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Les fans de comics s'ennuient à Comic Con Paris

Bilan d'une journée à la convention de pop-culture parisienne

Comme vous le savez, il s'est tenu le week-end dernier Comic Con Paris, une convention dédiée à la pop culture surfant sur la popularité actuelle du terme "comics". Mais, justement, nous les fans de BD, y avons-nous notre place ?

À tort, j'ai cru que Reedpop, société de production de l'événement avait décidé de mettre plus en valeur les comics. Après tout, elle a invité des auteurs pointus comme Tony Moore, Terry Moore, Greg Pak et Erik Larsen. Bien évidemment, ça ne vaut pas Frank Miller ou Brian Michael Bendis qui étaient invités l'année dernière - le dernier a annulé sa venue au dernier moment - mais il y a une certaine matière pour organiser des Master Class ou des Panels. Si nous n'avons pas eu le droit aux classes de maîtres, il y a bien eu des conférences. Je n'en ai vu aucune puisque le dimanche, seul jour où j'y suis allé, il n'y avait pas de sujets qui m'intéressaient. Mais, les deux autres jours il y avait des conférences sur Valiant, Image Comics, des présentations de carrière de Erik Larsen et Terry Moore (animée par la GRANDE Katchoo) et d'autres.

Oui, le programme et l'affiche étaient intéressants mais dans les faits... ça bloque un peu.

Comic Con Paris est un festival bling bling. Reedpop se donne les moyens de paraître grand. Lorsque nous rentrons dans les lieux, la Grande Halle de la Vilette déjà magnifique, c'est la cours des miracles. Ça s'élève en hauteur, nous ne savons pas par où commencer, il y a des couleurs partout, des marchands, des stands d'éditeurs, des cosplayeurs arpentant les allées, il y a de la musique (mauvaise mais pas criarde), il y a des animations,etc. Bref, nous sommes dans une convention qui a mis les moyens.

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Mais, une question m'a trottée en tête longtemps : où sont les auteurs de comics ?

Sur les côtés, il y a des accès vers le premier étage, une passerelle surplombant les lieux. L'accès est interdit à certains endroits pour ceux qui n'ont pas leur ticket pour les signatures. Pour avoir ce droit, il faut faire la queue et, déjà, les gens s'entassent, des gens sont en larme à 10H ayant peur de rater leur autographe de Dominic Purcell ou de Rebecca Romijn-Stamos. C'est malheureusement la règle des conventions. Par contre, l'artist alley n'est indiquée nul part... ou plutôt mal indiquée.

Elle aussi est au premier étage, de l'autre côté de la convention. On la voit mieux de la sortie que de l'entrée puisqu'elle surplombe celle-ci. Et lorsqu'on la trouve, on a honte. Honte puisque les auteurs INVITÉS par la convention partagent des tables de salle de fête. Leurs noms n'apparaissent que sur le matériel qu'ils ont apporté eux-mêmes... comme des auteurs qui viennent louer un espace dans une convention américaine. Ainsi, Terry Moore n'avait absolument rien qui indiquait sa place. Tony Moore, si je ne savais pas à quoi il ressemblait, je ne lui aurais pas serré la main (je lui ai serré la main !!). Greg Pak, le scénariste de l'actuelle série Hulk et scénariste de Planet Hulk et World War Hulk que tout le monde semble attendre adapté en film, avait zéro visite. Il était au fond, puni. Je pense qu'il écrivait ses scripts sur son téléphone. Là, franchement, il avait le temps.

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Je me dis qu'heureusement, peu d'artistes habitués à ce genre d'événement n'ont pas payé les 320€ de location de table. Ils auraient été parqués dans des conditions déplorables et auraient vraiment eu l'impression d'être volés.

Paradoxalement, c'était un privilège de pouvoir aller discuter avec les auteurs présents quelques secondes voire, quelques minutes, afin de leur dire ô combien leurs travaux nous plaît. J'ai pu parler cinq minutes avec Pak - quel idiot, j'avais peur de le déranger - et lui dire que j'adorais Amadeus. Il m'a présenté sa série Kingsway West, sa mini-série publiée par Dark Horse que je n'avais pas lue. J'ai pu voir et apprécier Larsen dessiner une page d'un prochain épisode de Savage Dragon. J'ai ainsi pu lui poser quelques questions dessus, sur sa manière d'appréhender une page. C'était très intéressant.

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Du coup, j'ai presque envie que Comic Con Paris 2017 continue à délaisser les auteurs de comics - qui avaient l'air blasés par le manque évident d'organisation - afin qu'on puisse partager ces quelques moments intimes avec ces auteurs.

Dans le même ordre d'idée, il n'y avait qu'un seul vendeur de comics, un vendeur canadien - ni Album, ni Pulp, ni Central Comics n'étaient conviés - qui vendaient de la V.O. et de la version québécoise. Lorsqu'un jeune homme s'est approché du vendeur pour lui demander : "vous vendez du V.F. ?" [oui, il a dit "du V.F." je suis désolé - NdR], il n'a pas compris puis il a montré les singles québecois. Le jeune homme voulant certainement remplir sa collection Panini ou Urban, était déçu.

Malheureusement, tout cela confirme que Reedpop- malgré son intention de vouloir plaire aux fans de comics lors de sa promo - n'en a strictement rien à faire de la BD. Ce qui l'intéresse c'est que les cosplayeurs défilent et s'amusent, que le groupe Boloré impose le logo Canal + au milieu du salon et que les fans fassent la queue pour faire signer une photo d'un YouTubeur. Peut-être que je suis trop idéaliste - pour reprendre le terme employé par mon cher Toine Reynolds, mais je pense qu'il y a un compromis à trouver afin que le terme comics dans le nom de la convention et une intention plus mercantile. Mettre les auteurs de comics invité sur le carré central, regrouper les stands d'éditeurs, mettre les animations plus à l'arrière et les stands de bouffe à l'étage sur la partie squattée par les cosplayeurs en perdition, mettre les YouTubeurs à la place des caricaturistes qui auraient été là où était située la pseudo-Artist Alley. Ainsi, la navigation aurait été plus logique avec la partie comics regroupée, une navigation allant d'activités en activité à l'étage et l'action en bout afin d'attirer les gens à s'y rendre. Les magasins auraient eu autant de place et auraient créé des séparations éloignant les stands de Funko Pop les uns des autres.

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Le constat n'est pas que Comic Con Paris est un festival raté. Je n'étais clairement pas la cible donc je ne m'engagerai pas sur ce point. Le constat est que le terme "comics" est en train de se transformer dans l'esprit des gens. Un peu comme le terme "geek" est devenu un Gloubi-boulga délaissant le sens original du terme - c'est à dire un synonyme de "passionné". On rappelle que si tu achètes un produit Apple tu es considéré comme un geek dans certains médias. Eh bien, le phénomène se voit de plus en plus pour les comics. Maintenant, voir un film de super-héros, c'est être un fan de comics. Alors qu'on le rappelle les comics sont, et ont toujours été, le terme utilisé pour parler de bande-dessinée américaine. Le phénomène est identique chez les lecteurs de manga qui ont le droit à des remarques du genre "ah tu aimes les manga ? Moi, je n'en regarde pas à part Dragon Ball Z".

Avec cet article, je donne à nouveau raison à Reedpop de délaisser les bloggueurs comics - enfin ceux qui ne boycottent pas parce qu'ils n'ont pas pu avoir d'accréditations l'année dernière - mais, après tout, ce n'est pas notre lectorat, à savoir vous, que le festival veut faire venir. C'est évident. Moi, fan de comics, je me suis fait chier. Les gens s'entassaient dans les allées trop serrées. Moi, je n'avais qu'une seule envie, partir en courant. Heureusement, Katchoo et Julien Lordinateur de The Lesbian Geek's Blog étaient présents ainsi que l'équipe de Panini Comics et, notre très cher Fitzlionheart, sinon c'est ce que j'aurais fait sans même savoir où était l'Artist Alley.

  • Meestake

    Totalement d'accord pour la localisation de l'Artist Alley, j'ai dû faire tout le tour du salon avant de me rendre compte qu'il fallait monter.. Greg Pak me faisait de la peine dans son coin, mais bon c'était plus simple pour lui parler du coup. De toute façon je suis globalement d'accord avec ton avis donc bon ^^

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