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Kingpin #1

On recherche dessinateur non sexiste

On ne va pas se mentir. Quand on a vu un titre Kingpin débarquer, ça a été l’euphorie. Quand on a lu les noms de l'équipe créative, à savoir Matthew Rosenberg et Ben Torres, on a douté. Résultat : on a lu, pour être sûr, pour se rassurer, parce que Rosenberg nous a offert le puissant Civil War II : Kingpin et même si Torres a commis le très discutable Fragments. 24 heures plus tard, c'est toujours le doute qui domine.

Aaah Kingpin. Quel personnage ! Quel charisme ! Aucun pouvoir et pourtant il mène la vie dure à des p'tits mecs genre Spider-man et Daredevil. Presque rien. Un intellect sans cesse sur la brèche, une richesse dans le sadisme et la malhonnêteté... bref, un méchant comme on les aime. Alors c'est sûr, quand un nouveau titre est annoncé sur le Caïd et qu'en plus les couvertures sont à tomber (on en a quand même mis 2 dans notre top de la semaine) , l'excitation est à son comble. Alors déception sans limite ou enthousiasme extrême ? C'est simple : un peu des deux.

Le titre a pour héroïne non pas Kingpin mais une journaliste fauchée ascendant désespérée qui couvre, selon les jours, les informations de politique étrangère (ce dont tout le monde se fout aux États-Unis si j'ai bien compris les sous entendus) ou les matchs de boxe. Parce qu'on est dans l'univers de l'homme sans peur et que la boxe c'est super cool, c'est évidemment pour sa couverture de ce dernier sujet que la jeune femme a attiré l'attention de Wilson Fisk. Ce dernier lui propose d'écrire son autobiographie, ce qu'elle refuse de façon très nette parce qu'elle a des principes, à défaut d'avoir de la thune. C'est pourtant en réfléchissant deux secondes au fait qu'il faut bien payer les factures qu'elle va accepter de donner sa chance à Fisk : une soirée à ses côtés pour la convaincre, c'est ce qu'elle lui accorde.

J'hésite entre commencer avec les bons points et avec les mauvais points. Des deux côtés, ils sont nombreux et je n'ai pas vraiment décidé si il s'agit là d'un titre à lire ou à fuir. Je vais donc vous laisser en juger.

D'un côté donc, et ce seront les positifs, nous avons un Kingpin égal à lui-même : sombre, faux, mystérieux et sans concession. On lui connaît ce profil de géant violent qui défonce ses sous fifres en lieu d'échauffement matinal sur le ring et c'est un plaisir que de retrouver ces éléments. J'ai aussi, je l'admets, un gros faible pour le personnage de Wesley, plus obéissant et invisible que jamais et j'espère qu'il sera encore exploité par la suite. L’héroïne, Sarah Dewey, s’étoffe page après page et ses problèmes d'alcool et de garde d'enfant sont si souvent d'ordinaire l’apanage de personnages masculins que de voir ces traits sur une femme s’avérerait presque frais. D'abord totalement opposée à Fisk, elle se laisse petit à petit convaincre par le charme imposant d'un charisme face auquel elle n'a aucune chance. C'est fascinant.

D'un autre côté viennent les défauts et ils sont, hélas, nombreux. D'abord, c'est vraiment laid. Je ne sais pas qui a signé Ben Torres une nouvelle fois sur un titre Daredevil mais entre Fragments (une courte histoire sur Melvin Potter sortie dans Daredevil Annual #1 en 2016) et Kingpin, on retrouve quelques points communs qu'on aurait préféré voir disparaître. Le dessin est pauvre, les jeux d'ombre sont faciles et complètement éculés, surtout dans l'univers Daredevil, les meufs sont toutes méga bonnes ou brillent particulièrement par leur absence. Heureusement que l’héroïne de Kingpin est une femme sinon on aurait juste eu une « femme de » en arrière plan, c'est tout pour la moitié de l'humanité. C'est pas compliqué, le mec est le dessinateur de la série mais on lui a laissé juste une variant cover, hors de question d'avouer à la face du monde que le style des intérieurs sera à ce point daté et raté. Il y a aussi le fait que le scénario est, sous de nombreux aspects, déjà vu. De la blague de « j'avais pas vu lol » de Matt Murdock à l'ombre de Daredevil dans son dos, du journaliste à la carrière pourrie au Kingpin maître du ring : tout est un peu déjà lu. Le potentiel reste présent : toutes ces choses, on les aime, on aime les lire et, si c'est bien fait, on ne s'en est pas encore lassé. On sait que Matthew Rosenberg sait les exploiter, on sait qu'il est capable de nous faire plaisir.

Alors au final dire si Kingpin était bien ou pas, j'en suis assez incapable. J'ai vraiment apprécié, même si mes yeux ont un peu saigné, mais c'est surtout parce que je suis avide de récits où Wilson Fisk est la belle ordure sans limite à laquelle je suis attachée. Son petit côté repenti est touchant et fascinant, parce qu'on sait évidemment que jamais il ne sera réel.

Kingpin #1

Marvel Comics • Par Matthew Rosenberg & Ben Torres• $3.99
Ok c'est moche, très moche, et ça joue sur les valeurs sûres du personnage. Mais on les aime ces valeurs, on a envie de les voir en action. On ne kiffe jamais autant le Caïd que lorsqu'il se retient de défoncer la gueule d'un mec qui lui a manqué de respect pour finalement exploser de façon spectaculaire ! Alors je vais suivre cette série avec l'espoir naïf et pur de la voir se bonifier avec le temps, ne jugez pas ma candeur, peut-être m'offrira-t-elle un bel instant de grâce d'ici quelques numéros.

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