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Non, Age of Ultron ne signe pas la limite du système Marvel

Si je devais avoir un super-pouvoir, ce serait celui de ne jamais réussir à tenir mes engagements, en particulier en ce qui concerne les débats, discussions et prises de position sur Internet (majoritairement Twitter en fait). Ces derniers temps, j'ai essayé de réduire la voilure et prendre plus de recul, pour pouvoir écrire plus d'ailleurs. Manqué. En particulier jeudi dernier.

Tout est parti d'un article publié dans Medium puis repris et diffusé sur Wired par Sady Doyle, un article sobrement intitulé "Age of Ultron is proof Marvel is killing the popcorn movie". Une tribune assez longue, bourrée de digressions (et je peux comprendre le sentiment que l'on peut avoir à me lire parfois) ayant pour seul objectif de démontrer au moyen d'arguments savamment décortiqués que, basiquement, les films Marvel n'ont plus rien d'intéressant et divertissant.

Cet article est parfaitement calibré pour renforcer l'opinion que l'on peut avoir sur le film, rien de plus. Ceux qui ont été déçus par le film crieront au génie, ceux dont les attentes ont été comblées crieront à l'insulte. L'intérêt : il explique exactement, en de très bons termes, pourquoi certains ont été déçus et comment ils ont pu l'être. Et ça tient en quelques mots simples : ils ont oublié ce qu'est un univers partagé.

La grande majorité des arguments utilisés pour dénoncer AoU comme "la limite du système Marvel" peuvent être appliquées au reste des blockbusters en général, en particulier ceux qui s'offrent plusieurs suites. On peut d'ailleurs remonter aussi loin que la toujours acclamée saga Star Wars ou la surprenante triomphale heptalogie Fast & Furious. Sur ces arguments, le plus drôle pour moi reste celui sur "l'arc narratif propre à chaque personnage", mis en avant pour dénoncer l'utilité ou non d'untel ou untel (Nick Fury, Maria Hill voire carrément Captain America selon l'auteur).

C'est un peu comme si, dans n'importe quel film, tous les personnages ayant un temps d'écran devaient avoir leur parcours changé par les événements. Non seulement cela tient du ridicule, mais les exemples précis utilisés frisent le non-sens pour certains (la rivalité Rogers/Stark étant un des sous-récits les plus importants du film). Il suffit pourtant d'ouvrir n'importe quel comic-book sur une équipe de super-héros pour voir combien il est idiot de prendre ce point comme un défaut. Certes, lorsqu'une histoire de la JLA, des Avengers ou des X-Men arrive à affecter chaque personnage présent, c'est très bien, mais le contraire n'en fait pas une mauvaise histoire pour autant. Des exemples ? J'en ai plusieurs dizaines dans ma bibliothèque. Juste pour le fun : JLA la Tour de Babel, Avengers Disassembled, le premier arc d'Astonishing X-Men (signé... Joss Whedon ^^), Blackest Night ou Secret Wars.

Un autre argument massue porte sur les multiples clins d’œil, phrases ou discussion à propos de fait concernant les films précédents ou destinés à placer des éléments pour les futurs long-métrages : les comics ne sont pas non plus sans bulles ou cases faisant référence à ce qui se passe ailleurs, que ce soit passé, présent ou à venir. C'est même la norme en matière d'univers partagé, et quand ce n'est pas fait c'est rare que ça ne soit pas pointé comme un défaut, AU CONTRAIRE !

Imaginez par exemple une équipe d'Avengers avec Peter Parker en pleine période Superior Spider-Man ou une histoire de la JLA avec une Supergirl normale alors qu'elle est en pleine phase Red Lantern. Non seulement le lecteur moyen se poserait des questions sur la chronologie des événements, mais de fait cela montrerait de grosses lacunes en matière éditoriale. Un élément d'un univers partagé qui oublierait et tairait tout ce qui vient des autres éléments aurait, de fait, un statut des plus particuliers. C'était par exemple le rôle de Guardians of the Galaxy et, pourtant, la présence des Infinity Stones avait bien pour but de rappeler sa place dans l'univers partagé.

Afin de me diriger vers la conclusion, voir en Avengers: Age of Ultron une limite du système des phases Marvel est une erreur qui revient à blâmer le système même des univers partagés dans les  comics. En réalité, au contraire, en tant que film pivot, Avengers: AoU est l'aboutissement de ce système, celui qui démontre de la meilleure des façons ce à quoi correspond un univers partagé. Ce film est l'exemple même de ce à quoi sert d'avoir un univers partagé, avec ses codes, ses multiples histoires parallèles etc.

Certes, il n'est pas exempt de défauts sur ce terrain-là (le quasi-effacement des conséquences d'Iron Man 3 par exemple) mais il est une véritable lettre d'amour aux univers partagés. Ça devrait même sauter aux yeux de ses détracteurs en cette période de Convergence et Secret Wars. Age of Ultron est juste une transposition cinématographique d'un event Marvel, qu'il s'agisse de la narration, du rythme, du développement des personnages au détriment d'autres, de l'importance de l'action, etc.

Et comme dans tout event qui se respecte, il y a parfois des clins d’œil aux autres séries, aux événements passés et il y a des mises en place pour des séries futures. Il faut voir en l'installation progressive des récits majeurs que seront Civil War et Infinity War les mêmes installations que la révélation des secrets dans Original Sin (voire la perte du mérite de Thor) ou la disparition de l'anneau de Power Ring pendant Forever Evil. Inutile d'avoir tout lu pour tout comprendre et, au contraire, si un élément vous échappe, ce sera l'occasion d'en lire plus (et donc voir plus dans le cadre des films). Sam Wilson/Falcon qui fait référence à la recherche du Winter Soldier est soit une invitation à voir Captain America, soit un clin d’œil pour ceux qui ont vu le film. Ni plus, ni moins. Et si ça vous échappe, vous vous rendrez compte bien vite que ça n'a AUCUNE importance

Oui, je l'affirme, Avengers: Age of Ultron est au Marvel Cinematic Universe ce qu'ont été Secret Invasion, Siege ou AXIS pour les comics, un event, un cross-over qui réunit tous les héros dans une histoire majeure avant qu'ils ne se séparent de nouveau pour vivre leurs aventures en solo. Dommage que cet event ne soit pas aussi bon qu'un House of M ou un Infinite Crisis, il est plus proche d'un Infinity ou d'un Flashpoint. SPOILER : j'ai adoré Infinity et Flashpoint malgré leurs défauts, AoU aussi. Parce que malgré tout, j'en ai eu plein les yeux et mes personnages favoris ont eu plus d'un moment de gloire pendant le film. Tout ce qu'on attend d'un "pop-corn movie" en somme, non ? 🙂