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Miracleman arrive chez Marvel

Il était grand temps ! A partir d'aujourd'hui, les aventures de Miracleman (aussi connu sous le nom de Marvelman) vont enfin être publiées par Marvel Comics. Il aura fallu attendre quasiment 5 ans avant que l'éditeur ne publie le moindre contenu... Enfin, il faudra attendre début 2015 pour pouvoir lire des aventures inédites. L'attente est longue. Retour sur l'arrivée mouvement du héros dans la Maison des Idées.

Miracleman_1_Quesada

C'est lors de la Comic-Con de New-York que l'annonce fut faite : Miracleman verra son tant attendu numéro 25 publié chez Marvel Comics. Mais vous devriez être patient (encore) pour avoir ce premier numéro inédit entre les mains. En effet, la Maison des Idées va d'abord rééditer (avec une nouvelle coloration) les épisodes 1 à 24 de la série.

Et là, vous êtes peut-être en train de vous demander mais qui est Miracleman ? Et bien je vais tenter de vous l'expliquer et de vous donner envie de lire ses aventures. Mais, s'il vous plait ne le confondez pas avec Miracle Man.

Au début, Miracleman s'appelait Marvelman. Il est la création du scénariste et dessinateur anglais Mick Anglo. Créé en 1954, l'éditeur Len Miller veut combler un trou dans ses publications en Angleterre faites par la disparition de la série Captain Marvel (personnage connu maintenant en tant que Shazam) rachetée par DC Comics. L'histoire  de ce nouveau héros est assez similaire à celle de Captain Marvel : un jeune reporter, Micky Moran, rencontre un astrophysicien qui lui donne des super-pouvoirs grâce à l'énergie atomique. Lorsque Micky prononce la formule secrète "Kimota" (le verlan de "Atomic"), il se transforme alors en Marvelman. Les séries liées à Marvelman connaissent un franc succès et elles s'arrêtent en 1963.

Miracleman_2_Davis_Variant

En 1982, Alan Moore (Watchmen, Supreme, From Hell...) relance Marvelman dans la revue britannique Warrior (où fut publié pour la première fois V For Vendetta). Les épisodes sont dessinés par Gary Leach et Alan Davis (Wolverine, AvengersX-Men...). C'est une version bien plus sombre du héros qu'écrit Moore. L'auteur amène un Moran plus âgé et mature que lors des séries précédentes. D'abord amnésique, il recouvre la mémoire et ses pouvoirs dans le #1 de la série. Moore explore alors des thèmes qui lui sont chers comme le super-héros comme peur principale de son alter-ego ou la corruption liée aux pouvoirs. Il s'inspira aussi fortement de son histoire lorsqu'il reprit la série Captain Britain pour Marvel UK (avec le personnage The Fury).

La série est publiée au Etats-Unis. En 1985, c'est Eclipse Comics qui a les droits de publication de la série, mais l’appellation "Marvel" est le copyright d'un célèbre éditeur (oui, Marvel Comics). Du coup, Eclipse décide de renommer le personnage et sa série en Miracleman. Les 6 premiers numéros de la série regroupent les 21 épisodes qui ont été publiés dans Warrior. À partir du numéro 7, Eclipse publie de nouvelles histoires écrites par Moore et dessinées par  Chuck Beckum que l'on connait en tant que Chuck Austen - heureusement (bien) meilleur dessinateur que scénariste des X-Men. Rich Veitch et John Totleben lui succédent. Moore quitte la série au numéro 16 en décembre 1989.

C'est Neil Gaiman (Sandman, Doctor Who...) qui reprend le relais à partir de Miracleman #17 avec Mark Buckingham (Fables) aux dessins. Il écrit la série jusqu'au #25 et aussi une mini-série nommée Miracleman: Triumphant scénarisée par Fred Burke dessinée par Mike Deodato Jr était prévue . Sauf que Eclipse Comics mit la clef sous la porte. Ni le dernier épisode (#25) de la série ni la mini-série, bien qu'écrits et dessinés, n'ont été publiés.

Miracleman-1-Opena

C'est là que commence la guerre des droits. En gros, à la fin de Warrior, les droits d'exploitation de Miracleman furent distribuer en parts égales à Moore, Davis et Leach. Mais Moore et Davis se sont pris la tête, et le dessinateur laissa ses droits au scénariste. Lorsque Moore quitte la série en 1989, il laisse sa part à Neil Gaiman qui reprend alors la série. Il s'agit de 30% des droits. Gaiman partage ces 30% avec son dessinateur, Mark Buckingham.

En 1992, Todd McFarlane, dessinateur superstar chez Marvel quitte la Maison des Idée et il co-fonde avec d'autres dessinateurs issus de Marvel, Image Comics. Il y crée la série Spawn qui connait alors un franc-succès. En 1993, McFarlane demande a des scénaristes indé et de grande notoriété d'écrire chacun un épisode de Spawn. Ainsi s’enchaînèrent Alan Moore, Neil Gaiman, Dave Sim (créateur de la série absolument géniale Cerberus) et enfin Frank Miller (Batman, Sin City...). Gaiman qui écrit Spawn #9 y introduit deux concepts forts de la série : les Hellspawn à travers les époques et leurs adversaires intemporels, les anges. C'est ainsi que fut créer le personnage d'Angela. Il crée aussi deux autres personnages : le Medieval Spawn et Cogliostro, un ancien Hellspawn devenu clochard.

L’année d’après, Gaiman écrit la mini-série Angela toujours chez Image où le personnage féminin qui malgré sa courte apparition dans Spawn #9 fit fureur auprès des fans. La mini-série était dessinée par Greg Capullo. On découvre alors le paradis (un grand building) et des concepts de voyages spatio-temporels très intéressants.

McFarlane fait alors vivre les personnages créés par Gaiman dans l'univers de son héros et il commence à les exploiter en créant des jouets à l'effigie d'Angela et de Medieval Spawn ou d'utiliser Cagliostro dans le dessin-animé et dans le film Spawn. Cela ne plaît pas à Gaiman qui, bien qu'il touchait des royalties sur l'utilisation de ces personnages, n'a pas été consulté pour l'utilisation de ceux-ci dans des produits dérivés. La situation s'est envenimée jusqu'au point où McFarlane arrêta de verser des royalties à Gaiman. La guerre fait rage entre McFarlane et Gaiman. Le premier arrête même les versements de royalties au second. Les deux auteurs ne se parlent plus que par avocats interposés.

Quel est le rapport me demanderez-vous ? Et bien, en 1996, dans cette guerre de droits d'exploitation, McFarlane décide de se venger de Gaiman en rachetant le catalogue Eclipse Comics, et donc, les droits d'exploitation de Miracleman.  Il fait apparaître l'alter-ego du héros, Micky Moran, dans Hellspawn #9 et il a l'intention d'utiliser Miracleman dans le #13 de la série. Sauf que Gaiman a 30% des droits d'exploitation de Miracleman. Donc McFarlane ne peut pas utiliser Moran ou Miracleman sans verser des royalties à Gaiman.

En 2001, Gaiman crée avec Marvel Comics un label, Miracles LLC, ayant pour but à terme de recevoir les droits d'exploitation de Miracleman. En 2002, après avoir gagné son procès contre McFarlane au sujet de l'utilisation de Miracleman*, Gaiman décide de faire une dédicace dans la première série sortie sur le label Miracles LLC : "À Todd, pour l'avoir rendu nécessaire".

Miracleman_1_Young

Ce n'est qu'en 2009 que Marvel annonce qu'il a racheté les droits d'exploitation de Miracleman. Et pour le moment, on a eu le droit qu'à un hardcover Marvelman Classic Vol. 1 par Mick Anglo sorti en août 2010.

Enfin, en 2014, on a le droit à une nouvelle édition de la série d'Alan Moore (puis de Gaiman donc). Elle va être publiée à partir d'aujourd'hui. En revanche, ne cherchez pas le nom de Moore dans ces rééditions, l'auteur, bon prince, refuse de paraître dans les crédits parce qu'il n'a plus de droits d'exploitation sur Miracleman. Et aussi à cause du fait, qu'il déteste Marvel par dessus tout. Enfin presque autant qu'il déteste DC Comics... Du coup, il sera crédité en tant que "Scénariste original". De son côté, Marvel a quand même fait les choses en bien, et recolorise les planches originales (ce qui n'est pas un mal).

miracleman-1

Enfin, chaque numéro aura une nouvelle couverture dessinée par une pléiade d'artistes de la Maison des Idées comme Joe Quesada, Jerome Opeña, John Cassaday (qui nous a fait un Miracleman pétomane - ci-dessous), Skottie Young, Jim Cheung, etc.

Miracleman_1_Cassaday

Est-ce que cela vaut le coup ? Et bien, oui, carrément ! Miracleman est très peu connu en France (merci à Dangereuses Visions de m'avoir fait connaître le titre d'ailleurs) et pourtant il fait parti intégrante du patrimoine du Comic-Don. C'est donc un incontournable. Et puis, malgré le côté "nouvelles" des premiers épisodes, vous allez découvrir un univers original, des situations inédites (notamment une scène d'accouchement quelque peu... hmm... visible ?!) et surtout un ennemi hors-du-commun qui est rentré dans le Panthéon des meilleurs super-vilains de tous les temps (je ne dévoile rien).

* Vous le savez certainement : Gaiman a ensuite gagné son procès contre McFarlane au sujet d'Angela que Gaiman a vendu à Marvel via son label Miracles LLC.