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Doctor Strange

Doctor Strange est le premier film solo de la Phase 3 de l'univers cinématographique Marvel. Marvel Studios introduit ainsi un nouveau personnage mais aussi le monde de la magie et des dimensions ténébreuses qui menacent la notre. C'est le réalisateur issu du cinéma de genre, Scott Derrikson, qui a cette responsabilité. Voici notre critique sans spoilers du dernier film signé Marvel Studios.

doctor-strange-afficheDoctor Strange

Par Scott Derrikson • Avec Benedict Cumberbatch, Chiwetel Ejiofor, Tilda Swinton, Rachel McAdams, Benedict Wong, Mads Mikkelsen...
Le talentueux neurochirurgien, Dr Stephen Strange, perd l'usage de ses mains après un tragique accident de voiture. Bien décidé à trouver un moyen pour en retrouver l'usage, il entreprend un voyage au Tibet à la recherche de Kamar-Taj où il devrait trouver la solution à son problème. Alors qu'il s'attend à une solution scientifique, il découvre un endroit étrange tenu par l'Ancien qui lui propose un voyage spirituel et mystique dépassant tout ce que le Docteur a déjà vu. En acceptant l'enseignement de l'Ancien, Strange devient un gardien sur Terre contre les forces magiques qui viennent d'autres dimensions...

Doctor Strange marque un changement dans les productions de Marvel Studios. Je ne parle pas du fait que ce soit le premier film de la Phase 3 avec un personnage inédit dans l'univers cinématographique Marvel. Après tout, il n'y a pas si longtemps, les studios nous présentaient Ant-Man dans son propre film et Spider-Man et Black Panther dans celui sur Captain America. Non, je parle de petits changements qui marquent aussi une réorientation de Marvel Studios. Tout commence au générique du film dans une nouvelle animation présentant son logo. Exit les images de comics, place aux images animées extraites des différents films sortis. Nous pourrions parler de manque de respect par rapport au matériel original ou de nombrilisme. Personnellement, j'opterais plutôt pour dire que les studios dirigés par Kevin Feige affirment enfin leur intention de ne pas adapter les histoires parues dans les comics à la lettre mais de raconter les leurs. À force de voir les films s'enchaîner, cela me paraissait évident et, pourtant, certains continuent à comparer les deux médias. Je ne pense pas que ce simple générique change grandement cette tendance - naturelle - mais les studios se dédouanent de la sorte.

L'autre changement est dans l'ADN même du film. Doctor Strange retrace les origines du héros dans l'univers cinématographique mais la formule classique de Marvel Studios usée jusqu'à la moelle et qui montrait des signes de fatigue dans Ant-Man se voit modifiée çà et là lui donnant un coup de jeune. Ce n'est pas le monde de la magie que l'on découvre au cinéma qui apporte ce dépoussiérage mais plutôt la manière dont agit le héros directement. Comme Iron Man, Thor ou Ant-Man, Stephen Strange n'est pas un saint. Il a même tout pour déplaire. Mais la manière dont il devient un héros est différente. Il demande à devenir sorcier sans trop se soucier de ce que cela implique. Du coup, beaucoup de choses en découlent marquant la différence avec les précédentes "origin stories" de Marvel Studios. Vous raconter en détails ces changements serait vous révéler certains éléments du film, et ce n'est pas le but de ma critique.

Nous ne sommes pas sur un terrain inconnu non plus. Nous nous doutons fortement que telle ou telle chose va se passer avant qu'elles n'arrivent dans le film. Cela reste un film hollywoodien mais Marvel Studios apporte un nouveau souffle à sa série de films. Les ficelles sont assez classiques mais l'exécution du spectacle est assez exemplaire faisant de Doctor Strange peut-être bien la meilleure origin story que Marvel nous ait livré jusque-là. L'exemple le plus parlant vient dans la mécanique narrative habituelle qui amène le héros à découvrir un élément fantastique qu'il viendra à utiliser plus tard, souvent vers la fin du film, afin de se dépatouiller d'une situation. Nous la retrouvons dans le film mais c'est fait de manière remarquable parce que ça rentre dans une logique propre à la situation (l'utilisation du monde miroir) ou alors elle sert d'explication à des situations précises ultérieures sans casser le rythme du film (comme les objets exposés à Greenwich Village).

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Il y a tout de même certaines (petites) choses qui m'ont fait tiquer. D'abord, au début du film, personne ne dit à Strange que ce qui lui arrive est complètement de sa faute. Le scénario laisse ce droit à l'Ancien (Tilda Swinton) alors que Christine Palmer (Rachel McAdams) n'utilise pas habituellement la langue de bois avec son ami. Je trouve ça dommage de ne pas le lui rappeler. Certes, le film se refuse d'être manichéen. Les personnages font des choix humains allant dans le sens de ce qu'ils considèrent juste. Mais, là, c'est un peu abusé, je pense. En tout cas, la manière dont est filmé l'accident de voiture montre la conduite dangereuse du héros et le danger qu'il représente sur la route.

L'autre chose qui me travaille est la période pendant laquelle l'histoire se déroule. Bien évidemment, tout le monde a entendu le nom de Strange dans Captain America : Le Soldat de l'Hiver mais je parle plus du film actuel en soit. Nous voyons un plan aérien de New-York avec la Tour Avengers qui, il me semble, n'existe qu'entre Avengers et Avengers: l'Ère d'Ultron mais le plan d'après nous voyons un prix que Strange a reçu en 2016. Du coup, difficile de savoir quand l'histoire se passe réellement. En soit, ce n'est pas grave puisque cela ne gâche en rien le film.

Il y a aussi l'ennemi qu'affronte Strange qui n'est peut-être pas à la hauteur. Comme souvent dans les Origin Stories, l'ennemi est une excuse. Celui joué par Mads Mikkelsen ne fait pas exception à la règle. Il y a bien une tentative d'en faire un personnage ambiguë, ce qui va dans le sens du film qui se veut non-manichéen. Mais, le spectateur ne remet pas en cause toute sa perception du film avec le monologue passionné du personnage. Il reste un ennemi générique aux mêmes pouvoirs que Strange. Il n'y a donc pas de grande révolution de ce côté-là.

Enfin, il y a un aspect visuel (mais complètement assumé) qui prête à sourire. Entre les costumes brodés aussi discrets que ceux des Power Rangers ou le maquillage à strass autour des yeux des Zélotes, il y a un aspect grand-guignol par moments. Mais comme je l'écrivais, ce choix est complètement assumé. Voir au début du film ces hommes et femmes accoutrés de la sorte courir dans les rues de Londres est drôle mais, cela devient énigmatique lorsque nous nous rendons compte que personne dans la rue ne les remarque.

Scott Derrikson maîtrise complètement sa direction artistique. Et, passé cette histoire de costume (qui pourra plaire à d'autres), le film est magnifique graphiquement parlant. Nous avons tous vu dans les trailers ses scènes folles de la ville qui se plie dans tous les sens avec des mouvements de bâtiments se repliant sur eux-mêmes ou se mettant en marche comme des tapis roulants. Le réalisateur va encore plus loin, jouant avec les perspectives et les dimensions. Les couloirs s'allongent à l'infini ou se referment sur eux-mêmes. Les villes deviennent des labyrinthes complexes. Tout est continuellement en mouvement. Dans le même ordre d'idée, le combat à Hong-Kong est fou et très bien construit. Derrikson ose même l'hommage non dissimulé à la fin de 2001, l'Odyssée de l'Espace avec le héros qui traverse des dimensions farfelues constituées de décors en fractales. Nous avons déjà vu ça dans Ant-Man (et Les Nouveaux Héros) mais ici, tout le décor défile dans un non-sens complet et un esthétisme qui dépasse l'entendement. Le personnage n'admire pas mais subit jusqu'à devenir lui-même un élément déconstruit. Avec la 3D stéréoscopique et l'effet de profondeur, cette scène devient complètement folle.

Le réalisateur a aussi de la personnalité dans sa mise en scène, dans le choix de ses plans. C'est souvent la critique faite sur les films Marvel Studios, que la réalisation est aseptisée et que les réalisateurs ne font que poser des noms sur l'affiche. Nous pourrions en débattre des heures mais avec les deux films Avengers, j'ai bien vu des films écrits par Whedon. Par contre, si la réalisation est basique, c'est parce que Whedon n'est qu'un réalisateur basique. Derrikson vient du film de genre et ça se voit à l'écran. Il a une approche particulière se focalisant sur des successions de gros plans. Il casse l'ambiance en enlevant la musique aux moments les plus durs. Sa caméra s'approche près de l'action rendant la scène en voiture au début du film incroyablement prenante. On ressent le risque que prend inconsciemment Strange. Le réalisateur offre aussi des plans larges de toute splendeur avec ses travelings pivotant sur un axe donnant une sensation de vertige. Travelings dont Derrikson aime abuser. Malheureusement, cela ne marche pas à tous les coups surtout lorsqu'il les utilise pour appuyer la 3D stéréoscopique. La première scène montre un décor dans lequel navigue la caméra à travers des alcôves. D'un point de vue 3D, c'est très réussi. D'un point de vue visibilité, c'est plutôt dérangeant puisque ça donne l'impression de rater l'action. Heureusement, cela arrive à de rare moments.

Le montage de Wyatt Smith est aussi très réussi d'un point de vue technique. L'une des scènes cruciales abuse d'effets rendant le tout très dynamique tout en étant lisible malgré les nombreuses ellipses. Le tout est agrémenté d'une bonne musique de Michael Giacchino qui sait être présente lorsqu'il le faut et discrète à d'autres moments.

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Le jeu d'acteurs est plutôt bon. Je craignais un peu Benedict Cumberbatch dans le rôle de Strange. En fait, je craignais surtout qu'il interprète le personnage comme son Sherlock Holmes ou qu'il parte dans la direction opposée comme celle de Khan dans Star Trek Into Darkness. Mais, l'acteur se paye le luxe de sortir une nouvelle carte et propose une interprétation très sobre du personnage. Pas trop érudit, pas trop vantard, il laisse transparaître les défauts de son personnage quand il le faut. Et puis, il arrive à être drôle (voir très drôle) rien que par sa gestuelle. Vous allez apprécier certaines scènes avec sa cape. Mais celle qui brille à l'écran est Tilda Swinton. Elle a un talent fou faisant de l'Ancien un personnage au visage sympathique mais qui évite toute émotion transparaître - surtout celles négatives. Elle a un tel charisme que le choix de l'actrice n'est guère discutable. Peut-être que nous aurions pu avant avoir un Ancien asiatique mais, c'est vrai, dans l'histoire telle que nous le raconte Marvel Studios, le personnage n'a pas d'origines précises. En tout cas, les producteurs et les scénaristes évitent d’aggraver leur situation en faisant de Wong (Benedict Wong) l'équivalent de Strange et pas un serviteur. Il a du caractère. Chiwetel Ejiofor qui joue Karl Mordo a un jeu très correct, tout comme Rachel McAdams qui apporte un capital sympathie fort à Christine Palmer. Enfin, Mads Mikkelsen perce l'écran comme d’habitude et il a le droit à sa scène "actor studio". Il est tout de même dommage que Marvel ait donné un rôle aussi bateau à un tel acteur.

Doctor Strange a donc beaucoup de choses pour plaire et j'ai l'impression que ma critique ne retranscrit pas autant qu'il le faudrait le plaisir que j'ai ressenti pendant le visionnage du film. J'avoue je m'attendais à quelque chose de moins bien, notamment à cause du CV de Derrikson et ses films plutôt irregardables - la fin de Sinister est une bouillie visuelle - mais aussi à cause des scénaristes (un a travaillé sur Prometheus, les autres sur le dernier Conan) et à cause de la bande-annonce qui laissait présager une énième origin story avec les mêmes ressorts scénaristiques. Autant dire que le réalisateur m'a bluffé, que les scénaristes ont fait un très bon travail et que Marvel Studios ne s'est pas reposé sur ses acquis. J'espère que Kevin Feige fera appel à la même équipe pour concevoir le prochain film (plus que probable) sur Stephen Strange.

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