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Les INDÉSpensables de novembre 2017

Maintenant que le rendez-vous est bien acté et pérenne, voici les INDÉSpensables, la sélection des titres qui sont du comics mais qui s'en cachent un peu parmi les sorties de ce mois de novembre.

Avec la période de noël qui approche, les éditeurs sortent le grand jeu, l’artillerie lourde, les blockbusters, les trucs que vous allez forcément acheter ou qu’on va vous offrir. Et parmi toutes ces sorties d’exception, il y a encore moins de places pour de petits titres, même s’ils sont de qualité.

Les éditeurs s’adaptent donc et gardent ces albums pour plus tard, quand vous aurez à nouveau envie de découvrir plutôt que de faire plaisir. C’est un peu triste pour le libraire que je suis mais c’est toujours le cas à cette période. Ceci explique donc que pour ce mois-ci, vous n’aurez que 2 titres dans ces INDÉspensables, dont l’un est en plus une réédition, mais deux titres que je trouve important.


Courtney Crumrin Intégrale couleur Tome 1 et 2

Akiléos • Par Ted Naifeh • 19€00
Voilà un moment que j’attendais cette édition de Courtney Crumrin. Au départ publié en noir et blanc et en grand format, la série a eu droit à une magnifique colorisation et cette dernière s’est faite attendre en France.

L’éditeur Akiléos fait un travail énorme sur son catalogue d’acquisition et ne s’est pas trompé en pariant sur Ted Naifeh au début de sa carrière. D’abord disponible en tomes séparés et en noir et blanc, ils ont d’abord essayé de faire la même tomaison pour la couleur avant d’abandonner cette idée pour repartir sur deux mini-intégrales petits formats, couleurs, plus abordables et beaucoup plus accessibles aux enfants qui sont une des cibles de cette série.

Je dois bien avouer que le noir et blanc empêche un peu les pré-ados de se plonger dans l’univers gothique de Naifeh. On a maintenant la possibilité de leur proposer soit la couleur soit l’original. Un peu comme Bone, un autre chef d’oeuvre tout publique de la bande-dessinée américaine.

Mais je réalise que je vous parle depuis trois paragraphes des objets sans avoir même mentionner l’histoire. On suit donc dans ces albums la petite Courtney, obligée de déménager avec ses parents dans l’immense bâtisse de son oncle Aloysius. Ce grand manoir semble pleins de mystères et surtout de créatures fantastiques et dangereuses mais seuls Courtney et son oncle semblent s’en rendre compte. Courtney doit se rendre à l’évidence : elle est une sorcière et son éducation magique va commencer en même temps qu’elle découvre sa nouvelle école et ses nouveaux camarades.

Les passages sombres et surnaturels sont nombreux mais là ou l’auteur déploie son talent, c’est quand il fait le lien entre le monde magique et le monde normal. Courtney est parfois plus mal à l’aise et chahutée dans la cour de récré que dans la forêt maléfique, donnant au récit un propos sur l’adolescence très juste et somme toute assez brutal.

J’adore cette série, son graphisme, son ambiance, ses histoires indépendantes mais qui filent vers un final haletant et je peux autant la conseiller à des petits de 13 ans qu’à des adultes en attente de fantastique. C’est la marque de fabrique des grands titres : ils rassemblent tous les âges. Et Courtney Crumrin est de ceux-là.

Spinning

Gallimard BD • Par TillieWalden • 24€00

Voici un album moins facile d’accès. On y parle beaucoup de patinage artistique mais ce n’est pas ce qu’il faut retenir de l’histoire. C’est avant tout une jeune fille, américaine, qui suite à un déménagement est obligée de reconstruire toute sa vie dans un nouvel environnement et surtout apprendre à vivre son homosexualité.

Récit très autobiographie pour Tillie Walden qui raconte son adolescence un peu compliquée sans s’écrire de manière trop idéalisée. L’ado qu’elle était n’a pas toujours été facile à vivre ou aimable (elle ne l’est d’ailleurs peut-être pas devenue) et cela a pu lui jouer des tours. Cette honnêteté est forcément touchante quand on lit son histoire.

Dans ce qu’elle raconte, Tillie nous avoue très tôt son homosexualité qu’elle s’est elle-même avouée très tôt mais dans ce contexte de patinage artistique très codifié, costumé, très féminin elle cherche sa place. Laissant de côté volontairement la famille où tout se passe assez bien, le viseur est pointé sur ce sport qu’elle pratique intensivement plusieurs fois par semaine (à des horaires indécents pour des enfants) et dont elle ne sait même pas si elle en aime vraiment la pratique. Des questions, toujours des questions et peu d’amies à qui en parler. Elles sont soient concurrentes, soit intriguée par Tillie et le manque de dialogue mène à des moments de solitude glaçant à lire. On ne tombera jamais dans la dépression mais il y a un mal-être palpable chez la jeune fille et même en refermant l’album, on ne sait pas si tout cela l’aura aidé. En tout cas, le patinage aura formé sa personnalité, lui aura permis de rencontrer une première copine et l’aura lancé sur la longue route du doute que les adultes empruntent chaque jour.

C’est en fait un très bel album plein de mélancolie et qui pourrait je pense aider des ados à comprendre ce qu’elles (ils) vivent. Rien que pour ça, c’est un album important.


Voilà, petit mois comme annoncé au début. Et il y a de fortes chances que décembre n’apporte rien de neuf donc je vais réfléchir à vous proposer un format spécial pour la fin d’année. Peut-être des idées cadeaux ou un best-of des meilleurs INDÉspensables que vous auriez pu manquer ces dernières années avant que cette formidable chronique n’existe.

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