jason Shiga n’est plus à démontrer pour moi. Après le chef d’oeuvre qu’est Vanille ou Chocolat (une sorte de livre dont vous êtes le héros où vous suivez votre chemin selon des choix de scénario commençant par une glace vanille ou chocolat), cet américain a décidé de totalement réinventer le concept d’immortalité avec sa série Demon prévue en 4 tomes (deux de sortis pour le moment).

Tout commence par un suicide. Celui de Jimmy. Puis son réveil. Puis le nouveau suicide pour vraiment y parvenir. Puis re-réveil. Puis re-suicide. Et la réalisation qu’un truc cloche un peu. Mais qu’il ne s’agit pas d’une immortalité classique. Elle est régie par certains règles que l’on va découvrir rapidement puisque Jimmy est poursuivi par une faction spéciale qui a compris son pouvoir.

Démarre alors la cavale la plus folle, crade, cruelle, gore que vous pourrez lire en bande dessinée. Sans vous expliquer à quoi cela va servir, on a jusqu’à l’utilisation d’un couteau fait de sperme séché dans ce premier tome. Vous trouvez ça excessif ? Attendez de voir le tome 2 et vu la fin de celui-ci, ce n’est pas prêt de s’arrêter.

Je le répète, Jason Shiga est un génie de l’écriture, au style graphique très épuré, presque enfantin parfois mais cela fonctionne parfaitement avec ses histoires à ne pas mettre entre toutes les mains.

L'Esprit du Camp

Studio Lounak • BD • Par Michel Falardeau • 15€50 

Impossible enfin de ne pas vous parler de l’esprit du camp.

Je ne m’explique pas mon blocage sur la série Lumberjanes que je trouve sympathique mais surcotée. Mais je trouve en tout cas cas ce premier tome sur deux d’annoncé pour l'Esprit du Camp tous les arguments donnés par les fans des boyscouts féminines. C'est moins cartoon et moins fantastique mais ça va clairement partir dans du n'importe quoi dans le second tome tant on a un aperçu d'une belle folie ici.

Une ado un peu forcée par sa mère de travailler dans un camp comme animatrice va se retrouver plonger dans un environnement hostile fait d'enfants incontrôlables chapeautée en plus par un chef de camp bien marteau. C'est drôle d'abord puis un peu inquiétant puis les deux et cette alternance entre les ambiances est la grande force de la série.

Jean Doux et le Mystère

Delcourt • BD • Par Philippe Valette • 29€95

Dans la série des album ovniesque, je voudrais celui qui mélange avec habileté The Office et Indiana Jones pour en faire un délire humoristique d’extrêmement bonne qualité.

Jean Doux est employé dans une société de broyeuse à papier. Alors que des changements internes sont à prévoir suite au rachat par des concurrents, Jean Doux découvre lors d’une pause cigarette clandestine une vielle disquettes molle dans le faux plafond du débarras.

Que contient-elle ? Comment va-t-il la lire ? Quelle longueur de cravate doit-il adopter face à ses nouveaux employeurs ? Y’aura-t-il de la choucroute à la cantoche ?

Toutes ses questions et bien d’autres troueront des réponses dans ce pavé au format à l’italienne de 250 pages. Avec ses amis Jeanne France et Jean-Pierre, Jean Doux part à l’aventure dans son open space et ce qu’il va découvrir va changer la face du monde à jamais…

Pas mal le pitch hein ? J’espère que ça vous donnera envie de lire ce titre au graphisme très numérique mais au kitsch assumé. Ici la moustache est de mise et les cheveux gominés aussi. Tout est tellement gaguesque et tout fonctionne si bien que je n’ose pas vous en dire plus.

Pour moi, c’est un chef d’oeuvre mais vu que l’humour c’est subjectif et que Robert Reynolds ne rit jamais à mes blagues, peut-être que j’ai mauvais (mais en vrai, je pense que c’est le contraire (hashtag clignement des yeux).


Voilà pour ce numéro #0 de Les Pas-Comics.

Rendez-vous début octobre pour les titres de la rentrée et chaque début de mois ensuite pour ce nouveau rendez-vous du Mighty Blog.

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