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Le travestissement, une manière de parler de l'homosexualité au Golden Age ?

Aujourd'hui, nous allons nous intéresser aux débuts des comics, le fameux Golden Age. Une époque durant laquelle l'homosexualité n'était pas acceptée. Pourtant, certains personnages avaient une approche marginale qui pourrait être assimilée à de l'homosexualité.

Pour ceux qui ne le savent pas, le Golden Age of Comicbooks est l'époque qui couvre les années 30 au début des années 50 environ. C'est à ce moment-là que de nombreux héros comme Superman, Batman, Wonder Woman, Namor, Captain America ou Captain Marvel (connu sous le nom Shazam maintenant) sont nés. Comme de nos jours, il y avait des comics de tous genres : super-héros mais aussi polars ou comiques.

À cette époque, les LGBT n'étaient pas acceptés dans la société. En effet, l'homosexualité était inscrite au registre des maladies mentales jusqu'en 1973. Parler ouvertement d'homosexualité pouvait être considéré comme un aveu d'en être un ou une. Pourtant, l'homosexualité existait bel et bien à l'époque et les auteurs souhaitaient en parler soit comme un exutoire soit pour essayer de faire avancer les mœurs.

Aborder le sujet frontalement semblait difficilement imaginable. Mais il était possible d'utiliser des moyens détournés. En çà, on peut voir le transformisme comme une manière de montrer des personnages homosexuels mais sans dire le nom ou sans que cela soit mal perçu par la société de l'époque.

De 1934 à 1946, le comicstrip de Milton CaniffTerry and the Pirates, est édité dans les journaux. Cette série met en scène un jeune homme nommé Terry Lee dont certains ennemis sont des femmes. Parmi elles, il y a Sanjak, une espionne française qui a la particularité de tout le temps s'habiller  en homme. Dans un épisode, elle kidnappe la petite-amie de Terry, April Kane. Il est fortement sous-entendu que l'espionne est attirée par la jeune demoiselle. Elle lui propose même de rester avec elle afin d'être heureuse. Sanjak est considérée comme la première lesbienne vue dans un comicbook.

Sanjak-Terry-and-the-Pirates

À l'époque, jouer avec le visuel permettait aux créateurs de passer la censure. Il était monnaie courante que les auteurs de strips mettaient des blagues salaces ou des opinions politiques dans les phylactères tout en montrant quelque chose de plus fantaisiste ou plus comique dans les dessins. Sanjak en est l'exemple même. Si elle avait eu un aspect de femme, il n'est pas certain que ces quelques cases de drague lesbienne ait vu le jour.

Madame Fatale est un personnage plus ambiguë. Dans le civil, il s'agit de Richard Stanton. Il se déguise en vieille dame pour combattre les criminels.  Personne ne sait si c'était intentionnel de la part de son créateur, Art Pinajian. Mais, Stanton est un homme célibataire et, dans ses nombreuses histoires, il n'a aucune prétendante. Mais, on peut douter de son homosexualité - ou plutôt qu'il s'agisse du fait de l'afficher, en effet, il s'agit d'un subterfuge qu'utilise Stanton pour mener une enquête afin de retrouver sa fille disparue.[1]

En 1939 est introduit le personnage de Maxine "Ma" Hunkel pour les besoins de la série humoristique Scribbly publiée dans All-American Comics. Dix-sept numéros après sa première apparition, Ma Hunkel revêt le costume du premier Red Tornado - rien à voir avec le pseudo-Vision de la Justice League. Elle se fait passer ainsi pour un homme pour combattre le crime. Il est difficile de savoir s'il est possible d'assimilé ça à l'homosexualité ou au féminisme (nous parlons ici d'une autre époque, pas aussi avancée que nous sur le sujet).

ma_hunkel_red_tornado

Il y a eu d'autres cas de personnage travesti dans des comics plus connus. Superman en a combattu. Wonder Woman a vaincu Blue Snowman qui était en fait une femme déguisée en homme. Et oui, souvent les travestis étaient des méchants. Je ne sais pas s'il y avait une démarche volontaire en tout cas, cela arrive bien plus souvent que les héros. C'est peut-être parce que les travestis sont souvent considérés moins crédibles. Encore de nos jours. En 2008, le site cranked.com présentait Madam Fatale que le 7ème super-héros le plus pourri de tous les temps sous le simple prétexte qu'il se travestit.

Blue_Snowman_h

En tout cas, hormis Sanjak, je ne pense pas qu'il y avait une ambition de parler d'homosexualité dans la plus part des cas de personnages travestis. À cette époque, nous sommes bien loin d'une révolution sexuelle avec des intentions clairement avouées. Souvent, ce travestissement était lié à un acte perfide pour tromper l'ennemi ou une facilité pour une femme d'être crédible en tant que super-héros dans une époque où les femmes n'ont pas ou peu le droit de travailler.

Mais, il y a bel et bien eu un cas de comicbook du Golden Age qui a parlé d'homosexualité en montrant le premier personnage transgenre dans une BD américaine. Mais cela fera le sujet d'une prochaine chronique de LGBT Heroes. Mais, il s'agit d'un cas isolé.

[1] Merci à Xavier Fournier pour ce complément d'information non-négligeable. [^]