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Millarworld, l'indépendant gros budget

Tout le monde connait Mark Millar que ça soit grâce à Superman: Red Son, Civil War ou Kick-Ass. Venant de l'indépendant, il a tenté de faire sa place chez les gros éditeurs mais, la frustration l'a poussé à revenir dans son milieu d'origine multipliant les projets.

Ceux qui ne le savent pas, Mark Millar est un auteur avec un ego assez gros qu'il nomme son label indépendant par son nom : Millarworld. Mais, ce n'est pas pour autant trompeur puisque tous les titres labellisés sont créés et écrits par lui. Il ne s'agit pas forcément d'un monde dit univers partagé puisque certains de ses titres sont complètement indépendants.

Millar a un parcours intéressant, il fait partie de ses gens qui ne trouveront satisfaction que dans l'indépendant. Écossais d'origine, il écrit dans les années 90 des comics pour le magasine 2000 AD. Il y rencontre Grant Morrison avec qui il écrit Big Dave.

Big Dave

En 1994, il rejoint l'écurie DC Comics où il écrit Swamp Thing. Il finit par travailler à nouveau avec Morisson sur des titres comme JLA ou encore Aztek The Ultimate Man. Ils travaillent également ensemble sur une mini-série Vampirella chez Harris Comics. Bref, des inséparables.

Début des années 2000, Morisson s'en va écrire chez Marvel, Millar reste chez la Distinguée Concurrence mais travaille pour le label indépendant de l'éditeur : Wildstorm. Il prend le relais de Warren Ellis sur Authority et pousse le concept encore plus loin. Mais après le 11 septembre, DC lui demande de se calmer niveau destruction du monde et actes terroristes - qui étaient les principales menaces du groupe de super-héros. Même s'il comprend la décision, il préfère arrêter que de se frustrer de ne pas le faire. Il quitte ainsi DC Comics. Sa dernière commission pour l'éditeur sortira seulement en 2003 : il s'agit de Superman Red Son.

Ultimates2

En 2001, Marvel Comics invite le scénariste à lancer l'une des deux séries de la gamme Ultimate : Ultimate X-Men. Son impératif : coller un maximum à l'imagerie du récent film et donner un bon point de départ aux nouveaux lecteurs de comics. Ce qu'il arrive à faire tout en ne perdant pas le ton qu'on lui connait même si c'est résolument moins politiquement engagé. Suite au succès des deux premières séries de la gamme, il est chargé de lancer Ultimates, les Avengers de cet univers. Ici, il est complètement maître à bord, le film n'étant pas encore prévu en 2002. On retrouve le côté politiquement incorrect des personnages qu'il aime tant écrire en reprenant les traits de caractère des personnages que l'on connait et en les accentuant. Avec Bryan Hitch aux dessins, il offre des grandes scènes spectaculaires et donne un ton et une ambiance qui permettra à la série de trouver son public. À tel point qu'au départ de Millar de la série en 2003, celle-ci perdra en intérêt puisqu'il était l'âme de la série.

MillarWorld Banner

C'est en 2004 que Millar crée son propre label : Millarworld. Un label sans attache puisque ses titres sont autant publiées chez Top Cow que chez Image Comics ou chez Avatar Press. Cela n'empêche pas Millar d'écrire pour les autres : Youngblood: Bloodsport chez Arcade (de Rob Liefeld) ou encore le fameux Civil War chez Marvel en 2006. D'ailleurs, c'est chez Marvel qui se fait une place dans le mainstream. Il va autant faire des titres qui lui tiennent à coeur comme 1985 avec Tommy Lee Edwards aux dessins ou des commandes comme Fantastic Four avec Bryan Hitch aux dessins. Mais, plus les années passent plus l'auteur semble détaché des comics mainstream et se concentre sur l'indépendant.

Millar a un rôle de plus en plus important au sein de Marvel : après avoir été consultant sur le scénario du film Iron Man, il devient le consultant principal des adaptations des comics Marvel par la Fox (les films X-Men et Fantastic Four). Mais il n'écrit plus de scénario pour les comics de l’éditeur. Pourtant, ce dernier lui offre une plateforme d'expression qui l’intéresse fortement : le label Icon. Un label indépendant où l'auteur paye lui-même les frais d'édition et Marvel s'occupe du reste. En plus, cela permet à Millar de travailler avec des dessinateurs qui ont des contrats d'exclusivité chez Marvel comme John Romita Jr ou Leinil Francis Yu.

Mais même si de nombreuses séries de Millarworld sont sorties chez Icon, le label publie aussi des comics chez Image depuis l'année dernière. Mais aussi au cinéma. En effet, de nombreux projets cinématographiques autour des comics créés par Millar font l'objet d'adaptation ciné. Après Wanted et les 2 films Kick-Ass, sa trilogie sur American Jesus pourrait faire l'objet d'une adaptation par Sony Pictures.  Lorsque Secret Service fut annoncé comme comics, Millar présenta l'ambition d'en faire un film réalisé parMatthew Vaughn (X-Men First Class, Kick-Ass) qui est co-créateur du titre. Le film devrait sortir le 18 mars 2015.

Mark Millar consacre quasi toute son énergie à son monde ; il multiplie à la fois le nombre de projets mais aussi les médias. Il a tenté l'expérience du magazine avec CLiNT - dans le même esprit que 2000 AD mais autour de ses séries. Malheureusement, et malgré la qualité du zine, il s'arrêta en août dernier. Mais Millar ne s'arrête pas à ça, il a déjà annoncé des futurs projets pour la télé mais aussi des programmes pour enfants. L'idée de Millar est d'ouvrir le nombre de supports pour pouvoir faire perdurer son projet tout en ayant un "boulot stable" à côté (celui de consultant chez la Fox).

kick-ass-comics

Vous trouverez ci-dessous la liste des séries du Millarworld, si vous aimez l'auteur vous allez aimer quasi tout. Forcément, certaines font plus envies sur le papier (Jupiter's Legacy par exemple) mais ne sont pas forcément les plus intéressantes (Jupiter's Legacy par exemple).

  • Wanted dessiné par J.G. Jones publié chez Top Cow est sa version polar de la Domm Patrol avec une touche Fight Club. Un chef d'oeuvre.
  • The Chosen dessiné par Peter Gross publié originellement chez Dark Horse, il a été re-publié en tant que American Jesus chez Image Comics. Ce titre fait partie d'une trilogie consacrée à Jesus redéfinit par Millar dans le monde moderne.
  • The Unfunnies dessiné par Antony Williams publié chez Avatar Press est un comics d'horreur dont les personnages sont animaux qui parlent façon Tex Avery.
  • War Heroes dessiné par Tony Harris publié chez Image. Une mini-série sur l'horreur de la guerre avec des soldats américains. Seulement 3 épisodes ont été publiés jusque-là.
  • Kick-Ass dessiné par John Romita Jr publié chez Icon. Il s'agit d'une trilogie de mini-séries. Les deux premiers et un spin-off (Hit-Girl) ont été adapté au cinéma. Il s'agit, en résumé, de la version moderne de Spider-Man par Millar et sans super-pouvoirs.
  • Nemesis dessiné par Steve McNiven publié chez Icon. Il s'agit de la version de Batman revu par Millar en version super-vilain. Ce n'est pas terrible.
  • Superior dessiné par Leinil Francis Yu publié chez Icon. Il s'agit de Superman revu et corrigé par Millar. Ce n'est pas trop mal au début et ça devient très intéressant à la fin.
  • Supercrooks dessiné par Leinil Francis Yu publié chez Icon. Une version de Usual Suspects revue et corrigée par Millar avec des super-vilains.
  • The Secret Service dessiné par Dave Gibbons publié chez Icon. Cette fois Millar s'attaque aux films d'espionnage avec le dessinateur mythique de Watchmen. C'est divertissant.
  • Jupiter's Legacy dessiné par Frank Quitely publié chez Image. C'est un peu Kingdom Come rencontre Civil War. Assez lent et décevant, le 3ème épisode remontait l'intérêt. On attend le numéro 4 demain (5 mars 2014).

Les comparaisons ci-dessus peuvent vous sembler péjoratives mais il n'en est rien. Millar a son ton bien à lui et arrive souvent à transformer le sujet principal de ses séries en quelque chose d'autre.

Demain, le Millarworld s'agrandit avec une nouvelle série : Starlight. Ce titre est dessiné par le talentueux Goran Parlov et est la version Millar-dienne de Flash Gordon. Les premières previews donnent envie.

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Les projets s'accumulent et certains n'ont toujours pas de fin prévue ou envisagée mais cela n'empêche en rien l'auteur écossais de continuer à raconter des histoires. Millar se plait dans l'indépendant : il a la liberté de créer ses mondes, de garder un certain ton et entretenir la violence qu'il aime montrer. Il a créé ainsi son "monde" pour pouvoir la conserver. Malgré les nombreuses critiques (à tord ou à raison), je pense que de nombreux créateurs aimeraient avoir son parcours pour réaliser la même chose.