The Mighty Blog

Les super-héroïnes sortent du placard

En début de semaine, notre chère amie Katchoo a publié un billet d'humeur qui fait chaud au cœur. Elle constate que dans les œuvres de pop culture, même ceux que l'on attribuerait aux enfants, il y a une ouverture d'esprit envers les LGBT démontrant que nous vivons une époque qui fait évoluer les mœurs dans le bon sens. Bon, vu que je vous écris pour grogner, je dois tout de même signaler qu'en regardant de plus près, il semble qu'il y ait un déséquilibre.

Dans ce billet publié sur le site The Lesbian Geek, Katchoo est heureuse. Elle énumère des annonces de la semaine dernière plutôt positives. J'exclurai du lot le coming-out de Sophie (anciennement Ross) Campbell que je félicite au passage et à qui je souhaite de nombreuses bonnes choses dans sa nouvelle vie.

En revanche, sur le reste, il y a une constante. Je vous résume les annonces. Nous avons appris que Catwoman est officiellement bisexuelle - ce qui n'est pas une surprise pour les lecteurs de longue date. De même, des journalistes ont découvert que Harley Quinn et Poison Ivy le sont aussi. Côté BOOM! Studios, la série à venir Jem and the Holograms verra se réaliser la relation dont nous nous doutions dans le dessin animé entre Kimber, la petite sœur de Jerrica,  et Stormer, la guitariste des Misfits. Cela touche également les dessins-animés. Dans la suite de Avatar le dernier maître de l'air, La Légende de Korra, l'héroïne principale est lesbienne et elle a une relation amoureuse. Enfin, nous avons appris cette semaine que dans la série Angela: Asgard's Assassin l'amie de l'héroïne, Sera, avec qui elle vit une bromance (ça se dit sismance ?), est transsexuelle. Enfin, nous avons appris que Disney intègre le premier personnage LGBT dans l'univers canonique Star Wars, et cela sera une femme du nom de Moff Mors qui fera son apparition dans le livre Lord Of Sith à paraître en avril.

kimberandstormer

J'ai mal aux doigts à force de taper "elle".

Je plaisante mais vous voyez où je veux en venir. Le féminisme chez les geeks est un phénomène "récent" et cela dévient un argument commercial. Ce n'est pas un reproche puisque la démarche est même louable. Ainsi des séries comme Batgirl, Silk, Spider-Gwen ou encore Harley Quinn prennent en compte le lectorat féminin tout en conservant les éléments qui font qu'un comicbook de super-héros en est un. En revanche, lorsque nous parlons LGBT, la démarche des éditeurs est plus noble dans le sens où le pourcentage d'homosexuels n'est pas élevé et le fait qu'ils prennent la peine de s'y intéresser prouve qu'ils veulent faire avancer les choses dans le bon sens.

Cela fait des années que les auteurs veulent traiter du sujet - puisqu'il apporte des choses très intéressantes niveau drama, comme je le notais cette semaine dans la chronique LGBT Heroes consacré à Northstar. Pourtant, malgré quelques coups de pied dans la fourmilière et mises en avant, l'homme homosexuel semble être mis de côté.

Regardons du côté de Marvel, Northstar, justement, s'est marié avec un coup de communication important et, malgré une tentative de mise en avant dans la série Amazing X-Men de Jason Aaron, il reste recalé au rang de second couteau. Wiccan et Hukling, eux, vont et vient. Alan Heinberg en a pourtant fait un couple solide et sympathique pourtant une fois qu'il a quitté Young Avengers, il a fallu attendre son retour dans Avengers: Children Crusade pour reparler du sujet sérieusement. Kieron Gillen s'y est intéressé également dans sa série Young Avengers mais la quasi totalité de l'équipe (composée de membres gays, lesbiennes et bisexuelles) a disparu. De même, le jeune Anole que l'on voit régulièrement dans X-Men ressemble plus à une mascotte qu'à un personnage à part entière. Il y a aussi Benjamin Deeds dans Uncanny X-Men mais, à l'heure actuelle, il semble évident qu'il ne fera plus partie des élèves de l'école au départ de Bendis de la série. Quant à Loki, qui a le droit à sa propre série, le sujet de sa bisexualité n'est pas traitée par Al Ewing. Et Dakken, également bisexuel, est mort - enfin, il est Chevalier de l'Apocalypse, ça revient à la même chose. Shatterstar et Rictor ont disparu. Enfin, Hercules a perdu sa série depuis quelques années et il ne fait pas parti du roster - pourtant large - des Avengers actuel.

Hulkling-Wiccan-Kiss

Côté DC Comics, nous avons le droit à une série solo Midnighter, ce qui devient la première série régulière consacrée à un gay dans un ligne de comics mainstream - DC avait déjà publié une série solo pour le héros mais via la ligne Wildstorm. Mais, comme je vous le disais déjà, il y a un risque de dérive. Déjà, Steve Orlando, le scénariste, parle beaucoup des excès de violence du personnage. Nous avons également appris que le célibataire. C'est à dire que DC, après avoir annulé son mariage avec Apollo et l'adoption de Jenny Quantum avec les New 52, nous sépare l'un des couples les plus emblématiques des LGBT, de ceux qui sortent des sentiers battus et évitent certains clichés. Du coup, dans Midnighter, notre héros va draguer sur l'application Grindr (l'équivalent de Tindr pour les gays). Je ne dis pas que ce n'est pas intéressant comme idée - j'attends de voir la réalisation - mais tout cela au détriment d'une relation symbolique et qui n'a pas d'équivalent. Heureusement, il y a toujours Alan Scott dans la série Earth-2 qui a été leader de la Justice Society of America. Mais de même, DC Comics a mis à la trappe sa relation. Il y a tout de même Bunker, membre des Teen Titans, mais j'ai pas mal de réticence envers ce personnage homosexuel qui porte du rose. Enfin, John Constantine est censé être bisexuel mais je ne suis pas certain que cela soit mis en avant ou même encore d'actualité. En tout cas, le personnage apparaît dans deux séries.

Beaucoup de "mais" et de "malheureusement" viennent gâcher les quelques exemples cités ci-dessus. À tel point, que certains deviennent paranoïaques. Par exemple, j'ai pu lire que la page Facebook du site sur l'actu geek destiné aux LGBT, Geeks OUT, des commentaires disant que si on voit autant de lesbiennes et de bisexuelles dans les comics c'est que le lectorat est principalement masculin et qu'il accepte plus facilement de voir des femmes s'embrasser que des hommes. Sincèrement, je n'adhère pas à ce genre propos mais il semble, qu'en effet, lorsque la "masculinité" est remise en question, cela crée des polémiques chez quelques abrutis notoires.

Comme le souligne Brett White dans son article sur l'état des lieux des LGBT dans les comics, Marvel Comics a pourtant peur de peu de chose comme le prouve l'audace d'avoir lancé Ms. Marvel ou de mettre un personnage afro-américain dans le costume de Captain America. Et, comme le précise le journaliste, nous ne demandons pas aux éditeurs de remplir des quotas mais d'être en phase avec la société dans laquelle sont inscrites leurs histoires, d'enlever des a priori sur les minorités et de lutter contre la discrimination. Pourtant, l'éditeur a l'air hésitant lorsqu'il s'agit de mettre plus en avant un personnage gay. Je ne pense que pas que le lectorat masculin se vexerait plus de voir le leader d'une équipe comme les Avengers embrasser son petit-ami que de voir une femme porter les habits de Thor. Je ne pense pas que Northstar soit détesté par le public au point de le reléguer seulement au rang des seconds couteaux. Je ne pense pas que la vie intime de Hercules soit moins intéressante à traiter que celle de Harley Quinn.

Est-ce bien grave ? Après tout si je veux lire les aventures d'un personnage gay, je n'ai qu'à me tourner vers Northwest Press. Mais d'un autre côté, il y a tellement de choses à faire et à démontrer dans les histoires des super-héros que je suis depuis ma tendre enfance que cela m'attriste un peu. Eh puis, voir Alan Scott, gay, diriger une équipe n'a choqué personne. C'est d'ailleurs ce genre de signaux que les comics mainstream doivent envoyer. Quelque chose d'aussi fort que lorsque Storm, femme de couleur, a commencé à diriger l'équipe star d'un éditeur de comics en plein milieu des années 80. Allez, on a confiance !