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Une Comic-Con de New-York compliquée pour Marvel

Alors que la Comic Con de New York se termine ce soir, on peut déjà dresser une partie du bilan de l'événement en disant que Marvel, dans son ensemble, a eu un événement compliqué niveau communication.

Ce n'est pas au niveau des annonces que Marvel Comics est à plaindre, il a été là où on l'attendait et on espère qu'il réserve de bonnes surprises au panel sur le Cinematique Universe. Je dirais même que Marvel a su conquérir son public avec le trailer de la série Runaways et les annonces de nouvelles séries X-Men. Pourtant, si on dresse le bilan dans sa globalité, l'événement est plutôt perçu comme compliqué à cause de bad buzz, parfois poussé par des fans un peu trop réacs, d'autres par la firme elle-même. Retour sur les points disgracieux de cette Comic-Con.

La guerre contre les revendeurs continue

Tout à commencé le premier jour alors que Marvel Comics tient un panel face aux revendeurs, les propriétaires de comicshops. Il faut savoir que ces derniers font la pluie et le beau temps sur le marché américain. Si les éditeurs de comics publient les sollicitations trois mois à l'avance - donnant parfois l'impression de spoiler les intrigues en cours, c'est pour permettre aux revendeurs de choisir les titres qu'ils vont précommander. La motivation de ces choix est vague : cela peut être poussé par ce que les clients habituels achètent, ou par ce que les clients précommandent, ou par ce que le vendeur veut lire ou non. Parce que les revendeurs sont avant tout des fans mais, pas forcément de ceux qui sont ouverts d'esprits comme le démontre ce que Marvel a vécu à la comic-con de New-York cette année.

Vu l'importance des revendeurs, Marvel Comics les bichonne donc, notamment en leur offrant le temps d'un panel un moment privilégié pendant lequel ils peuvent discuter avec les éditeurs de la firme - et où des annonces exclusives sont faites. Comme vous l'aurez compris, celui de la NYCC a déraillé... très rapidement. Tout a été critiqué ! Absolument tout ! A commencer par la numérotation des épisodes one-shots, par le fait qu'ils doutent que le cross-over hebdomadaire Avengers: No Surrender tienne la cadence, sur les fameuses lenticular covers offertes aux revendeurs qu'ils estiment de mauvaise qualité, sur le fait que la série Hulk ne soit pas renumérotée... On note d'entrée de jeu une certaine mauvaise foi de leur part puisque la numérotation des one-shots est vieille comme le monde (et n'importe quel éditeur le fait) et qu'avant de constater la qualité - pas si déplorable que ça d'ailleurs - des lenticular covers, un groupe de revendeurs avait annoncé qu'il allait ne pas les mettre en rayons.

C'est justement en ramenant sur le tapis sur ce sujet qu'un revendeur s'est fait applaudir par ses confrères se plaignant du système qu'on leur impose. Et il continue son intervention en se plaignant que les héros de Marvel sont tous remplacés par des femmes en même temps. L'équipe de la Maison des Idées leur rappelle que ce n'est pas la première fois mais le sujet est lancé. D'autres revendeurs prennent la parole et parlent de super-héros "homo", "black" et de "putain de gonzesses". Heureusement, leurs confrères se sont mis à huer ceux qui utilisaient ces termes.

Si on oublie le fait que Marvel ramène les héros iconiques au devant de la scène avec Marvel Legacy, ce débat commence à devenir stérile. On rappelle que Marvel Comics s'était fait taper sur les doigts - à juste titre - après une interview de David Gabriel, chef des ventes de la firme, parce qu'il avait dit qu'on leur avait dit que les lecteurs en avaient marre de la diversité. Le fait est qu'il sortait d'un rendez-vous avec des revendeurs qui avaient critiqué la diversité et qu'ils estimaient que c'était à cause d'elle qu'il y a une chute de ventes des comics outre-Atlantique. Gabriel l'a expliqué a posteriori, les chiffres montrent le contraire les lecteurs aiment la diversité et que cela se ressent au niveau des ventes... surtout si on s'intéresse aux ventes dans les autres réseaux de distribution.

A noter que Gabriel, en fin de panel, a décidé de donner son adresse email à ceux qui voulaient discuter de tous ces problèmes. Certains revendeurs ont mis en ligne cette adresse en invitant les fans à écrire au chef des ventes qu'ils en ont marre de la diversité.

Justement, est-ce que ce système de vente n'est pas désuet ? Les propriétaires de comicshops sont principalement blancs, cisgenre et hétérosexuels et ne comprennent pas forcément - et se sentent moins concernés par - la nécessité de changer les porteurs de costume pendant un certain temps afin de montrer qu'être un super-héros n'est pas réservé à une catégorie de personne. Pour pointer le problème, j'ai envie de revenir sur l'annonce d'octobre 2016 de la première revendeuse afro-américaine aux Etats-Unis dans un système vieux de plus de 40 ans !

Les gens issus de minorité ne se sentent pas forcément les bienvenus dans les comicshops comme l'explique Paula sur son billet et j'ai lu sur un groupe fermé Facebook, une lectrice transsexuelle qui avait demandé à son revendeur s'il comptait précommander Kim & Kim, une mini-série écrite par une autrice transsexuelle avec un couple d'héroïne dont une transsexuelle justement. Le propriétaire du comicshop lui a dit qu'il ne commandait pas ce genre de comics. Forcément, la lectrice a commandé le numéro en ligne évitant d'être jugée et de subir la critique du vendeur.

Il est dommage de voir qu'une poignée de mecs nous fassent encore passer, nous lecteurs de comics, pour des abrutis finis qui vivent dans notre petit monde et qui ne faisons que preuve d'intolérance surtout que, comme le rappelle Stan Lee ci-dessous, une grande partie de notre culture est basée sur le combat contre la bigoterie et la discrimination.

Le Punisher

L'autre annonce qui a irrité le poil de certains fans c'est la suspension de la série Netflix The Punisher. Cette décision fait suite au massacre perpétué à Las Vegas et au débat sur le port d'armes aux Etats-Unis. Une décision que je trouve juste mais, sous couvert de "on voit des fusillades partout à la télévision" ou des "le tueur n'était qu'un fou" ou d'autres arguments un peu débiles, certains ne comprennent pas que, par acquis de conscience, le SVOD - ou Marvel Studios d'ailleurs - ait décidé de repousser la série.

Le partenariat avec un géant de l'armement

Venu de nul part, Marvel Entertainement, le groupe qui contient Marvel Comics, Marvel Television, Marvel Games et Marvel Studios, annonce un partenariat avec Northrop Grumman, un géant de l'armement. C'est par Twitter que l'annonce est faite et un panel devait se tenir à ce sujet à la Comic-Con.

J'ai été surpris de ne pas voir des auteurs de Marvel réagir à cette annonce mais, les fans ont réagi de suite en parlant de boycotter Marvel et, notamment, le film Thor: Ragnarok qui arrive bientôt. Moi-même, j'ai commencé à écrire quelques lignes pour expliquer pourquoi j'allais boycotter Marvel Comics et ne plus publier sur le site de critiques de leur série jusqu'à nouvel ordre.

Heureusement, l'événement a été annulé.

Marvel Entertainment est tenu par Ike Perlmutter, un mania de la finance qui est souvent pris comme exemple par Donald Trump pour parler des chefs d'entreprise qui réussissent. Il a d'ailleurs été un soutient à Trump lors de sa campagne électorale. Depuis l'élection de Trump, des rumeurs parlaient que Perlmutter avait convoqué tout le staff du groupe afin de "droitiser" Marvel. En gros : fin des héros issus de la diversité et un traitement plus patriotique des histoires. Ces rumeurs allaient jusqu'à faire penser que l'histoire de Captain America devenant me Supreme Leader de Hydra était le début de cette transformation.

Ces rumeurs s'avèrent fausses mais, comme dans toutes les rumeurs, il y a toujours une part de vérité. Ce partenariat avec Northrop Grumman peut être cette part de vérité.

Le partenariat devait prendre la forme d'un comicbook All-Ages où les héros de Marvel - au look de ceux des films - faisaient équipe avec l'équipe de super-héros de Northrop Grumman, N.G.E.N.. Le comicbook devait être écrit par Fabian Nicieza et Sean Chen.

A l'intérieur de ce fascicule devait se trouver des publicités de recrutement pour Northrop Grumman comme ci-dessous.

Chez Marvel Comics, ils ont appris ce partenariat en même temps que le public. Il faut dire que tous les comics qui sortent chez eux ne sont pas forcément gérés par eux par par une autre filiale du groupe - comme les préludes aux films ou le comicbook transformant le chanteur Weeknd en super-héros.

Chez Marvel Entertainment, l'équipe de communication essaie d'expliquer que la série n'avait pas pour but de promouvoir la guerre mais se concentrait sur la technologie aérospatiale et l'exploration dans un sens positif. Et, je pense que très sincèrement vu le pedigree des auteurs, il était difficile de le concevoir autrement... Mais n'empêche que le groupe est spécialisé dans l'armement et contribue - indirectement dira-t-on - à la guerre dans le monde et aux conflits armés, ce qui n'est clairement pas ce que doit véhiculer les comics de super-héros.

Et ce plan de comm' est d'autant plus foireux puisque il arrive en même temps Marvel Comics et Stan Lee disent combattre la haine par leurs comics et que Marvel Television décide de repousser une série suite à un massacre armé qui a eu lieu aux Etats-Unis. Oui, cette Comic-Con de New-York était très compliquée pour Marvel...