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Quand Wonder Woman était blonde

... et une espionne envoyée par les Amazones

Pour ce premier article de Comics on Screen, nos chroniques qui parlent de l'adaptation des comics à l'écran, nous intéressons à Wonder Woman, la super-héroïne qui fête ses 75 ans cette année, dans son incarnation certainement la moins fidèle.

Gal Gadot n'est pas la première actrice à incarner Wonder Woman à l'écran. Forcément, vous connaissez - ou avez dû entendre parler de - Linda Carter qui a tenu le rôle de 1975 à 1979 sur le petit écran et Adrianne Palincki pour le fameux épisode pilote de 2011 jugé trop mauvais par les producteurs pour être diffusé. Deux autres actrices ont tenu le rôle avant cela, la première étant Linda Harrison qui incarna l'Amazone dans une série en 1967.

Juste avant que Linda Carter tienne le rôle de Wonder Woman en 1975, celui-ci a été confié à l'ancienne tennis-woman, Cathy Lee Crosby le temps d'un simple pilote diffusé en mars 1974. Difficile de ne pas remarquer la différence physique notable entre l'amazone de DC Comics et cette incarnation de Wonder Woman, la première est brune et la seconde est blonde. Finalement, cela apporte peu, elle ne sera pas la première ni la dernière amazone blonde. De plus, dans cette adaptation, ce qui fait tâche n'est pas le choix de l'actrice mais que le pilote ressemble à s'y méprendre à un remake américain masqué de Chapeau Melon et Bottes de Cuir.

Diana Prince (Cathy Lee Crosby) est la secrétaire du grand espion américain, Steve Trevor (Kaz Garas). Mais, elle est aussi en secret une super-espionne venue de Paradise Island, l'île des Amazones. Lorsque des livres dans lesquels sont écrits l'identité de 39 espions américains sous couverture tombent entre les mains d'un criminel de renommée internationale (Ricardo Montalban), Diana doit alors revêtir (littéralement) son costume d'espionne afin de les récupérer. Elle devra affronter l'acolyte du criminel (Andrew Prine) et une ancienne amazone passée dans le camp des vilains (Anitra Ford).

Bon, nous passerons le fait que les services secrets conservent sur des livres plutôt que des microfilms l'identité de ses agents sous couverture et qu'ils soient obligé de compter sur une espionne étrangère qui se fait passer pour une secrétaire afin de sauver la situation.Le ocntexte rappelle bel et bien L'Inspecteur Gadget mais l'ambiance se veut plus mystérieuse et farfelue comme la série anglaise The Avengers (Chapeau Melon et Bottes de Cuir en VF). Pour retrouver la piste des ennemis, Diana suit un âne avant de se faire attaquer par une sorte de boue multicolore, le tout servi avec de la musique disco.

Ce qui frappe n'importe quel fan de Wonder Woman est le costume. Crosby porte un uniforme plutôt sportif à la Emma Peel ou à la Charlie's Angels (Drôles de Dames en VF) mais aux couleurs rappelant ceux de la création de William Moulton Marston. Il y a le motif étoilé et même l'aigle est brodé sur la veste de sur-vêtement. En revanche, aucune tiare, aucun lasso de vérité, pas d'avion invisible et aucune super-pouvoir, cette amazone est une espionne et elle a tout un arsenal de gadgets que ça soit un bâton de combat ou bien des bracelets sur lesquels ricochent les armes à feu.

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La série qui devait suivre ne verra pas le jour. Pourtant, la chaîne ABC a mis les moyens pour réussir le pilote en recrutant John D. F. Black (Star Trek) pour développer la série et Vincent McEveety (Star Trek, Magnum...) pour réaliser l'épisode.

Le projet de série est rebooté et donne naissance l'année d'après à la mini-série avec Linda Carter dans le rôle de Wonder Woman avec un retour aux basiques avec la double identité, le costume, le lasso et l'avion invisible, les origines et le contexte de la guerre mondiale.

La raison de l'arrêt de cette série Wonder Woman n'a pas de raison officielle. Après tout, malgré le côté kitch, la série n'est pas si pire que certaines de ses contemporaines. Mais le choix de l'arrêt semble évident lorsqu'on s'intéresse à la publication du comicbook Wonder Woman.

La série télé de Black et McEveety s'inspire du comicbook Wonder Woman devenue au numéro 179 paru en 1968, Diana Prince: Wonder Woman dans lequel notre héroïne a perdu ses pouvoirs et est devenue agent secret. Sans ses dons d'Amazone, elle devient détective, fan de shopping et ne pense qu'a trouvé l'homme idéal (*sic*). Elle s'habille alors comme les héroïnes de The Avengers, tantôt Emma Peel, lorsqu'il y a de l'action, tantôt Tara King pour le reste.

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L'idée de DC Comics de l'époque était de faire de Wonder Woman, une héroïne girly dans un titre plutôt destiné aux jeunes filles fans de poupées, et faire rentrer l'héroïne dans une ère plus moderne, la femme célibataire et coquette étant le summum de la femme indépendante pour le patriarcat de l'époque.

Sauf que l'éditeur va devoir changer d'épaule. En juillet 1972, la journaliste féministe Gloria Steinem lance son magazine Ms. et consacre sa première couverture à Wonder Woman représentée comme symbole de justice et de paix en pleine Guerre du Vietnam. C'est ainsi que l'Amazone de DC devient un symbole féministe (et d'Amour) au-delà du contexte de la BD, représentant ainsi toute une partie de la population féminine américaine qui ne se reconnait pas dans la parfaite petite ménagère des publicités télévisuelles.

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Dans ce numéro, un article est consacrée à Wonder Woman et à son créateur. Il y est expliqué pourquoi DC Comics devrait faire revenir Wonder Woman dans sa forme classique, telle que l'avait imaginée Moulton Marston dans All-Star Comics #8.

Cette publicité pour la version originale de Wonder Woman fait du mal à Diana Prince: Wonder Woman, titre dont les ventes ne sont déjà pas bien hautes. En janvier 1973, au numéro 204 de la série, Wonder Woman retrouve ses pouvoirs (et sa dignité) et le titre redevient tout simplement Wonder Woman.

La série télé avec Cathy Lee Crosby avait été créée à partir du matériau de l'époque, à savoir Diana Prince: Wonder Woman, d'où la raison du choix de faire de l'héroïne un personnage plus terre à terre et sans pseudonyme. Je pense même que le costume a été conçu après coup afin de coller plus à la représentation de Wonder Woman telle qu'elle est apparue sur la couverture de Ms. un an et demi auparavant.

Mais, devant le produit final, les producteurs et DC Comics se sont rendus à l'évidence : ce n'est pas la Wonder Woman qu'attendait le public. Afin de corriger le tir, la version incarnée par Linda Carter s'inspire alors autant du comicbook original que de la couverture de Ms. puisque dans cette série Wonder Woman est une super-héroïne symbole de justice et de paix (et d'espoir) dans un contexte de guerre.

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