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Un an et demi avec Aftershock Comics

Présentation du jeune éditeur de comics indépendants

Aftershock Comics est un éditeur qui a vu le jour en avril 2015, nous avons déjà abordé leur projet de départ. Retour sur un an et demi de productions originales, funs et souvent inattendues.

Quand un nouvel éditeur voit le jour c'est un peu toujours la même rengaine : bien sûr il veut proposer des choses uniques, bien sûr il veut oser, se distinguer, donner de l'amour. Personne ne balance dans sa profession de foi qu'il veut juste se faire de la thune en faisant la même bouillasse que tout le monde. Fort heureusement avec Aftershock Comics, toutes les bonnes intentions professées s'avèrent tout à fait sincères. Leurs titres sont originaux, osés, et leur politique est très respectueuse de leurs équipes, au delà même des standards du milieu.

aftershock-logo

Des titres osés par les thèmes abordés donc. On pense tout de suite à Alters, premier comicbook dont le personnage principal est une femme transgenre. Bien sûr Aftershock a profité d'un buzz très positif suite à l'annonce du titre qu'ils ont teasé pendant plusieurs mois, on est quand même là pour faire assez d'argent pour payer tout le monde. Leur teasing est cependant resté efficace sans abus, ce qui s'est avéré agréable. A côté, il continuait à faire avancer InSEXts aux héroïnes lesbiennes, Dreaming Eagles dont les héros noirs doivent faire face aux réticences de leur époque et, il lançait Animosity dans lequel les animaux prennent la paroles pour se soulever contre les horreurs que les humains leur font subir. Des thèmes déjà bien ancrés dans nos inquiétudes sociétales actuelles.

altersAlters

Par Paul Jenkins, Leila Leiz, Tamra Bonvillain, Ryane Hill & Brian Stelfreeze • Débutée en septembre 2016
Avec des covers par Brian Stelfreeze et un sujet tellement unique que le titre est le premier à l'oser (une héroïne transgenre donc, à l'aube de sa transition), les attentes sont hautes pour Alters. Si le premier numéro ne déçoit pas, il laisse tout de même sur sa faim, avec énormément de thèmes abordés (la transidentité, le coming out, le handicap), difficile de savoir où Alters veut en venir. Dans tous les cas, le titre a d'avance le mérite d'exister et tous les amoureux de diversité le liront avec grand intérêt.

Seule ombre au tableau : Aftershock reste une boite qui emploie très peu de femmes mais qui a le mérite de mettre en avant celles qui sont présentent. Notamment Marguerite Bennett, scénariste qui porte sur ses épaules deux gros titres de l'éditeur : InSEXts et Animosity. La team principale d'Aftershock est composée de neuf personnes dont une seule femme. Les créateurs qu'ils emploient sont au nombre de 30 dont seulement 3 femmes. Amanda Conner et Jimmy Palmiotti sont les seuls présentés à deux sur le site de l'éditeur puisqu'ils sont en couple et qu'ils travaillent ensemble.

amanda-and-jimmy

Il est très probable que ce soit leur choix mais, si ça n'est pas un problème pour Palmiotti, Conner est quelque peu mise de côté, sous considérée, alors qu'elle mérite tellement plus ! Dans leur présentation commune, trois petits paragraphes pour elle, le reste pour sa tendre moitié. Il faut dire aussi que Palmiotti et Conner scénarisent ensemble leur titre : SuperZero. L'histoire d'une jeune fan de comics qui est persuadée qu'elle va devenir une héroïne capable de sauver le monde d'une catastrophe imminente. Pour enfin atteindre son destin, elle tente de provoquer des origines de super-héros célèbres sur elle-même (morsures d'araignées au programme donc, entre autres délicatesses). Le titre est très chouette et original, surtout qu'il est servi par la très belle plume de Rafael De Latorre, également présent sur Animosity. La série se paie même le luxe d'une couverture variante par le regretté Darwyn Cooke.

superzero-vol1SuperZero

Par Amanda Conner, Jimmy Palmiotti, Rafael De Latorre, Marcelo Maiolo & John J. Hill • Débutée en décembre 2015
Avec un début plutôt drôle mais dont l'originalité relative peut pousser au doute, SuperZero risque de se priver de quelques lecteurs. Mais pour ceux qui verront le potentiel et suivront le titre au delà de ce timide début (tout de même très réussi et fun à suivre, attention), la série aura beaucoup de choses à donner ! C'est extrêmement bien mené, surprenant et très beau (De Latorre ♥). Toutes ces références, ces rêves, ces ambitions ! Tout ce qui nous a déjà traversé l'esprit en tant que fan de comics et qu'on retrouve ici ! Lisez SuperZero, c'est un vrai plaisir de fan.

La force d'Aftershock tient aussi en leur capacité à publier des séries extrêmement variées. Du slasher horrifique tendance surnaturel avec Black Eyed Kids (qui sort en relié pile pour Halloween, si vous voyez c'que j'veux dire) aux récits en costumes d'époque dans InSEXts ou Rough Riders : tout y passe. Du super-héros ? Mais bien sûr ! En plus des délires de l’héroïne de SuperZero, Aftershock vous offre Captain Kid ! Un titre pour lequel ils ont fait appel à l'inénarrable Mark Waid, rien que ça.

captain-kid-001-twitterCaptain Kid


Par Mark Waid, Tom Peyer, Wilfredo Torres, Kelly Fitzpatrick & A Larger World • Début juillet 2016

Aftershock se paye donc les services de Mark Waid, héros des temps modernes. Son Captain Kid est incroyablement agréable à lire et l'histoire est originale et intrigante. Un homme de 40 piges se retrouve avec la capacité de se transformer en jeune et fringuant super héros de 15 ans. A nouveau, les thèmes sont originaux (on est loin du classique jeune et beau héros) et le titre est assez joli mais c'est surtout la narration qui interpelle. On est plongé au coeur de l'action immédiatement sans pour autant être bousculé dans tous les sens. C'est surprenant et ça participe à l'empathie qu'on ressent pour le personnage, à l'attachement qu'on développe immédiatement pour lui. Noisy a kiffé. Moi aussi.

Côté séries que nous n'avons pas encore (suffisamment) évoqué, Jackpot propose un Ocean's Eleven ma foi plaisant pour les amateurs du genre (ce qui n'est, hélas, pas mon cas) avec cependant une couverture super sexiste (on y voit trois jambes de femmes et trois hommes, eux ont l'honneur d'être entiers), rien qui ne me tente donc. Le petit dernier, Shipwreck, est par contre très intriguant avec ses personnages secondaires poussés aux pires atrocités par un mystérieux ennemi du héros. Vous reprendrez bien un peu de cannibalisme, n'est-ce pas ? Pas beaucoup moins gore côté American Monster qui suit un mec complètement défiguré qui débarque dans une ville pourrie pour tuer les mafieux locaux. Pour qui ? Pourquoi ? Mystère. C'est Brian Azzarello himself qui commet ce titre étrange au rythme bizarre et aux dessins surprenants, signés Juan Doe. Je n'arrive pas à savoir si c'est intéressant ou juste pas mon truc, en tout cas c'est sombre et lent, ça prend son temps. Viennent ensuite Garth Ennis et son Dreaming Eagles, un one shot publié entre décembre 2015 et juin 2016 et qui sortira en relié en fin d'année. Cette fois, c'est une histoire vraie qui se déroule en pleine seconde guerre mondiale qui nous est proposée. On y parle racisme, bigoterie et ravages de la guerre aux côtés des premiers pilotes noirs américains impliqués dans le conflit contre Hitler. Et que ne vous ai-je pas encore parlé en long et en large d'Animosity, mon coup de coeur ultime chez Aftershock. Je vous en ai d'ailleurs déjà proposé une critique à la sortie du premier numéro. Le second, sachez-le, ne déçoit pas.

animosityAnimosity


Par Marguerite Bennett, Rafael De Latorre, Rob Schwager & Marshall Dillon • Débutée en août 2016

Alors que les végétariens sont vus dans notre société comme des gens au comportement extrême. Animosity propose d'aborder le sujet de la souffrance animale de façon très différente : et si, soudain, tous les animaux prenaient conscience de leur individualité, s'ils se mettaient à parler, à exprimer leurs doutes, leurs douleurs, leurs peurs, quelle serait la réaction de la race humaine face à leur violence, à leur haine ? Mais Animosity c'est aussi une magnifique histoire d'amitié entre une petite fille et son fidèle chien qui, malgré tous les problèmes que les humains apportent, aime avant tout de façon inconditionnelle cette petite fille qu'il se sent le devoir de protéger.

Enfin, je terminerai les présentations du catalogue avec Replica un des tout premiers titres de l'éditeur, sur lequel on retrouve Paul Jenkins et Andy Clarke et qui nous offre notre dose de science fiction avec une intrigue basée sur le clonage et les jurons. Pour ce qui est des doses, celle de steampunk est assurée par Rough Riders et sa ligue de gentlemen extraordinaires menée par Roosevelt et Houdini. Dans Second Sight, un homme capable de voir au travers des yeux de meurtriers se retrouve accusé et enfermé. L'heroic fantasy est servie dans Strayer, un univers plein de golems monstrueux qu'il va bien falloir combattre. Enfin, The Revisionist cherche à régler ses problèmes familiaux et à sauver le monde en voyageant dans le temps. Facile.

volition

Et d'autres projets sont à venir ! Dont notamment Volition, une histoire de robots aux intelligences artificielles super développées qui se battent pour leur survie signée Ryan Parrott. Les quelques images rendues publiques sont superbes (ci-dessus) et le scénario semble être un vrai pied-de-nez aux stéréotypes du genre ! Un virus menace tous les robots de la planète, deux d'entre eux se lancent dans une quête qui leur permettra de sauver tout le monde, du moins, tel est le plan. A priori, pas de méchant robot qui veut exterminer la race humaine, voilà qui est original ! Pas de vision hyper manichéenne avec les robots incompris d'un côté et les humains égoïstes de l'autre. Et regardez-moi les incroyables dessins de Omar Francia ! Ils sont tout simplement superbes. Sont également annoncés, avec des dates cette fois : Blood Blister qui donne à nouveau dans l'horreur et Lifespanners pour une bonne vieille dystopie des familles. Le tout pour l'année prochaine, si tout se passe bien.

Si avec tout ça, vous n'avez pas encore compris que vous vous devez d'ajouter Aftershock Comics aux éditeurs que vous suivez avec attention, laissez-moi mettre le coup final : ils sont, en plus, super respectueux de leurs équipes. Non seulement les couvertures de leurs séries sont complétées des noms de TOUTES les personnes qui ont participé à la création du titre (du scénariste au lettreur) mais, en plus, toutes leurs séries sont la propriété de leurs auteurs. Alors bon, pour certains j'imagine que cela ne vous fait ni chaud ni froid mais imaginez que vous créiez quelque chose d'incroyable, un personnage dont vous êtes infiniment fier et imaginez aussi que vous deviez demander l'autorisation de quelqu'un d'autre pour pouvoir exploiter votre création. Dur hein ? En tant que fans de comics, vous connaissez déjà ce principe puisque c'est comme ça que fonctionnent les deux grands éditeurs historiques et c'est parce que ces deux là prennent autant de place que des éditeurs indépendants qui permettent aux créateurs de s'exprimer sans craindre de perdre le fruit de leur travail sont importants.

Chacun trouvera son bonheur chez Aftershock. Il est vrai que les titres tendent souvent vers l'horreur mais les sujets sont si variés qu'il est impossible de ne pas avoir un coup de coeur pour au moins une des publications de l'éditeur. Plus que jamais, Aftershock Comics nous donne envie de dire : Indie rocks !

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