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American Splendor ou la vie de Harvey Peckar en comics

Dans le comics indépendant, il y a une figure dont on est obligé de parler tellement elle est iconique : Harvey Peckar. De manière putassière,on pourrait le décrire comme le Stan Lee de l'indie dans le sens où il marqua les BD indépendantes américaines avec son approche singulière. Retour sur un parcours exemplaire d'un homme qui aimait raconter sa vie et celle de ses proches.

Harvey Peckar est scénariste de comics originaire de Cleveland. Ce n'était pas son but premier mais il l'est devenu suite à l'amitié qu'il a forgé avec Robert Crumb, un autre artiste indépendant créateur notamment de Fritz The Cat.

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A la base Peckar n'a pas une vie extraordinaire. Né en 1939, il est fils d'immigré polonais. Après avoir servi au sein de la Navy, il travaille en tant qu'employé administratif dans un hôpital militaire. Après 12 ans de mariage, il divorce avec sa première femme.

Mais sa vie bascula au milieu des années 60 lorsqu'il rencontra Crumb. Les deux étaient fans de jazz et avaient une grande collection de vinyles. Au fil de leurs conversations, Crumb présenta son travail à Peckar. Celui-ci pensait que les comics n'étaient que des BD faites pour les enfants dans des mondes de science-fiction ou d'heroic-fantasy.  Mais en voyant les planches de son ami, Harvey a une révélation : lui aussi il veut faire des comics. Mais, il ne sait pas dessiner. Mais il se mit en tête d'écrire coute que coute un comics. Après avoir écrit ses premières histoires, il les montre à Crumb qui est conquis et se propose alors de dessiner le premier comics se son ami avec l'aide de Robert Armstrong. Et, c'est ainsi que né American Splendor, le comics écrit par Harvey Peckar à propos de lui.

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Après avoir divorcé de sa première femme, il décide de publier lui-même son comics dessiné par son ami. C'est ainsi qu'en 1975, le premier épisode de la série sort. Le public est séduit par les non-histoires de Peckar. En effet, il ne fait que parler de sa vie à Cleveland, de son boulot à l'hôpital ou des collègues de boulot.

Le succès est là et les épisodes suivants s'enchaînent. Peckar continue de s'auto-publier en travaillant avec différents artistes venus de la scène indépendante. Jusqu'à la fin de la série, il collaborera avec Eddie Campbell (From Hell), Franck Stack (Jesus Comics) ou encore Alison Bechdel (Fun House). Mais on notera spécialement l'invité de marque de  American Splendor #15  : Alan Moore aux dessins.

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L'auteur, grâce à son franc parler, se retrouve même invité régulièrement dans l'émission télévisée de David Letterman - qu'on pourrait décrire comme le mélange américain entre Michel Drucker et Antoine De Caunes. Et, malgré le succès et la notoriété, Peckar reste à son poste d'employé administratif à l'hôpital militaire. Il refuse même toute promotion.

En 1982, après avoir divorcé de sa seconde femme avec qui il était depuis 5 ans, il rencontre Joyce Brabner, une femme plus jeune de 13 ans que lui. Fan de comics, ils commenceront leur relation en s'échangeant des courriers.

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En 1991, à cause du coût de l'édition, il commence à demander de l'aide à d'autres éditeurs. C'est Dark Horse qui publiera le comics à partir de 1993. DC Comics, via sa gamme Vertigo, reprendra la série en 2006 et éditera la série jusqu'à sa fin.

En effet, American Splendor s'arrête au bout de 36 épisodes en 2008. Harvey Peckar est atteint d'un  troisième cancer et préfère arrêter. L'épreuve du cancer, il la connait malheureusement trop bien. En 1993, les médecins lui diagnostique un cancer. Avec Joyce, sa femme, ils écrivent un comics qui est dessiné par Frank Stack. Our Cancer Year sort en 1994 et reçoit de nombreux prix.

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En 2010, Joyce retrouve Harvey mort suite à une overdose accidentelle de médicaments l'aidant à lutter contre son cancer. Sur sa tombe à Cleveland, on peut lire l'épitaphe suivant :

Life is about women, gigs, an' bein' creative.

"La vie c'est les femmes, les concerts et être créatif", en français. Depuis, sa ville natale a érigé une statue de Harvey Peckar dans la bibliothèque où il passait le plus clair de son temps

Si Peckar a marqué les esprits au-delà de la qualité de ses histoires, c'est qu'il est un modèle. Sa détermination est exemplaire et il a vécu pour raconter ses histoires et pour rien autre. Il avait un rêve il l'a mené jusqu'au bout et c'est donné les moyens de le faire. Je trouve ça beau.

Il prouva également que le comics n'avait pour seule limite l'imagination. Raconter sa vie et mettre en situation ses amis, sa femme, sa famille sioniste et ses collègues de boulot était audacieux et il l'a fait avec talent, humour et humanisme. De part sa médiatisation - presque accidentelle, il contribua à changer l'image des comics aux yeux du grand public.

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En plus d'avoir été adaptée par lui-même en BD, la vie de Harvey Peckar a été adaptée en pièce de théâtre en 2009 dans une oeuvre sur fond musical jazz nommé Leave Me Alone!. Avant ça, un biopic rudement bien foutu a été réalisé au cinéma en 2003. Le film s'appelait tout simplement American Splendor. C'est Paul Giamatti (le Rhino dans The Amazing Spider-Man 2) qui interprète le rôle de Harvey. Si vous voulez connaitre la vie de cet auteur unique dans son genre, je vous conseille fortement de le voir.

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