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Wonder Woman

C'est une quasi tradition chez DC Comics, les origines des personnages sont dévoilés après coup. Ainsi, suite à son apparition dans Batman v Superman, Wonder Woman a le droit à son propre film qui nous raconte ses origines et comment elle est arrivé dans notre Monde. Mais c'est avant tout parce qu'il s'agit d'un film cassant une convention que tous les regards sont rivés sur le film de Patty Jenkins puisque il s'agit du premier film mettant en scène une super-héroïne en solo et réalisé par une femme.

Wonder Woman

Par Patty Jenkins • Avec Gal Gadot, Chris Pine, Connie Nielsen, Robin Wright, Danny Huston, David Thewlis, Elena Anaya...
C'était avant qu'elle ne devienne Wonder Woman, à l'époque où elle était encore Diana, princesse des Amazones et combattante invincible. Un jour, un pilote américain s'écrase sur l'île paradisiaque où elle vit, à l'abri des fracas du monde. Lorsqu'il lui raconte qu'une guerre terrible fait rage à l'autre bout de la planète, Diana quitte son havre de paix, convaincue qu'elle doit enrayer la menace. En s'alliant aux hommes dans un combat destiné à mettre fin à la guerre, Diana découvrira toute l'étendue de ses pouvoirs… et son véritable destin.

La découverte du premier trailer de Wonder Woman a rassuré beaucoup de monde, dont moi. En effet, après avoir proposé des films trop chargés en événements et à l'apparence dark, la bande-annonce brillait par sa ligne directrice claire et, surtout, parce qu'elle remettait le super-héroïsme en avant. Et puis, Wonder Woman incarnée par Gal Gadot déchire tout.

Malheureusement, les trailers - et autres extraits promotionnels - ont quelque peu réduit mon enthousiasme à cause de leur aspect graphique. Je pense notamment à l'extrait dans lequel on voit Antiope (Robin Wright) combattre à l'entraînement Diana. Cela faisait pauvre avec une mise en scène lourdingue et des effets spéciaux peu glorieux. Cela résume bien une grande partie du film. La réalisatrice Patty Jenkins a pour elle une direction d'actrices et d'acteurs irréprochable, par contre, lorsqu'il s'agit des scènes d'action, c'est une catastrophe. Les premières images montrant les Amazones à l'entraînement sont catastrophiques avec des travelings numériques franchement ratés, les fonds verts visibles et les ralentis mal calibrés. Tout cela est le point noir du film. En effet, par la suite, ce n'est pas mieux surtout le combat final qui est tellement à la ramasse niveau effets spéciaux qu'il en est presque ridicule. Heureusement, cela ne désert pas le propos du film.

Ce n'est malheureusement pas le seul reproche que nous pourrions faire au film. Le second est toujours d'ordre cosmétique puisque il s'attache à la promotion même du film. En effet, Wonder Woman est vendu comme un film féministe parce qu'il met en avant une femme dans un genre qui est habituellement attribué aux garçons, le super-héroïsme. En plus de ça, le film est réalisé par une femme (mais écrit et produit par des hommes). En 2017, si cet argument de ventes peut faire prêter à sourire, il s'agit aussi d'une réalité. Du coup, voir une femme qui peut rivaliser avec Superman sur Grand Ecran est un grand pas pour la représentation même si la route est encore bien longue. Mais le film n'a que ça de féministe, ou presque. Il y a bien l'évocation de livres sur la sexualité écrits par Clio ou, la scène du bureau rempli de hauts-gradés, tous des hommes blancs, dans lequel rentre Diana sans voir le moindre problème. Mais, cela résume le féminisme dans le film. Surtout qu'à côté, le film montre Diana devenir comme une hystérique en voyant un bébé et et devenir dingue en mangeant une glace à la fraise. Même si elle découvre ces deux choses dans "le monde des Hommes", ce n'est pas forcément cet aspect qui est mis en avant et le message peut être pris comme si les femmes même les guerrières étaient toutes dingues de bébés et de glaces.

Mais, il y a surtout deux aspects assez gênants qui empêchent Wonder Woman d'être l'oeuvre féministe qu'elle devrait être. Tout d'abord, les origines des Amazones et celles de Wonder Woman. Les premières sont exclues du monde par but et non pas à cause de celles qu'elles ont subit par le passé. Elles existent et elles vivent sur Themiscyra, leur île paradisiaque, grâce à un homme. Si ce choix peut être expliqué pour la logique de l'histoire globale (co-écrite par Zack Snyder), il vient à accentuer le problème des origines de Diana. Les producteurs du DC Extended Universe - ou DCEU - prennent ce que je considère comme les pires origines de l'Amazone - parce qu'elles cassent la symbolisme féministe - et reposent leur film dessus. Le second aspect repose sur la relation qu'entretient Diana avec Steve Trevor (Chris Pine). Ce dernier est omniprésent, chaque fois que Wonder Woman passe à l'action, il lui emboîte le pas et, un peu comme les héros humains dans les films Transformers, il devient lui aussi un héros au fur et à mesure. Il n'est pas qu'un simple sidekick, il prend de l'importance et, jamais, Wonder Woman n'évolue sans lui. À tel point que les scénaristes pensent qu'il faille montrer une relation charnelle entre l'Amazone et l'espion américain. Pendant la séance où j'étais des adolescents - pas très fut-futs - se sont mis à applaudir pour féliciter l'homme "d'avoir choper" l'Amazone. Dans d'autres séances, il semble que les mecs soient encore moins subtiles. Où est donc le féminisme lorsque les Hommes arrivent à considérer comme une victoire lorsque l'un de ses congénères "pécho" un symbole de l'égalité homme/femme ? Malheureusement, le film leur donne cette impression de victoire par le choix de mise en scène de cet instant.

Le dernier problème du film vient de cette histoire globale et de la direction prise par les producteurs du DCEU qui semblent ne pas comprendre qui sont ses héroïnes et ses héros. Il y avait l'exacte même problème avec Man of Steel dans le sens où ils essaient de "marveliser" leurs héros en leur donnant le symptôme Peter Parker sauf que la nature même de leurs personnages reprend (vite) le pas. Ici, ce passage est oublié alors qu'il aurait dû être une source de motivation. La raison est simple : Diana n'avait pas besoin de ce moment pour prendre sa décision, l'histoire de Trevor et celle que lui racontait sa mère enfant suffisaient amplement. Cette décision a pour but d'"humaniser" des personnages quasi-divins alors que, justement, les super-héros DC sont des Dieux sur Terre qui décident de vivre parmi les Hommes afin de faire le bien. Le problème des films de la Warner est qu'ils font la démarche inverse en essayant d'avoir des personnages humains - mais aux destins exceptionnels - qui deviennent des divinités ou en acceptent ce statut, des surhommes selon le concept de Nietzsche, des êtres surpuissants qui regardent les Hommes de haut. Ainsi, nous avons le droit à une scène dans Wonder Woman aussi symbolique que celle de Bruce Wayne s'élevant porter par des chauves-souris coupant le personnage du reste des humains. Dans le cas de l'Amazone, cela est presque gênant puisque elle agit au nom de l'amour et que pendant tout le film, ses choix sont guidés par la proximité qu'elle a avec les Hommes.

Et pourtant...

... Malgré tous ces défauts, j'ai passé un très agréable moment. Je reste néanmoins persuadé que Wonder Woman aurait mérité meilleur film surtout lorsqu'elle est incarnée de si belle manière par Gadot qui joue avec une telle sobriété la guerrière et met tant d'âme aux moments nécessitant de l'émotion. Mais, ce n'est pas la seule qui joue le rôle Diana, j'aimerais aussi saluer la prestation de la charmante Lilly Aspell qui joue l'Amazone encore enfant. Dans sa première apparition, on lit aisément la détermination et l'amour dans ses yeux. Elle vous donne envie d'aimer Diana, surtout que malgré l'âge plus avancée de l'héroïne pendant l'action principale, elle ne trahit jamais cette première image qui est envoyée du spectateur de Diana dans cette introduction.

Si l'histoire principale est critiquable - même si elle s'inscrit dans la ligne éditoriale du DCEU, le scénario de Allan Heinberg - aidé par Geoff Johns sur le screenplay - regorge de bonnes idées comme ce qu'il fait avec la montre de Steve Trevor - même si quelqu'un a trouvé bon de nous l'expliquer derrière dans un flashback franchement inutile. La construction de l'intrigue est bien gérée jouant l'effet de surprise permettant une autre relecture de certains moments du film.

Si le film n'étonne pas dans sa forme - on pense forcément à Captain America et à Thor, il a pour lui une flopée de personnages intéressants comme les sœurs Amazones Hippolyta (Connie Nielsen) et Antiope, Etta Candy (Lucy Davis), Sameer (l'excellent Said Tagmahoui), et Charlie (Ewen Bremner). Le scénario permet aussi de donner un aspect humain à Docteur Poison (Elena Anaya) qui aurait peut-être mérité plus de travail surtout que son interprétation est assez incroyable.

Bien sûr, l'histoire focalise surtout sur le duo que forme Diana et Steve. Les deux acteurs ont trouvé une alchimie parfaite pour incarner ces personnages. Il y a de jolis échanges qui sortent de l'ordinaire et du convenu. Leur traitement dans sa globalité est rudement bien mené comme, par exemple, en ce qui concerne la candeur de Diana, l'héroïne ne parait jamais stupide, ses questions sont même pertinentes sur de nombreux points.

Mais, le plus travail de Heinberg est clairement dans son approche de la guerre. Si la Première Guerre Mondiale montrée dans le film a des faux airs de Seconde Guerre Mondiale, il y a des points d'histoire complètement respectés et qui servent l'histoire. Mais, c'est surtout l'horreur de la guerre (en général) que dénonce le scénariste en montrant les victimes, en s'intéressant aux dégâts collatéraux, aux veuves et aux orphelins, aux soldats... Toute cette partie - dans laquelle j'ajoute le dialogue entre Diana et The Chief (Eugene Brave Rock) sur la condition des natifs américains - est tout ce qui me fallait. L'émotion est forte et pourtant c'est amené avec sobriété. Le point culminant étant cette scène puissante en émotions, lorsque Wonder Woman n'accepte pas le comportement des troupes dans les tranchées parce que tout le monde a l'air de s'en foutre du sort réservé aux villageois et de voir des innocents mourir. Lorsque Diana met sa tiare, l'espoir est incarné à l'écran.

Rien que la magie de cette scène fait oublier tous les défauts du film.

  • Raf

    "puisque il s'agit du premier film mettant en scène une super-héroïne en solo".
    Les films Catwoman et Elektra n'ont donc jamais existé...

  • Anthony

    Bonjour,
    Plutôt d'accord avec cette critique. Gal Gadot est superbe et le duo fonctionne très bien. L'impact féministe est là aussi léger, peut être trop, sans doute à imputer à l'humanisation de cette héroïne, problème que tu soulèves et qui est présent dans tout le DCEU : ce sont des putains de DIEUX ! et ça ne transparait pas vraiment. J'attendais vraiment un film dur sur la guerre, saupoudrée de romance là tout aussi dramatique. Au final le film frôle ces thématiques, et la marvelisaton évidente limite vraiment l'impact. Le film est trop popcorn, trop grand public et plutôt très vilain sur son dernier acte tout sauf inspiré, les décors sont vides, les effets immondes. Je retiendrai cette scène plutôt impressionnante de Diana face aux soldats dans la grange, tout au ralenti, j'aime bien.
    Bref un visionnage agréable mais beaucoup trop classique en 2017, inoffensif et pas si féministe que ça.

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