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The Infinite Loop Tome 1 (version Ulule)

La BD de Pierrick Colinet et Elsa Charretier, The Infinite Loop, a été financée de manière participative. Après la réussite de cette campagne, la série a interpellé et elle sera publiée mensuellement par IDW Publishing à partir du mois d'avril. Je suis tellement fier d'avoir participé au financement de cet album et de lire, enfin, le Tome 1 fraîchement reçu. L'engouement est là et, après avoir lu ce premier album, il ne se tarit pas.

Dans un futur lointain, les voyages dans le temps sont devenus monnaie courante. De ce fait, des petits bourgeois s'amusent à modifier le court de l'histoire. On les appelle les "forgeurs". Chaque altération de l'histoire provoque des anomalies. Teddy fait partie des agents en charge de trouver les anomalies et de les éliminer afin de rétablir le cours de l'histoire. Un jour, alors qu'elle est en mission, elle trouve une anomalie qui est une belle jeune femme, Ano. C'est le coup de foudre et le moment où tout bascule.

J'ai lu quelques chroniques concernant cet album. Et, j'ai l'impression que les gens interprètent de manières différentes le fond de l'histoire. Faut dire que l'histoire a des bases tellement solides qu'elle se permet d'avoir plusieurs couches de lecture et que chacun arrive à la ramener à son histoire personnelle. Ainsi, j'ai pu lire parmi les chroniques qu'il s'agit d'un Roméo et Juliette moderne, d'une histoire d'amour sur fond de tolérance, d'une métaphore sur le libre arbitre, d'une fable homosexuelle, etc. Personnellement, ma vision est plus... politique.

L'histoire amène Teddy à une révélation qui la met en face de la réalité des choses : elle est homosexuelle. Elle se refusait de le voir avant à cause de la pression sociale et du carcan moral du monde qui l'entoure. Même si dans le monde de The Infinite Loop, cela est exagéré par rapport au notre puisque les émotions et les relations humaines sont bannies. Il est facile de transposer sa situation dans notre pays aux racines conservées d'une époque judeo-chrétienne révolue. Au début de l'histoire, Teddy est persuadée que ses barrières émotionnelles sont là pour le bien de tous. Elle a même une théorie très bien répétée dessus, un peu comme si elle essayait de s'autopersuader. En revanche, dès qu'elle voit Ano, elle le sait. C'est irréfutable. Elle est ce qu'elle est et rien, pas même la politique du monde qui l'entoure, ne pourra la changer. Bien sûr, au début, elle doute mais très vite, elle accepte sa condition et va (tenter de) vivre pleinement sa relation.

La narration de Pierrick Colinet est travaillée. Ainsi, il s'amuse avec les codes du genre tout en ajoutant des effets narratifs modernes comme les histogrammes omniprésents et qui sont des symboles forts de l'état d'esprit de notre héroïne. Du point de vue, narratif, le seul reproche que je puisse faire c'est que certains dialogues me paraissent forcés avec un flot peu naturel. C'est un petit détail mais notable puisque, à d'autres moments, ils sont ultra efficaces. De même, je déplorerais le manque de caractère marqué d'Ano qui est plus neutre que Teddy ou ses amis, Ulysses et Herman. En même temps, cela est peut-être volontaire pour garder du mystère autour du personnage et ne pas dénaturer la perfection qu'elle représente aux yeux de Teddy.

Ce premier tome se dévore, preuve que l'histoire est prenante et bien faite. On comprend très rapidement le contexte et Colinet nous plonge dans son univers sans soucis. Mais, comme tous les livres qui se dévorent, il y a un problème : c'est trop court. Surtout que l'histoire se termine sur un cliffhanger

Elsa Charretier dessine avec passion ces trois chapitres. On sent que les idées de son compère lui tiennent à cœur et la motive. Il suffit de lire le début du deuxième épisode pour le constater. Cette scène - tout à fait géniale - de projection de consciences est risqué mais on voit le travail accompli pour éviter que ça tombe à plat. Mais, ce n'est pas le seul talent de la dessinatrice. Son trait, fortement inspiré de Bruce Timm, est léger et efficace. Elle sait créer du mouvement lorsqu'il le faut et figer des moments clef comme le "couronnement" ou la scène érotique. D'ailleurs, cette scène ne tombe pas dans le vulgaire - ni dans la gratuité. Enfin, il y a de nombreuses idées de découpage qui donnent à The Infinite Loop un côté ludique et une véritable âme.

Ce premier volume est accompagné de deux bonus : un historique de l'évolution des LGBT dans les comics écrit par Katchoo et une backup-story qui m'a faite bien rire. Celle-ci dessinée par Jon Lankry, un dessinateur au style entre comics, BD européenne et manga qui offre beaucoup de mouvements et de rythme à ces quelques pages.

Je termine avec le fait que The Infinite Loop a pu récolter 251% des fonds demandés et que d'avoir mis ce score en fin d'album est une reconnaissance aux gens qui ont aidé à financer le projet et qui y ont cru. Ainsi, avec l'argent en plus, nous avons le droit à un album de bonne qualité, une couverture signée Stephanie Hans et un marque page dessiné par Mahmud Asrar (qui est magnifique). Pierrick et Elsa racontent une histoire d'amour et, c'est clair, qu'ils en ont injecté plein dans leur oeuvre.

the-infinite-loopThe Infinite Loop 1

Par Pierrick Colinet et Elsa Charretier
The Infinite Loop raconte une histoire profonde aux multiples interprétations. La qualité de la narration et des dessins sont indéniables et même si cela n'équivaut pas aux grosses productions de Marvel ou Image, ça a le mérite de ne pas laisser insensible et de raconter des choses voire de les dénoncer. Ce n'est qu'un début au potentiel fort et qui risque d'exploser par la suite tellement il y a d'amour dans le récit et sa réalisation.

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