The Mighty Blog

Jack Kirby

La carrière d'un roi

Le 28 août dernier, nous avons célébré le 100e anniversaire de Jack Kirby surnommé le King. Comme son surnom l'indique, il a été un auteur de comics qui a marqué l'histoire de cette industrie par les personnages qu'il a créés, que nous voyons toujours dans les comics - ainsi qu'à la télé et au cinéma - mais aussi par sa technique narrative qui est devenue une référence. Ce grand homme, par le talent, mérite qu'on retrace son parcours.

Jacob Kutzberg est né le 28 août 1917 et est décédé le 6 octobre 1994. On le connait plus communément par son nom d'artiste, Jack Kirby. Il a d'ailleurs officialisé ce nom en 1942, quelques semaines après son mariage avec Rosalind 'Roz' Goldstein avec qui il est resté marié jusqu'à sa mort et avec qui il a eu 4 enfants. Sa vie familiale est plutôt tranquille, il aime consacrer du temps à ses proches, c'est la raison pour laquelle il a installé son studio - le fameux "Donjon" - dans le sous-sol de sa maison qu'il a pu acheter grâce au succès de ses comics romantiques.

Jack Kirby est un homme prolifique qui dessine très rapidement et qui a de nombreuses idées, souvent abouties. Ce, depuis le début de sa carrière qui a marqué les lecteurs de comics. En effet, il est le créateur ou le co-créateur de nombreux personnages que nous connaissons par cœur et que nous suivons à la fois sur papier et sur écrans : Magneto, Docteur Fatalis, Captain America, Galactus, Darkseid, Mister Miracle, Kamandi, Nick Fury, Machine Man, le Surfeur d'Argent, Etrigan, et bien d'autres encore !

Malheureusement, de son vivant, il n'a pas eu la reconnaissance qu'il méritait auprès des éditeurs de comics qui, comme vous le verrez ci-dessous, ont souvent bénéficié de ses créations pour se créer une notoriété sans qu'il ait le loisir d'avoir le contrôle total de celles-ci. Il se rebellera puis luttera pendant des années afin que les créations des auteurs de comics soient reconnues en tant que tel. Un combat que ses 4 enfants continuent à mener encore aujourd'hui.

Retour sur le parcours assez dense d'un créateur de génie, celui qu'on appelle le roi des comics.

D'AVENTURES EN AVENTURES

Jacob est fils d'immigré autrichien juif. Son père a fui le pays pour échapper à un duel. Lui et sa famille sont arrivés à New-York et s'installent dans un quartier pauvre rempli de violence. Jacob a souvent été confronté à des bagarres armées mais sa passion est loin de tout ça. Il s'intéresse aux romans d'aventures comme ceux de Jules Vernes et de Alexandre Dumas et aux comic strips- courtes histoires tenant sur une ligne - comme Dick Tracy. Il recopie ces courtes planches de BD et c'est ainsi qu'il commence à apprendre à dessiner.

À l'âge de 14 ans, il rejoint l'Institut Pratt à Brooklyn pour prendre des cours d'art mais il quitte la formation au bout d'une semaine ne s'y sentant pas à sa place. De toute manière, en cette année 1929, la crise financière touche tout le pays et le père de Jacob perd son emploi. Le garçon se retrouve contraint de trouver divers boulots pour aider sa famille. Ce n'est pas pour autant qu'il arrête ses activités artistiques.

Il commence sa carrière de dessinateur de BD en 1936 en rejoignant le Lincoln Newspaper Syndicate qui lui permet de dessiner des comic strips qu'il signe sous le nom de Jack Curtiss. En 1939, il est embauché par les studios Fleischer en tant qu'intervalliste sur le dessin animé Popeye, il s'occupe donc de faire les dessins intermédiaires entre deux frames importantes pour lisser l'animation. Ce n'est pas un travail qu'il aime - il compare à les studios à l'usine de son père - mais c'est fixe, lui permettant également d'améliorer sa technique.

L'industrie des comics commence à exploser notamment grâce à Superman qui connait un vif succès. En 1940, il est embauché par le studio monté par Jerry Iger et Will Eisner qui réalise des comics à la demande pour différents éditeurs. Dans un premier temps, Jacob va travailler sur des planches préparées par Eisner et certaines d'entre elles seront également encrées par celui-ci. Son premier travail sera publié dans Wild Boy Magazine. Jacob va écrire et dessiner de nombreux strips de genre différents (science-fiction, western, humour...) sous différents pseudonymes. Il utilise la première fois le nom de famille Kirby en 1939 dans deux histoires de western publiées dans Famous Funnies #63-64 chez l'éditeur Eastern Color. Il utilise alors le pseudo de Lance Kirby. Il finit par choisir Jack Kirby parce que cela sonne comme le nom d'un acteur qu'il aime bien, James Cagney. Il sera critiqué par ses proches de ne pas avoir choisi un nom qui évoque des origines juives ce qui le vexera puisqu'il est fier de ce qu'il est.

Fin 1939, Kirby quitte le studio de Iger et Eisner pour rejoindre Fox Feature Syndicate qui produit des comics pour des journaux et qui édite des BD. Il a alors l'occasion de dessiner sa première histoire de super-héros avec des strips de The Blue Beetle, le personnage créé par un auteur dont le pseudonyme est Charles Nicholas. Il sera alors aux dessins du personnage de janvier à mars 1940 dans une publication de Fox Comics. C'est pendant cette période qu'il rencontre Joe Simon, éditeur et cartooniste chez Funnies, Inc. qui produit du contenu pour Fox Feature Syndicat mais, aussi, auteur freelance. Les deux hommes vont alors débuter à collaborer sur la création de Simon, Blue Bolt, au numéro 2 de la série solo du personnage sorti en juillet 1940 et publié par Novelty Press. Ce sera le début d'une collaboration longue de 25 ans.

SIMON & KIRBY

La société pour laquelle Joe Simon travaille, Funnies, Inc, produit du travail pour la jeune maison d'édition de Martin Goodman, Timely Comics. Ensemble, ils ont sorti Marvel Comics #1 en octobre 1939 qui a été un véritable succès. Les 80 000 exemplaires de la première édition ont été rapidement écoulés. En tout, ce numéro voyant les débuts de Human Torch et de Namor se sera vendu à 800 000 exemplaires. Goodman décide alors d'embaucher des auteurs de Funnies, Inc afin de créer de nouveaux personnages. Joe Simon devient alors éditeur de Timely Comics et il fait rentrer Jack Kirby. Ensemble, ils vont créer différents héros comme le premier Marvel Boy (Martin Burns) dans Daring Mystery Comics #6 et Vision du Golden Age dans Marvel Mystery Comics #13.

En parallèle de leur travail chez Timely Comics, Simon et Kirby produisent pour Fawcett Comics des histoires dans Captain Marvel Comics #1, la série régulière mettant en scène Captain Marvel (connu maintenant sous le nom de Shazam) découvert dans le titre anthologique Whizz Comics. Ce numéro sort en janvier 1941.

En mars 1941 sort la dernière création de Timely Comics, un super-héros patriotique s'inspirant d'une tendance actuelle chez la concurrence. Cette création s'appelle Captain America et a le droit à sa propre série solo Captain America Comics. La couverture montrant le super-héros américain frappant Adolf Hitler fait grand bruit (voir encadré ci-contre) à tel point que les auteurs ont reçu des menaces de mort. Le maire de New-York de l'époque, Fiorello LaGuardia leur a même promis une garde rapprochée. En tout cas, le succès est au rendez-vous, le numéro s'écoule à 1 million d'exemplaires et devient le plus gros succès de Timely Comics. De ce fait, Simon demande à Kirby de devenir le directeur artistique de la compagnie.

Simon a réussi à négocier avec Goodman de toucher 25% des bénéfices de Captain America avant de créer le personnage, sauf que Goodman ne semblait pas tenir sa parole. Ainsi, le duo commence à aller voir la concurrence, National Comics Publications - qui deviendra officiellement DC Comics en 1977 - avec qui ils arrivent à négocier un contrat plus pérenne. Sauf que le duo a peur que Goodman ne les paye pas s'il apprend qu'ils vont voir ailleurs. Mais, pas mal de monde - dont l'assistant éditeur Stan Lee - sait que Simon et Kirby ont prévu d'aller chez National Comics et cela arrive aux oreilles de Goodman qui leur demande de partir après avoir fini Captain America Comics #10 qui sort en janvier 1942.

Les débuts à National Comics ne se passent pas comme prévu : Simon et Kirby ont plutôt l'intention de créer de nouveaux personnages alors que la compagnie préférerait que le duo travaille sur des titres vendeurs. Finalement, l'éditeur Jack Liebowitz leur donne carte blanche. Le duo revampe le personnage de Sandman dans Adventure Comics #72 (mars 1942), crée celui de Manhunter dans Adventure Comics #73 (avril 1942) ainsi que Guardian dans Star-Spangled Comics #7 (avril 1942). Enfin, Simon et Kirby lancent la série Boy Commandos en décembre 1942 suite au succès de l'équipe dans les pages de Detective Comics #64 (juin 1942) et dans d'autres recueils. Cette dernière connait un tel succès qu'elle devient la troisième licence la plus rentable de National Comics après Superman et Batman. Le "kid-gang" devient donc un modèle du genre et des déclinaisons en sont faites comme Newsboy Legion, une équipe de livreurs de journaux déjà vus dans Star-Spangled Comics et dont le tuteur n'est autre que Guardian. Le duo Simon et Kirby confirme son talent et devient une référence pour les lecteurs.

Avec l'engagement des Etats-Unis dans la Seconde Guerre Mondiale, l'Armée américaine enrôle à tour de bras. Simon et Kirby vont être envoyés au front. En prévision de leur départ, Liebowitz demande aux auteurs de préparer assez de matériel qui devrait couvrir leur absence sur une durée d'un an.

Kirby a été recruté dans l'armée américaine le 7 juin 1943 et est envoyé en France le 23 août 1944. Il débarque sur Omaha Beach en Normandie, deux mois après le Débarquement. Le lieutenant de sa division apprend que Kirby est dessinateur, il est alors envoyé dans des missions de reconnaissance afin de dessiner les cartes des lieux. Mais durant l'hiver 1944, Kirby est atteint de gelure ce qui l'oblige à être hospitalisé. Il évite l'amputation et est renvoyé aux Etats-Unis en janvier 1945.

Lorsque Simon rentre de la guerre, il se marrie avec Harriet Feldman, la secrétaire de Alfred Harvey, l'un des frères fondateurs de Harvey Comics. Ce dernier en profite pour lui proposer du travail. L'auteur accepte et fait venir son partenaire, Jack Kirby. Ensemble, ils vont lancer de nouvelles séries de genre différents : du super-héros avec Stuntman (avril 1946) et du western avec Boy Explorers (mai 1946). Mais, l'industrie des comics connait une crise de surproduction. Ainsi, les marchands de journaux ne peuvent présenter que les comics qu'ils sont sûrs de vendre et refusent les nouveautés. Harvey Comics ne pouvant monter au front préfère annuler son contrat avec Simon et Kirby fin 1946. La situation financière de Kirby est compliquée surtout qu'avec sa femme, Roz, ils viennent d'avoir une fille. Heureusement, Harvey Comics propose à Kirby des travaux en freelance. Il va ainsi écrire et dessiner des histoires de la super-héroïne Black Cat et d'autres d'aventures du titre Terry and the Pirates. Il a le même genre de contrat avec National Comics qui lui propose de travailler sur Star Spangled et de retrouver sa création, Boy Commandos.

Durant l'été 1946, Joe Simon arrive à décrocher un contrat pour lui et son partenaire avec Crestwood Publications qui publie des comics sous le label Prize Comics et avec Hillman Periodicals. Les deux éditeurs vont leur proposer des genres radicalement différents qui surfent essentiellement sur les modes du moment. Ils font écrire et dessiner des séries policières chez Crestwood et Prize Comics comme Charlie Chan, comicbook basé sur un personnage de film, et Headline Comics, anthologie d'histoires de crime. Chez Hillman, le duo va surfer sur la vague des comics d'humour animalier et vont créer Lockjaw the Alligator dans l'anthologie Punch & Judy. Pour cet éditeur, ils vont aussi travailler sur des séries policières, des westerns et les aventures super-héroïques de Airboy.

En juillet 1947, Simon et Kirby créent My Date Comics, une série humoristique de romance publiée chez Hillman Periodicals. Ils développent ainsi un concept similaire, Young Romance, pour Prize Comics publiée à partir d'octobre 1947, connait un succès fulgurant permettant à Kirby de s'acheter une maison avec les gains générés par les ventes. Très rapidement, Prize leur demande une autre série du genre, Young Love en 1949 puis Young Brides en 1952.

Jusqu'en 1950, Simon et Kirby vont consacrer la plupart de leur temps à ces séries. Ils feront quelques pauses avec des séries criminelles. En octobre 1950, les deux compères renouent avec le fantastique en lançant une série sur la sorcellerie, Black Magic pour Prize Comics et, en 1952, Strange World of Your Dreams qui reprend le concept de Young Romance mais plutôt que de parler d'histoires d'amour parle du mystère des rêves.

Ce n'est qu'en 1953 que Simon et Kirby renouent avec le genre super-héroïque en retournant chez Harvey Comics pour y créer le personnage de Captain 3-D dont le seul numéro sera imprimé en anaglyphe, une technique permettant de voir une image en relief grâce à des lunettes aux filtres rouge et bleu.

En 1954, Atlas Comics, l'éditeur qui s'appelait avant Timely Comics - décide de relancer Captain America en mai 1954 [le succès ne sera pas au rendez-vous et la série sera annulée au bout de 3 épisodes - NdR] amenant le personnage à combattre des espions russes en plein Guerre Froide où le Maccarthysme fait rage aux Etats-Unis. En apprenant la nouvelle, Simon et Kirby décident alors de "montrer comment on écrit un super-héros patriotique", selon Simon, aux hommes de Martin Goodman. Ils lancent alors chez Harvey Comics, Fighting American. Dès le numéro 2 de la série solo de ce personnage, le ton est plutôt à la parodie critiquant le Maccarthysme et la paranoïa ambiante de l'époque.

Jamais en manque d'idées - et très prolifiques, Simon et Kirby décident de créer leur propre compagnie, Mainline Publications installant leurs bureaux dans les locaux de Harvey Comics. La société signe un accord de distribution avec Leader News. Le duo lance alors quelques séries de style différent : du western avec Bulls Eye (Juillet 1954), de la romance avec In Love (Août 1954), du polar avec Police Trap (Septembre 1954), et de la guerre avec Foxhole (Octobre 1954).

Malheureusement, la durée de vie de ce studio va être écourtée par la mauvaise publicité que le psychiatre Fredric Wertham fait des comic books. En effet, dans son livre Seduction of the Innocent (La Corruption de l'Innocent en français), le docteur accuse les comics de rendre les enfants dégénérés et les pervertit en inventant une relation homosexuelle à Batman et Robin et d'autres choses qui, à l'époque, faisait peur aux parents. Ainsi, une association d'éditeurs a créé un comité d'auto-régulation, le fameux Comics Code Authority, imposant des règles strictes à ceux qui voulaient garantir que leurs productions ne "pervertissent" pas les enfants et, surtout, afin d'éviter d'être boycotté par les kiosquiers sous la menace d'association de parents et d'éducateurs. Ainsi, certaines compagnies ne peuvent plus produire le contenu qui constitue leur principale source de revenus comme EC Comics avec ses comics d'horreur provoquant la faillite de son distributeur, Leader News. Simon et Kirby perdent donc tout moyen de distribuer leurs comics publiant la dernière revue Mainline Publications en avril 1955 (Foxhole #4).

En février de la même année, Simon et Kirby ont commencé à travailler pour Charlton Comics, un pionner de l'industrie. Les deux auteurs arrivent à continuer la série Bulls Eye, Foxhole et Police Trap, relancent Charlie Chan (série sera dessinée par un autre artiste que Kirby).

Mais, le partenariat entre les deux auteurs s'arrête progressivement jusqu'à la fin de 1955, chacun d'entre eux doit trouver des sources de revenus pour faire vivre leur famille respective.

LA ROUTE VERS LES SUPER-HÉROS

Kirby continue de travailler sur les séries de romance chez Price Comics et empile les contrats chez Harvey Comics. Au milieu de l'année 1956, l'encreur Frank Giacoia qui travaille régulièrement avec Kirby demande à l'éditeur-en-chef de Atlas Comics - anciennement Timelty Comics, Stan Lee, si son ami peut travailler avec eux. Il accepte et, ainsi, le dessinateur va travailler en tant que freelance pour cet éditeur. Il va travailler sur différentes séries et anthologies comme Yellow Claw, Astonishing et Quick Trigger Western. Mais, au milieu de l'année 1957, l'éditeur a de grave soucis de distribution et est obligé de se séparer de quelques artistes dont Kirby.

Heureusement, depuis février de la même année, Kirby a un contrat de freelance chez National Comics sur diverses séries. Pendant cette période, il va dessiner pour l'éditeur plus de 600 pages. Mais, surtout, Kirby va y renouer avec le fantastique et l'aventure dans une histoire non-super-héroïque - mais assimilée - Challengers of the Unknown, titre écrit par Dick et Dave Wood et publiée dans Showcase #6 (Février 1957). Ces aventuriers vont avoir leur propre série en avril 1958 dont les épisodes seront écrits et dessinés par Kirby.

Il va aussi dessiner onze histoires de six pages chacune dans Adventure Comics et dans World's Finest Comics sur Green Arrow et créer une dynamique particulière au personnage. Cela débute avec Adventure Comics #250 publié en juillet 1958.

Entre temps, The George Matthews Adams Syndicate a accepté un projet personnel de Kirby, Sky Masters of the Space Force, une série de science-fiction écrite par Dave Wood et publiée entre 1958 et 1961dans un journal. Mais cela a créé un conflit entre Jack Kirby et un éditeur de National Comics, Jack Schiff, qui a aidé le dessinateur à décrocher le contrat pour cette série de strips. Schiff demandait à Wood et Kirby une part des profits. L'affaire est allée au tribunal où Kirby a perdu son procès. La notoriété du dessinateur chez National Comics était alors dégradée, certains éditeurs critiquaient sa manière de trop charger les cases, d'autres de dessiner les natifs américains monter à cheval du mauvais côté. Bref, Kirby n'était plus le bienvenu dans cette maison d'édition. Il s'en va en juin 1959.

Kirby dessine alors par contrat pour Atlas Comics et Archie Comics. Son plus gros client reste le premier mais il paye mal, le dessinateur est obligé de passer 12 à 14 heures par jour sur sa planche à dessins afin de produire du contenu rentable. Il dessine différents genres : de la science-fiction au western en passant par la romance, la guerre et le surnaturel. Il dessine de manière régulière certaines séries anthologiques comme Journey Into Mystery au numéro 52 (mai 1959) et lance Tales To Astonish en janvier 1959. Avec Stan Lee, il va revamper un héros de western Rawhide Kid en août 1960.

Mais, Kirby va surtout se faire remarquer avec ses designs de créatures étranges (cf. encadré ci-contre).

Du côté de Archie Comics, le travail est moins régulier. Il aura tout de même l'occasion de travailler à nouveau avec Joe Simon pour développer les créations de ce dernier The Fly et The Double Life of Private Strong.

Kirby aura également d'autres contrats mais c'est Atlas Comics qui dévore tout son temps. Il faut dire que l'éditeur tire la corde et essaie de produire un maximum de pages à bas coût et rapidement en négligeant souvent la qualité. C'est la conclusion qu'en tire Stan Lee à l'époque qui pense que la compagnie a besoin de changer de cap. Il faut dire que la maison d'édition était laissée de côté par son directeur, Martin Goodman, qui faisait fortune avec des magazines pour les hommes. A un moment donné - à peu près quand Kirby est revenu dans la compagnie en 1958, le business man a même pensé à fermer sa division comics. Mais, au fil du temps, Stan Lee a su composer une équipe de talentueux artistes sur qui il pouvait compter comme Kirby mais aussi Steve Dikto et Don Heck.

LES SUPER-HÉROS DE MARVEL COMICS

En juin 1961, la série anthologique Journey Into Mystery et celle humoristique Patsy Walker affichent de nouveaux logos. Deux initiales : MC pour Marvel Comics. En effet, la maison d'édition de comics de Martin Goodman change de nom et va changer de cap.

La concurrence, National Comics, a relancé ses séries de super-héros. Si Superman et Batman ont toujours connu un certain succès, l'éditeur relance Green Lantern, The Flash et crée de nouveaux super-héros dans une équipe qui s'appelle Justice League of America. Goodman, voyant ce phénomène demande à son neveu, l'éditeur en chef de Marvel Comics, Stan Lee, de créer une série de super-héros qui pourrait rivaliser avec celle de son concurrent. Lee demande alors à Jack Kirby de participer à la création ce qui donne naissance en novembre 1961 à Fantastic Four. Ensemble, ils trouvent un angle d'attaque assez intéressant et permettant de se démarquer de la concurrence. En effet, en plus de vivre de grandes aventures, Lee veut miser sur les personnages et donner de l'importance des relations sentimentales et aux problèmes personnels des protagoniste donnant volontairement un côté soap-opera.

La recette plaît et Marvel Comics commence à créer plusieurs super-héros. Jack Kirby contribue à la création de nombreux d'entre eux : Thor dans Journey into Mystery #83 (août 1962), Ant-Man dans Tales to Astonish #27 (janvier 1962), Wasp dans Tales to Astonish #44 (juin 1963), Sgt. Fury and His Howling Commandos dans la série du même nom (mai 1963) et les X-Men dans X-Men #1 (novembre 1963). Il a aussi participé à la création de Iron Man, Hulk et même Spider-Man avant qu'il ne soit confié à Steve Dikto. Kirby devient alors une figure essentielle de Marvel Comics.

Pendant les années Marvel, en plus de créer des personnages iconiques, Kirby peaufine également son art. Il modernise la narration, il améliore certaines techniques, il utilise régulièrement un procédé de collage de journaux et de magazines pour concevoir des pages entières et il crée le fameux Kirby Krackle, sa manière de dessiner l'énergie avec des points, qui deviendra sa marque de fabrique.

En septembre 1963, Lee et Kirby lancent leur dernière création, Avengers, un groupe de super-héros réunissant certains personnages créés et aperçus dans d'autres titres. Ainsi, Iron Man, Thor, Ant-Man, Wasp et Hulk forment une équipe afin de combattre Loki, l'ennemi de Thor, puis d'autres menaces. Cela est l'occasion pour les deux auteurs d'utiliser des personnages du Golden Age comme Namor, Ka-Zar et, surtout, Captain America qui rejoint l'équipe dans Avengers #4 (mars 1964) narrant l'histoire mythique du super-héros de la Seconde Guerre Mondiale décongelée 20 ans plus tard par la troupe d'Iron Man.

De 1968 à 1969, Joe Simon est en litige avec Marvel Comics à cause de droits de Captain America puisque la compagnie à enregistré le copyright à son propre nom - comme toutes les créations de l'éditeur. Selon Simon, Kirby a supporté Marvel Comics dans ce litige en signant un accord avec l'éditeur de lui céder tous les droits des personnages qu'il crée pour la compagnie.

Plus le temps passe, moins Kirby se plaît chez Marvel Comics. Tout d'abord, la mise en avant constante de Stan Lee dans les différents média l'agace et il est en colère contre Martin Goodman qui fait beaucoup de promesses mais ne les tient pas. Aussi, il ne se sent pas libre dans ses choix créatifs. Mais, ce qui l'agace le plus est la manière dont Marvel Comics ne respecte pas les crédits en ne le mentionnant pas qu'il est a la charge du synopsis, ni qu'il est créateur ou co-créateur de tel ou tel personnage. En effet, Kirby a dû attendre Chamber of Darkness #5 (juin 1970) pour être crédité en tant que scénariste et dessinateur. Il l'a été aussi dans les numéros 1 à 4 de Amazing Adventures sur les histoires des Inhumains qui paraissent dans ce livre. Mais, cela est trop tard, Kirby a pris sa décision de partir et il s'en va au milieu de l'année 1970 chez la concurrence, DC Comics.

LIBERTÉ CRÉATIVE ?

La décision de partir chez le principal concurrent de Marvel, National Periodicals Publications Inc. - anciennement National Comics mais le logo sur les revues étaient les initiales DC ce qui poussera la société à devenir DC Comics en 1977 - n'était pas prise sur un coup de tête, Kirby a mis deux ans à négocier un contrat avec l'éditeur-en-chef de l'époque Carmine Infantino. Ainsi, en 1970, il signe pour un contrat de 3 ans qui lui permet d'avoir carte blanche pour créer les séries qu'il désire mais, à deux conditions : qu'il produise 15 pages par semaine et qu'il reprenne également une série existante. Kirby accepte à contre cœur cette dernière condition et il porte son choix sur la série Superman's Pal Jimmy Olsen, la série sur le photographe du Daily Planet ami de l'Homme de Fer, qu'il reprend au numéro 133 (octobre 1970). Il choisit ce titre parce que les équipes créatives changent régulièrement et qu'il ne voulait voler le travail à personne. Il profite de ce titre un peu "fourre-tout" pour ressortir certaines de ses créations comme les Newsboy Legion et Guardian.

Dans le numéro 134 de cette série (décembre 1970), il introduit un nouveau personnage, Darkseid, qui n'est que cité dans l'épisode mais Kirby tease de la sorte une histoire plus large qu'on appelle maintenant Le Quatrième Monde (cf. encadré). Il profite ainsi de cette série plutôt bien exposée puisque Superman - qui vendait très bien à l'époque - fait des apparitions à chaque numéro pour commencer à développer cet univers, présenter quelques concepts et autres personnages.

Mais, ses propres séries qui forment véritablement Le Quatrième Monde arrivent quelques mois plus tard. Elles sont au nombre de trois : Forever People (février 1971), New Gods (février 1971) et Mister Miracle (mars 1971). Chacune se focalise donc sur des personnages différents issus d'un même univers.

Malgré la qualité des histoires de ces différentes séries et l'investissement de Kirby - qui transpire à travers les pages de ses trois séries, les ventes ne sont pas satisfaisantes pour les éditeurs de DC. Kirby se voit retirer Superman's Pal Jimmy Olsen au numéro 147 et New Gods et The Forever People n'auront le droit qu'à onze numéro. Il termine ses trois séries en octobre 1972. Seul Mister Miracle continue jusqu'au numéro 18 (mars 1974) mais la série prend un tournant plus classique pour un récit de super-héros même s'il finit par conclure l'ensemble de l'histoire.

Pour remplacer ses séries tout juste annulée en 1972, Kirby propose deux nouvelles séries. Tout d'abord, The Demon, qui débute en août 1972, met en scène le personnage de Etrigan, un démon lié à un humain par Merlin l'Enchanteur. Kirby n'est pas un grand fan des comics d'horreur mais c'est une demande que DC lui a faite. C'est d'autant plus dommage que le premier épisode a très bien marché, du coup, DC lui en confie 15 autres épisodes. La série s'arrête en janvier 1974.

L'autre série est également une demande de DC. Carmine Infantino n'ayant pas pu obtenir pour sa maison d'édition les droits de La Planète des Singes, demande à Kirby un concept similaire. L'auteur n'avait pas vu le film mais il connaissait le concept brut, un concept qui lui rappelait une histoire sur laquelle il avait travaillé chez Harvey Comics, The Last Enemy! publiée dans Alarming Tales #1 de septembre 1957. Pour l'occasion, il déterre aussi une vieille histoire qu'il a réalisée en 1956 et qui n'a jamais été publiée, Kamandi of the Caves. Il mélange tout cela et il invente le comicbook post-apocalyptique Kamandi: The Last Boy on Earth qui débute en octobre 1972. La série s'arrêtera au départ de Jack Kirby de DC Comics en avril 1976.

Après l'arrêt de Mister Miracle, Kirby lance un nouveau projet : O.M.A.C., titre créé à partir d'une idée que l'auteur avait eu pour Captain America mais qui avait été refusée par Marvel Comics à l'époque. La série commence en septembre 1974 et s'arrête au bout de 8 épisodes faute de ventes. Il tente aussi lancer une série nommée Kobra (initialement King Kobra) co-écrite par Steve Sherman qui n'aura qu'un seul numéro. Ce concept n'est pas sans rappeler le Commander Cobra et le design de Serpentor de la série animée G.I. Joe qui sortira bien des années plus tard.

Il crée d'autres personnages dans la série anthologique First Issue Special : Atlas The Great, le nouveau Manhunter (personnage qu'il avait co-créé au Golden Age) et le groupe de gamins Dingbats of Danger Street qui est une version moderne de Newsboy Legion.

Il lance également une nouvelle version de Sandman, titre qui lui permet de retrouver son partenaire d'il y a 20 ans, Joe Simon. Le titre ne connaîtra que 6 épisodes. Ça sera leur dernière collaboration.

Enfin, il écrit et dessine The Losers, une série de courtes-histoires de guerre dans le titre anthologique, Our Fighting Forces. Il va s'occuper de 12 épisodes en tout.

Kirby a prolongé de deux ans son contrat initial mais les termes de son accord avec Carmine Infantino avaient quelque peu changé ces dernières années. Il n'est pas aussi libre qu'il l'aurait souhaité et les décisions éditoriales ne sont plus en accord avec ses impulsions créatives, selon son assistant de production de l'époque, Mark Evanier. En plus de ça, certains artistes de DC n'apprécient pas trop la présence de Kirby, qui représente une menace pour eux au sein de la compagnie ; son nom est vendeur et il produit très rapidement. Ils ont aussi des rancunes vis-à-vis d'anciennes histoires de droits avec lui chez Marvel. Vu qu'il travaille de chez lui sur la Côte Ouest, certains employés de DC ont volontairement sapé certaines planches à leur réception dans les locaux de DC à New-York. L'ambiance n'est pas au beau-fixe, du coup, Kirby décide de partir et retourne chez la concurrence, Marvel Comics.

RETOUR CHEZ MARVEL

En janvier 1976, Jack Kirby reprend Captain America au numéro 193 qui sera renommée dès l'épisode suivant Captain America and the Falcon faisant de Sam Wilson un partenaire équivalent à Steve Rogers et non pas un sidekick. Un an après, Kirby retrouve sa co-création Black Panther dans la première série régulière consacrée au personnage. Cela lui permet de développer le pays du Wakanda mélangeant racines africaines et technologie futuriste.

Toujours en 1976, Marvel Comics obtient les droits pour adapter la série TV à succès Le Prisonnier. Kirby produit une "ébauche" (cf. ci-dessous) du premier épisode mais le contrat n'aboutira pas et le comicbook ne sera jamais publié.

Jack Kirby lance en juillet 1976 la série The Eternals, un groupe de surhommes immortels mélangeant mythologie et science-fiction. Il s'agit évidemment pour l'auteur de pouvoir raconter l'histoire ambitieuse qu'il n'avait pas pu terminer avec New Gods. Malheureusement, la série sera également annulée au numéro 19 (janvier 1978) laissant de nombreuses intrigues ouvertes qui seront fermées dans Thor #301 par Roy Thomas Mark Gruenwald quelques années plus tard.

Marvel Comics acquiert les droits d'adaptation du film de Stanley Kubrick, 2001, l'Odyssée de l'Espace. L'éditeur confie alors à Jack Kirby l'écriture et les dessins du one-shot giant-size 2001: A Space Odyssey Treasury Special #1 qui sort en 1976. Bien qu'il s'agisse d'une adaptation fidèle au film, Kirby se permet de rajouter des dialogues issus du livre de Arthur C. Clarke qui ne sont pas dans le long-métrage.

Fin 1976 et début 1977, Marvel Comics sort une série régulière 2001: A Space Odyssey dans laquelle Jack Kirby explore l'univers du livre et du film et invente ses propres intrigues et personnages comme X-51 (cf. encadré ci-contre). La série s'arrête au numéro 10 en septembre 1977. Mais, il récupère le concept de robot X-51 qu'il transpose à l'univers Marvel grâce à la série Machine Man. Il arrête la série au numéro 9 en décembre 1978.

En 1978, Marvel Comics apprend que DC Comics tente d'adapter Kamandi en dessin animé. La maison des idées demande alors à Kirby s'il est d'accord de créer un concept similaire. Cela donne naissance à la série de 9 épisodes Devil Dinosaur que l'auteur écrit et dessine. Il s'inspire sur ce titre de la théorie du Dr Raymond Dart qui prétend que l'homme descend de babouins tueurs. Il décide alors de créer des tribus de singes assez proches de l'homme et violents à l'époque des dinosaures et de rajouter des éléments de science-fiction.

Pendant cette période, Kirby travaille essentiellement seul au scénario et aux dessins - il est tout de même encré. Il n'y a bien qu'une seule exception et cela sera sa dernière collaboration avec Stan Lee sur un comic book. Ce dernier avait été contacté par le producteur de film, Lee Kramer, afin de lui proposer de faire un film opera rock basé sur le Surfeur d'Argent. A la base, il voulait faire un film sur les 4 Fantastiques mais Marvel n'avait plus les droits d'exploitation à l'époque. Du coup, avec le Surfeur d'Argent, il était possible de faire un film sans qu'il n'y ait de référence au groupe de super-héros. Lee donne son accord mais Kramer lui demande une histoire originale qu'il pourra adapter en intégrant un personnage féminin que Olivia Newton-Johns, la compagne de Kramer de l'époque, pourra incarner à l'écran. Stan Lee écrit seul l'histoire de ce one-shot, qui est modernise l'arrivée sur Terre de Norrin Radd et comment il trahit Galactus, et il invente le personnage de Ardina. Ce Graphic Novel sort en 1978.

Cette même année, Kirby décide de quitter à nouveau Marvel à peu près pour les mêmes raisons qu'en en 1970 et DC Comics trois ans auparavant. Mais, cette fois, il décide d'abandonner les comics et de faire autre chose.

DE NOUVEAUX HORIZONS

Jack Kirby ne quitte pas Marvel Comics sans rien derrière, le studio d'animations Hanna-Barbera lui a proposé un emploi pour travailler sur les designs du dessin animé Fantastic Four. En effet, Marvel avait cédé ses droits d'exploitation de la licence au célèbre studio californien qui voulait un look "Kirby" à cette production. Mark Evanier, ancien assistant de production du King en charge d'écrire le comic book tiré du dessin animé, apprend au directeur d'animation que Kirby est libre et qu'il pourrait être intéressé. Même s'il est encore en contrat avec Marvel, la maison d'édition laisse Kirby travailler sur la série animée comptabilisant ce travail dans le nombre de pages que le dessinateur doit produire par mois selon son contrat.

Stan Lee, qui venait de déménager en Californie pour étendre la marque Marvel au cinéma et à la télévision, s'occupait de la supervision créative du show, appelé New Fantastic Four, alors que Kirby était directeur artistique. Ensemble, ils se mettent d'accord pour la création d'un quatrième membre de l'équipe de super héros : H.E.R.B.I.E. un robot qui semble inspiré de R2-D2 de Star Wars qui remplace Johnny Storm. En effet, Marvel a cédé les droits de la Torche Humaine à une autre société de production, donc Hanna-Barbera ne peut pas l'utiliser dans cette série animée. La raison serait que Marvel pense que le personnage ne peut pas être dans une série pour enfants parce que des enfants se seraient immolés par le feu pour ressembler à leur héros préféré lors de la diffusion du précédent dessin animé diffusé en 1967. Mais, rien ne confirme cette rumeur.

La série va s'arrêter au bout de 13 épisodes puisque Hanna-Barbera connait des problèmes en interne avec le principal studio de production travaillant sur le projet, DePatie-Freleng, qui a accepté des contrats avec Warner Bros., l'un des concurrents de Hanna-Barbera. L'ironie est que la firme d'animation décidera de vendre à Marvel  DePatie-Freleng en 1980.

Entre The New Fantastic Four et Thundarr the Barbarian, Kirby est approché par le producteur de film, Barry Geller, qui lui propose de créer les designs de l'adaptation cinématographique du roman de science fiction de Roger Zelazny, Lord of Light (Seigneur de Lumière en français), dont il a acheté les droits. Le dessinateur est alors en charge de créer les artworks des décors qui serviront pour le film et qui deviendront à terme un parc d'attraction, Science Fiction Land. Geller organise une énorme conférence de presse présentant le projet mais, aussi, son équipe dont le célèbre romancier de science-fiction, Ray Bradbury (Farhenheit 451). Mais, le projet n'aboutira pas et le travail de Kirby sera utilisé à d'autres fins (cf. encadré ci-contre).

Kirby retourne également aux comics à la fin des années 70, début des années 80 afin d'adapter en BD le film de Walt Disney Pictures, The Black Hole - Le Trou Noir en français, un film de science-fiction assez sombre qui semble vraiment s'inspirer de l'oeuvre de Kirby dans le design des robots et des vaisseaux spatiaux. Cette adaptation prend la forme de strip comics publiés dans le cadre de Walt Disney’s Treasury of Classic Tales, de courtes histoires qui sont publiées tous les dimanches dans des journaux. La dernière partie est publié le 24 février 1980.

Fin 1979, Kirby retourne dans l'animation. Il travaille pour les studios Ruby-Spears Productions où il va créer les designs de la série animée créée par Steve Gerber (Howard The Duck) Thundarr the Barbarian - Arokk le Barbare en français - un mélange entre plusieurs films à succès de l'époque : Conan le Barbare, La Planète des Singes et Star Wars. La série s'arrête à la seconde saison au bout de 21 épisodes diffusés en 1981.

En 1984, Kirby signe les designs d'une autre production de ce studio : Turbo Teen - Turbolide en français - l'histoire d'un adolescent qui peut se transformer en voiture à volonté. Durant cette période, il a aussi travaillé comme consultant sur d'autres productions de Ruby-Spears comme Mr. T, Goldie Gold and Action Jack, Rambo, Sectaurs, et Chuck Noris Karate Kommandos.

Toujours en 1984, Hanna-Barbera fait appel à Jack Kirby pour créer le design des jouets tirés de Super Friends: The Legendary Super Powers Show, le show mettant en scène les super-héros DC Comics en partenariat avec la compagnie de jouets Kenner, il s'occupera également des couvertures et des publicités de Super Powers, le comic book inspiré de la ligne de jouets.

Dernières années

Dans l'industrie des comics, les années 80 sont l'essor des comics indépendants. De nouvelles maisons éditions se créent proposant aux auteurs de publier leurs créations mais tout en gardant leurs droits dessus. Ainsi les deux frères Schanes, Steve et Bill, ont créé en 1971 à l'âge de 17 et 13 ans, leur label indépendant, Pacific Comics qui devient une véritable société à la fin des années 70. Afin de se lancer et concurrencer d'autres éditeurs, les Shanes n'hésite pas à contacter Jack Kirby et lui propose alors ce même accord. Forcément, après avoir dû renoncer aux droits de ses créations pour Marvel et DC, le King apprécie cet accord et va créer 3 séries. Captain Victory and the Galactic Rangers est la première sortie de Pacific Comics (novembre 1981), un titre lié - sans pour autant être mentionné - à la série New Gods qu'il a créé pour DC Comics. En effet, Captain Victory est le fils d'Orion et, donc, le petit-fils de Darkseid.

En juin 1982, Kirby sort le one-shot Battle for a 3-D World imprimé en anaglyphe comme l'était sa co-création avec Joe Simon, Captain 3-D, 29 ans auparavant.

Enfin, Kirby lance Silver Star, une série qui n'aura que 6 épisodes de février 1983 à janvier 1984. Pour l'occasion, l'auteur ressort un scénario de film qu'il avait mise au point au milieu des années 70 avec Steve Sherman, son partenaire sur le one-shot Kobra (DC Comics). Le King a modifié un peu l'histoire afin de coller au mieux au format BD. Le thème de la série s’apparente pas mal à celui des X-Men - titre sur lequel Kirby n'a finalement pas participé au scénario - mais avec la patte si spécifique de l'auteur.

Les 3 séries régulières s'arrêtent en janvier 1984 puisque Pacific Comics met la clef sous la porte.

En mars 1982, Kirby s'associe à Steve Gerber pour lancer chez Eclipse Comics une série nommée Destroyer Duck dans le but d'aider ce dernier à soulever des fonds pour son procès l'opposant à Marvel concernant sa création Howard the Duck. La série avait également pour but de dénoncer le monopole du système de contrat à la demande qui n'autorise pas les auteurs à jouir des droits de leurs créations chez Marvel et chez DC.

Du coup, Kirby travaille à nouveau chez DC Comics en réalisant les couvertures de la réédition de New Gods. Celle-ci prend forme d'une mini-série de 6 épisodes dont chaque numéro comporte deux de la série originale. New Gods (vol. 2) #6 comporte ainsi New Gods (vol. 01) #11 et une histoire inédite qui ouvre la voie vers DC Graphic Novel #4 (mars 1985) dans lequel est publié Hunger Dogs!, une histoire one-shot qui signe la fin de sa saga Le Quatrième Monde débutée 15 ans plus tôt. Ce n'est pas la fin qu'il aurait souhaité - son éditeur ne voulant pas qu'il tue Orion et Darkseid - mais elle a le mérite d'exister.

Fin 1985, il retrouve le comicbook basé sur les jouets de Kenner dans Super Powers II, mini-série qu'il dessine. Il illustre quelques dessins ici et là pour DC mais ne crée plus rien. La même année toujours avec Kenner, il travaille sur les concept arts et les designs des jouets The Centurions. Il retrouve sur ce travail Gil Kane, avec qui il a collaboré dans l'animation au début de la décennie.

Kirby disparaît du radar pendant quel temps. Il refait l'actualité en 1987 grâce à la communauté de fan qui met la pression à Marvel Comics afin qu'il lui rende les planches qu'il a produit pour la maison d'édition. Cela fait 1 an que l'auteur est en conflit avec la Maison des Idées à ce sujet, celle-ci ne voulant accepter qu'à condition qu'il signe un document sur lequel est stipulé qu'il reconnait que Marvel a tous les droits sur les personnages que Kirby a créé pour elle. La maison d'édition a finalement renvoyé entre 1900 et 2100 pages sur 10000 à 13000 qu'il a dessiné pour la compagnie. Cette affaire est loin d'être réglée puisque les héritiers de Jack continuent aujourd'hui à se battre pour défendre les droits de leur père.

En 1993, l'éditeur Topps Comics débute une série de comics labellisés The Kirbyverse. Il s'agit en fait de fond de tiroir de Jack Kirby avec des concepts de personnages et de séries dont la plupart remontent à l'époque de Pacific Comics :  BombastCaptain GloryNightglider et Satan's Six. L'auteur n'est que crédité pour les synopsis, le scénario et les dessins étant confiés à d'autres. Il signe tout de même quelques pages pleines.

La même année, Image Comics - récemment née - propose à Kirby d'éditer la série Phantom Force qu'il co-écrit par Michael Thibodeaux - l'encreur de la série Silver Stard - et Richard French. Il dessine les deux premiers épisodes (décembre 1993 et avril 1994) et se fait encrer par les stars de Image Comics, Todd McFarlane, Erik Larsen, Rob Liefeld, mais aussi par d'autres illustres artistes de l'industrie.

A partir du numéro 3, la série est publiée par Genesis West, un petit éditeur qui a déjà publié le numéro 0. La série continuera jusqu'au numéro 8 (octobre 1994) mais Kirby n'est pas là pour le voir puisqu'il est mort à l'âge de 77 ans d'une défaillance cardiaque quelques jours avant sa sortie.

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