The Mighty Blog

French Comics : Introduction

Pendant 4 mois, Indie Rocks se met aux couleurs françaises et vous parle des French Comics, leurs origines, leurs auteurs et leurs labels. En guise d'introduction, on vous explique ce que sont ces bédés françaises hybrides.

Partie 1 sur 4 : Introduction.

french-comics

Le débat fait rage depuis longtemps : peut-on parler de "French Comics" ? En effet, des "comics" faits en France deviennent par définition des BD franco-belge. C'est vrai, mais ce n'est pas aussi simple que ça.

On note par le monde trois mouvements essentiels de bande-dessinées : la BD franco-belge, les comics et les mangas. C'est donc catégorisé par pays. Les comics viennent des Etats-Unis mais aussi du Canada et du Royaume-Uni. Du coup, toutes les BD qui viennent de ces pays sont labellisés "comics". En France, c'est donc Franco-Belge. Et pourtant, ce type et les comics anglais font partis de la famille des BD européennes. Du coup, que fait la différence entre eux ? Parce que, oui, soyons honnêtes, il y a des différences entre les deux.

Il y a d'abord l'approche narrative. Les BD franco-belges sont faites pour avoir des héros inchangeables. Que ça soit dans les séries aux épisodes stand-alone (Astérix, Lucky Luke, Tintin...) aux sagas (XIII), on peut décrire le ou les héros de l'exacte manière, peu importe l'épisode. C'est la situation qui varie. Les mangas s'intéressent plus à l'évolution du personnage le faisant grandir pas forcément psychologiquement. Et du coup, il sera plus en face de situations semblables et qui le pousseront à aller au-delà de ses limites (je ne parle pas seulement des Shōnen). Les comics ont cette volonté de raconter une histoire comme dans un film ou une série télé. Au fil des années, le comics s'est adapté et a évolué pour continuer à ressembler à ses paires. Il y a des codes narratifs forts qu'on ne trouve pas forcément dans les deux autres genres. Et puis, il y a la notion d'univers partagé qui est réellement propre à ce genre.

Le format, la parution et la consommation diffèrent également. Justement, les codes narratifs des comics sont articulés autour de la parution régulière des épisodes. Mais sur les Graphic Novel, les codes sont différents. Bien plus proches de la BD Franco-belge, justement qui eux sortent plus souvent en albums. Les mangas sont prévus pour être consommés et jetés. Les albums reliés sont destinés à la collection et regroupent plusieurs petits épisodes "vite lus".

Enfin, la partie graphique est différente. Encore une fois, dans les comics il y a un travail très cinématographique dans le découpage, dans le déroulé de l'action et dans l'art séquentiel (l’enchaînement des cases de BD). Dans le manga, au-delà du sens de lecture, le passage d'une case à une autre à une autre cadence, bien plus rapide, et un découpage bien à lui. A contrario, dans la BD Franco-Belge, c'est beaucoup moins énergique et moins fluide. Des types de traits récurrents sont applicables dans un genre de BD, mais les limites entre les genre s’amenuisent de plus en plus.

superdupont

En aucun cas, ces genres de BD sont définis par les thèmes. Même si on trouve des constantes. Donc, si des auteurs français racontent en BD une histoire de super-héros, ce n'est pas du comics. Mais, si ces auteurs français empruntent des codes narratifs et des découpages proches des BD américaines, il en est tout autrement.

Pour être plus clair, on a pu voir des super-héros français comme Superdupont de Gotlib ou Captain Biceps de Zep mais, dans ces cas précis, il s'agit de bédés franco-belges par la forme de l'histoire qui emmène le lecteur à lire les aventures d'un personnage inchangeable. Même si, pour le cas de Gotlib, certains épisodes poussent la parodie jusqu'à emprunter les découpages des BD américaines.

Dans notre cas, ce que l'on catégorise de French Comics, de sont des BD avec la  ferme intension de construire des histoires "à l'américaine" que ça soit dans le découpage très cinématographique mais aussi dans la narration. On a même eu le droit à des créations d'univers partagés, typique aux comics. Du coup, l'appellation n'est peut-être pas complètement fausse. On pourrait plutôt la décrire comme un label que comme un genre à part entière.

Au final, ce qu'il y a d'intéressant dans ce "label", c'est certainement le mélange de culture. En effet, un auteur français est entouré par une culture très différente de celle des Américains et aura une manière de raconter des histoires qui sera influencée par cette culture. Ça se ressentira sur la sensibilité ou sur le traitement du ou des héros. Et, on constatera cela dans les prochains articles de ce dossier.

À suivre : les précurseurs.