The Mighty Blog

French Comics : les précurseurs

Pendant 4 mois, Indie Rocks se met aux couleurs françaises et vous parle des French Comics, leurs origines, leurs auteurs et leurs labels. En guise d'introduction, on vous explique ce que sont ces bédés françaises hybrides.

Partie 2 sur 4 : Les précurseurs.

Loin de moi l'envie de faire l'historien, expert en le domaine et certaines personnes le feront mieux que moi. Mon but est de vous parler - et éventuellement vous faire découvrir - d'un mouvement de bande-dessinée assez proche des productions américaines. Surtout, que quelques part, en France, il a nourrit les gens de ma génération et celles d'avant autant que "L'Homme-Araignée", les "Vengeurs" ou "les Étranges X-Men". Si, suite à mes articles, vous souhaitez en savoir plus - et de manière bien plus documentée, je vous invite à attendre la sortie de Super-Héros, une histoire française, le livre de Xavier Fournier traitant le sujet sur 240 pages. Vous trouverez plus d'informations ici.

french-comics

Tout commence en 1946 à Lyon, un scénariste, J. K. Melwyn-Nash, imagine Fantax, le premier super-héros français. Les aventures du héros habillé de rouge et noir dessinées par Pierre Mouchot alias Chott sont publiées dans l'hebdomadaire Paris-Monde Illustré. Le duo crée également Big Bill Le Casseur qui sera publié par les Éditions Pierre Mouchot alors renommées S.E.R., Société d'éditions Rohadiennes. Melwyn-Nash écrit également Captain Yank pour le dessinateur Robert Rocca.

Fantax

En fait, J. K. Melwyn-Nash est l'alias de Marcel Navarro. Depuis la libération, il scénarise des bandes-dessinées et développe des histoires plus proche des productions américaines. Il utilise un pseudonyme certainement pour s'approcher de ce style méconnu en France. En 1948, il crée avec Bernadette Ratier la revue Aventures et Voyages - plus connue sous le nom Mon Journal - dans laquelle est publiée ses séries Brik et Yak et Marco Polo.

editions-lug

En 1950, Navarro s'associe avec Alban Vistel et monte les éditions Lug toujours à Lyon. Ils rééditent d'abord des bandes-dessinées françaises et italiennes avant de proposer leur propre contenu avec Zembla, une revisite du mythe de Tarzan. L’éditeur continue ainsi d'élargir son offre avec des séries de western spaghettis et autres séries d'aventures.

Depuis 1949, Chott continue l'aventure Fantax qui a maintenant une revue à son nom, Fantax Magazine. Il s'agit de moins en moins de BD mais de récits policiers qui s'inspirent autant de Fantômas que de The Shadow et Batman. Le dessinateur offre ainsi des récits plus adultes que le genre le laisse supposé - à l'époque tout du moins. Le héros est sujet à controverse à cause de ça. En effet, on peut dire qu'il est une inspiration de Jack Bauer dans sa manière très directe de passer les interrogatoires. La revue s'arrête au bout de 6 numéros. Dix ans plus tard, Chott relance Fantax en petit format - comme les publications de Navarro, son ex-associé - et la série s'arrête au bout de 8 numéros. Chott est fatigué à force de ses nombreuses confrontations avec la loi de la protection de la jeunesse de 1949. Il préfère ainsi arrêter avec le personnage. Le dessinateur nous quitte en 1966.

Pendant ce temps-là, Lug continue de se développer et propose de plus en plus de "petits formats" et créé leurs propres héros. Mais c'est à la fin des années 60 que le virage américain s'engage. Lug publie en France les publications Marvel Comics dans la revue Fantask - le nom est forcément emprunté au héros de Navarro et Chott. Pour coller à l'ambiance science-fiction, Navarro développe Wampus, une série écrite par Franco Frescura et dessinée par Luciano Bernasconi. Le personnage principal est un métamorphe extra-terrestre envoyée sur Terre afin de l'affaiblir et la préparer son invasion. Malgré ce côté Fantômas - encore lui, la série est arrêtée au bout de 6 épisodes par le comité chargé d'appliquer la loi de la protection de la jeunesse de 1949 qui considère la série trop violente. Pourtant, la qualité du titre marqua les esprits et elle est considérée comme culte.

Wampus4-5-6

Dans les années 70, Lug continue de développer son catalogue notamment en publiant de plus en plus de revues consacrées à Marvel mais l'éditeur n'oublie pas pour autant de demander aux auteurs français et italiens des créations collant à la ligne éditoriale. Ainsi, Wikipedia me dit de citer Jaleb un extra-terrestre télépathe qui à l'instar de Superman a grandi sur Terre ou encore Larry Cannon, le mélange entre Tintin et les Envahisseurs.

En fait, pour la plus part de ces titres - en tout cas ceux que j'ai pu lire, on avait une approche américaine dans les thèmes abordés (western, fantasy, science-fiction ou super-héros) mais la manière d'écrire restait très européenne avec des personnages inchangeables et spectateurs des événements de l'histoire.

Mais quelque part, il y avait un mélange de genre qui prenait forme. C'est vraiment au début des années 80 que des auteurs vont s'imprégner du sens narratif américain et offrir des BD françaises proches des comics notamment grâce à deux auteurs Ciro Tota et Jean-Yves Mitton.

Les deux commencent leur carrière en tant que "retoucheurs". Ils corrigent certaines planches de comics afin que Lug puisse les publier dans ses revues en respectant la loi de la protection de la jeunesse de 1949 - toujours elle.

En 1980, Marcel Navarro demande à Jean-Yves Mitton de dessiner deux épisodes du Surfeur d'Argent pour la revue Kiwi. Pour l'occasion, comme le prouve l'illustration ci-dessous, Navarro reprend son pseudonyme américain, J. K. Melwyn-Nash.

Surfer d'Argent2

Mais si on connait le nom de Jean-Yves Mitton, c'est parce qu'il est le créateur de Mikros. Commandité par Navarro pour la revue Mustang, le dessinateur prend le pseudonyme de John Milton pour signer la série. Mikros raconte l'histoire de 3 entomologistes d'Havard mutés en humains insectoïdes tentant de repousser l'invasion des extra-terrestres qui les mirent dans cet état. On retrouve du Fantastic Four dans la série et certaines ficelles du comics comme le lien qui unit les héros à leurs pires ennemis.

mikrostop

La série est ensuite publiée dans les pages de la revue Titans aux côtés des comics Star Wars et New Mutants. Par la suite, Mitton réalise d'autres séries comme Kronos et l'excellente Epsilon, le fils du néant.

Un peu avant que Lug se fasse racheter par le groupe scandinave Semic, Mitton va continuer de réaliser des "french-comics" pour Le Journal de Mickey. Il crée en 1987 avec François Corteggiani l'Archer Blanc, une version franco-italienne de Hawkeye et de Green Arrow qui vit ses aventures dans un Sherwood futuriste.

archer-blanc

En 1994, Semic publie Demain... Les Monstres, un recueil d'histoires de science-fiction que Mitton a réalisées. Une oeuvre emblématique qui s'est vendue à près de 400.000 exemplaires. Malheureusement, la suite, Demain... Les Etoiles ne vit jamais le jour. Mais, il devrait être édité sous peu une autre suite, Demain... Mars qui a été financé en crowdfunding.

Pendant des années Mitton s'est éloigné du genre américain pour travailler sur des œuvres plus "européennes". Il y conserve quand même un découpage proche de ceux des comics. Depuis, il a réalisé des BD érotiques de fantasy assez explicites (pensez Rocco au pays de Conan) comme Kzara ou les nuits barbares.

L'autre personnalité qui marqua les années 80 est Cyro Tota plus connu sous le nom de Cyrus Tota. Il fait ses premières armes en tant que dessinateur sur Blek le Roc dans la revue Kiwi. En 1981, il imagine le personnage de Photonik dont les aventures sont publiées dans Mustang aux côtés de la série de Mitton, Mikros.

Photonik raconte l'histoire d'un adolescent américain orphelin, bossu et solitaire à cause de sa condition physique qui se retrouve exposé au luminotron ce qui le transforme en super-héros fait de lumière.

photonik

La série est ensuite publiée dans le magasine Spidey. Tota raconte ainsi des histoires très proches des comics de Stan Lee - l'adolescent complexé qui prend confiance en lui lorsqu'il revêt son costume - et emprunte de nombreux codes narratifs aux comics mais avec une approche très européenne dans l'écriture du personnage. Tota a réalisé une cinquantaine d'épisodes sur le héros qui est devenu culte. Delcourt a réédité en 2 Tomes ses aventures et, en 2003, les édtions Black & White ont sorti l'intégrale des épisodes en noir et blanc.

Depuis la fin de Photonik, Tota a réalisé des BD européennes plus traditionnelles tout en gardant des thèmes proches de comics. On note ainsi Aquablue qui semble être l'inspiration directe de l'univers de la série Low de Rick Remender et Greg Tocchini.

Les œuvres de Marcel Navarro - à qui, je le rappelle, on doit également les séries Marvel en France et à leur grande diffusion - et de ses protégés ont inspiré de nombreux autres dessinateurs français à se lancer eux aussi dans l'aventure des comics à la française. Ainsi, on parlera de ces nombreux auteurs le mois prochain.

À suivre : Hexagon Comics et associatif

Paperblog : Les meilleures actualités issues des blogs