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Un oryctérope en guise de symbole d'indépendance

Biographie de Dave Sim

Propulsé par le LSD, Dave Sim créa tout un symbole pour la génération à venir : Cerebus the Aardvark. Ce oryctérope est en effet devenu une icône du comics indépendant. Il défendait ainsi la liberté d'expression, guidait les auteurs pour qu'on respecte leurs droits et il devint un vecteur de liberté d'expression qui créa quelques controverses.

Dave Sim est un auteur canadien qui lança en 1977 sa propre série Cerebus the Aardvark qui est publiée de manière indépendante sur son propre label : Aardvark-Vanaheim. Il s'agit des aventures d'un oryctérope anthropomorphe qui vit dans un monde d'heroic-fantasy. Les histoires sont des parodies de Conan le Barbare et d'autres comics du genre.

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En 1979, Sim fait un séjour à l'hôpital après avoir consommé du LSD et avoir fait un bad trip. Il dit que pendant son trip, il a eu tellement d'idées qu'il a le matériel pour pousser sa série jusqu'aux 300 épisodes. Chose qu'il fit. La série s'est arrêtée en 2004.

Dès son retour de l'hôpital, la série changea de ton. Le numéro 25 entamait un arc narratif (ou plutôt Livre si on garde le vocabulaire du comics) appelé High Society qui s'avère être une satire sociale - très réussie - du monde des finances. Ce changement de ton évolua au fil des livres et évolua vers quelque chose de très personnel. C'est ce que les américains appellent dorénavant le Cerebus Syndrome ; lorsque une série ou un personnage (pas seulement dans les comics) a un ton comique et devient au fil du temps plus dramatique ou complexe. Au numéro 65 - et jusqu'à la fin, la série est co-scénarisée par Gerhard.

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Le personnage de Cerebus est un personnage complexe et à la moralité trouble - ce qui arrangera bien les scénaristes au fil des histoires. Pas mal porté sur la bouteille, il jure comme up chartier, il reste un personnage courageux qui n'hésitera pas à remplir les missions qu'on lui confiera. Ainsi, il jouera le rôle de barbare, d'homme d'affaire ou même de pape. Cerebus ne parle de lui qu'à la troisième personne. Il est hermaphrodite avec les deux appareils génitaux mais il se considère plutôt comme un mâle - même si dans l'arc Male il se surprend être attiré par son copain de beuverie Bear. Au début de la série, un running-gag insistait sur le fait que lorsqu'il était mouillé, son pelage dégageait une odeur insupportable, à tel point que Cerebus lui-même ne pouvait la supporter.

En tant que satire, Dave Sim fit apparaître de nombreuses versions parodiques de personnages de comics bien connus notamment grâce à un personnage récurrent The Roach un super-héros incompétent qui jouait des fois le rôle de Punisher (PunisherRoach), Captain America (Captain CockRoach), Sandman (Swoon) ou même The Secret Sacred Wars Roach, le mixe improbable entre Secret Wars de Marvel et The Dark Knight Returns de DC Comics.

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L'autre particularité de la série c'est que Dave Sim utilisait les colonnes et l'édito du comics pour s'exprimer librement. L'un de ses sujets de prédilection était l'autopublication et l'indépendance dans la création. Message qu'il véhiculait via les aventures de Cerebus grâce au personnage The Roach qu'il s'amusait - et le lecteur aussi - à ridiculiser. Dave Sim était un fervent défenseur de droits des auteurs. Il devint alors un véritable porte-parole des créateurs indépendants au début des années 80. Il a co-écrit avec Scott McCloud et le duo Kevin Eastman et Peter Laird (Teenage Mutant Ninja Turtles) le Creator's Bill of Rights qui aide les artistes, les scénaristes et les éditeurs à protéger leurs droits et leurs créations. Sim écumait ainsi les convention de comics où il animait des panels à ce sujet. En 1997, il écrit un livre nommé Cerebus: A Guide Of Self-Publishing dans lequel il explique les éléments clef pour pouvoir publier soi-même son propre comics.

Sim croyait dur comme fer à l'indépendance et oeuvra pour que d'autres personnes continuent à s'éloigner des grands éditeurs. Lorsque Todd McFarlane lui demande d'écrire un épisode de Spawn, l'auteur de Cerebus accepte et écrit une histoire métaphorique où Sim (en la personne de Cerebus) félicite McFarlane (représenté par Spawn) de s'être éloigner de Marvel et DC. L'argent que Sim gagna avec cet épisode fut complètement versé au Comic Book Legal Defense Fund. Cette association protectrice des droits des créateurs de comics lui désert le prix de Défenseur de la liberté en 1996.

Dave Sim a donc fait beaucoup de bien au comics indépendant et continue de nos jours à défendre cette indépendance. Depuis la fin de Cerebus, il a acheté les droits d'auteur de la série à Gerhard, puis il a annoncé qu'à sa mort Cerebus tomberait directement dans le domaine public. En attendant, il autorise n'importe quel auteur indépendant à utiliser à sa guise Cerebus.

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Cerebus a été un grand défouloir pour Dave Sim lui permettant de s'exprimer librement.  Il vint même à devenir un personnage de son propre comics jugeant Cerebus d'être allé trop loin dans le livre Minds. Sim avait tendance à se documenter. Il découvrit ainsi de nombreuses théories, aborda de nombreux sujets dans ses comics. Jusqu'à créer certaines polémiques. D'abord son approche de la religion, il l'a découvert en faisant des recherches sur la théologie pour les deux arcs Church And State - où Cerebus devient un pape sans pitié qui tue sans relâche tous ceux qui ne se plie pas à sa religion. Il expliqua ainsi sa croyance à travers son comics ; Sim met sur le même piédestal tous les écrits religieux les présentant tous comme les mots de Dieu. Il a un point de vue relativement intéressant sur le sujet (parce qu'atypique).

Malheureusement, ce forum de liberté d'expression a aussi eu son lot de controverses. Certains lecteurs de Cerebus accusent Dave Sim d'être misogyne. Ce dont il s'est toujours défendu d'être mais son rapport avec les femmes est... tendancieux. Il s'agit d'un sujet plutôt sensible ; lors de l'écriture des premiers épisodes de l'arc Jaka's Story, Sim écrivait un rapport homme/femme déséquilibré satire de notre société machiste. Mais au fil du livre, le ton d'empruntait l'auteur ne plut guère au féministe. Le scénariste commença à s'expliquer dans les colonnes puis dans l'édito et enfin à travers le comics qu'il n'était pas machiste mais anti-féministe. Enfin contre l'extrémiste dans le féminisme - ce qui peut être défendable, mais il poussa encore plus loin en expliquant que les féministes s'y prenaient mal pour trouver l'égalité et que ce n'était pas - je cite - aux femmes de se mettre au niveau des hommes, mais à ces derniers de se ramener à celui des femmes. En disant ça il se repose aux écrits de Norman Mailer, et il défend ainsi une théorie selon laquelle les valeurs traditionnelles sont qualifiées de "masculines" alors que les sentiments et les émotions sont "féminins", opposant la "lumière créatrice masculine" (« creative male light ») au "vide émotionnel féminin" (« emotional female void »). Il va jusqu'à dénoncer un axe féministe et homosexuel qui va à l'encontre de la société. Même il est dans son droit - grâce à la liberté d'expression, le fait est que ces mots sont virulents et peuvent choquer - voire offenser. Tout comme son approche de la religion, son point de vue sur la question reste atypique. Le pire dans tout ça, c'est qu'il n'est ni homophobe (il en fait souvent allusion presque comme quelque chose de vécu) et il affirme d'être en quête une société équilibrée. Cette polémique - ainsi que ses attaques publiques envers Jeff Smith (Bone) et Terry Moore (Strangers In Paradise) - assombrit le tableau.

Dave Sim avait des idées et des convictions qui marquèrent Cerebus ce qui ne fait pas du comics un vecteur de sa parole mais plutôt une thèse sur la société et un regard atypique sur elle sans pour autant proposer de solutions toutes faites.  En résumé, même si on ne peut ne pas être d'accord avec l'auteur sur tous les sujets abordés, le comics se lit très bien et rentre effectivement dans le panthéon des comics.

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