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Les INDÉSpensables de janvier et février 2018

Ils sont deux mais ils sont vraiment indispensables !

On ne va pas se mentir, le production BD et comics du début d’année a été un peu tiède. Cela n’a pas empêché quelques pépites de paraître mais il aura fallu attendre. D’où cette rubrique Les INDÉSpensables qui comprend donc les sorties comics du mois de janvier et février que vous auriez pu manquer.

Deux titres : un polar magistral et la fin d'une trilogie qui n'aura jamais déçu.


Du Sang sur les mains

Monsieur Toussaint Louverture • Par Matt Kindt • 24€50
Ça commence par un vol de tabouret. Une employée mécontente claque la porte du diner où elle travaille et embarque avec elle l’un des sièges du restaurant. Bizarre mais pas très grave me direz-vous mais on comprend vite qu’il s’agit là d’une manie pour cette femme et que son appartement contient un nombre impensable de sièges, chaises et fauteuils. Heureusement l’inspecteur Gould parvient à la percer à jour et finit par l’arrêter.

S’ensuit une séance d’interrogatoire, faite de dialogues et de cases noires sans dessins. La criminelle et l’inspecteur échange sur le pourquoi de ces vols dans un dialogue de toute beauté.

Avant de terminer ce premier chapitre, quelques pages de journal nous parlerons de cet inspecteur Gould, de son taux de réussite en résolution des crimes de 100% et du calme qu’il apporte à la charmante ville de Diablerouge.

Le chapitre 2 démarre, une autre session de crime étrange ne doit pas rester impuni. L’inspecteur Gould est sur le coup.

J’ai d’abord vu cet album comme un recueil de petites histoires iconoclastes et singulières. Matt Kindt réussit à trouver des crimes qui sortent de l’ordinaire et la psychologie de ces hors-la-loi est fascinante. On aime être dans leur tête et comprendre la motivation de leur folie. Jusqu’au moment où l’inspecteur les arrête. Cette répétition interrogatoire/gazette était un peu fastidieux au départ car il me séparait du prochain crime que je voulais découvrir au plus vite. Mais tout est tellement fin et beau qu’on se laisse porter par ces histoires indépendantes et le personnage de Gould et de sa femme, souvent à ses côtés.

Et puis on se met à constater des liens entre certains protagonistes. Ils se croisent ou même se connaissent. Au trois quart de l’album, tout s’emballe. Tout bascule. L’anodin devient important, les affaires ressurgissent et le lecteur que je suis sent son coeur s’emballer sur plus de cinquante pages que je ne peux pas m’empêcher de tourner encore plus vite que de raison. Vite Matt Kindt, donne moi un dénouement, je ne peux pas rester ainsi. Et ces réponses viennent et achèvent la construction de cette pépite scénaristique.

Je suis resté bouche bée quelques minutes et j’ai commencé à repenser à ces 272 pages en me prenant la tête dans les mains. C’était une lecture hors norme. Un polar subtil avec pleins de crimes étranges.

Porcelaine Tome 3 - Mère

Delcourt • Comics • Par Chris Wildgoose & Benjamin Read • 17€95
Vous n’avez sans doute jamais entendu parler de Porcelaine. C’est pas de votre faute, c’est celle à pas de chance. De l’aveu même de l’éditeur, la rencontre avec le public a été raté. Un rendez-vous manqué inexplicable alors que tous ceux qui ont parcouru l’un des trois tomes que constitue la série ne peuvent que témoigner de ses grandes qualités, graphiques d’abord et scénaristiques ensuite.

Parlons donc un peu de ce comics que vous avez manqué. Oui, c’est un comics car il est fait par des anglais mais publié dans une maison d’édition si petite qu’elle n’apparaît pas dans nos radars habituels (il s’agit d’ailleurs de la maison d’édition créé par les deux auteurs de Porcelaine. On peut parler d’auto-édition à ce niveau là).

Dans le premier tome, on découvrait une jeune fille, nommée Gamine, qui, au hasard d’un banal vol se retrouvait piégé par le propriétaire de la bâtisse qu’elle visitait. Bâtisse gardée par une armée de géants en porcelaine qui semble être dotés d’intelligence.

Plutôt que de renvoyer Gamine hors de ses murs, le Porcelainier va l’adopter, l’élever et en faire sa fille. Reste que le mystère des soldats de Porcelaine n’est pas prêt à être partagé par son inventeur. Et Gamine va l’apprendre a ses dépends.

Voilà juste pour l’introduction du premier tome, qui se termine comme une histoire complète. Suivent ensuite les tomes 2 et 3 qui montrent Gamine plus tard dans sa vie comme l’indiquent les titres : Femme et Mère. Le tout forme donc une saga allant sur plus de 30 ans et dont les enjeux ne vont cesser d’augmenter à chaque tome. Ou comment faire une série mais sans le côté frustrant de la sérialité.

C’est typiquement le genre d’histoire qui peut me plaire. On peut penser à du Burton pour l’univers et à du Dickens pour l’atmosphère et les personnages. Les nombreuses planches permettent de développer chaque personnalité en profondeur et embarquent le lecteur pour une aventure en crescendo.

Je ne saurais pas vous dire qu’un des trois album est meilleur que l’autre. Ils forment un tout. Une trilogie qui se suffit et pourtant nous aurons sans doute droit à une suite. Je croise les doigts pour qu’elle prenne forme prochainement mais le dessinateur Chris Wildgoose est un homme occupé. Il sort d’un run de Batgirl et attaque un roman graphique jeunesse dans l’univers de Batman pour la collection DC Ink.


Rendez-vous dans moins d'un mois pour les sorties de mars et CHOUETTE, elles sont déjà plus nombreuses que janvier et février réunies.

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