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Les Pas-Comics d'octobre 2017

Comme annoncé vendredi dans les INDÉspensables, voici maintenant les Pas-Comics, une sélection subjective des bonnes BDs, hors comics, sorties tout au long du mois d'octobre.

Je suis très heureux de voir les copains Noisybear et Maitsuya participer à cette rubrique (même si je n'aurais pas dit non à une censure sur Ranma ½, mais bon c'est le boss qui en parle alors on a pas le choix. Hashtagdémocratie).


La Colère de Fantômas, l'intégrale

Dargaud • BD • Par Julie Rocheleau & Olivier Bocquet • 29€99 
Je triche un peu, je commence par une fausse nouveauté que je mets en avant parce que c'est génial et que j'ai une relation amicale dématérialisée avec le scénariste. Dans cet ordre. C'est avant tout génial puis le gars est sympa. Fantômas donc. Celui des téléfilms un peu rigolos avec Louis de Funès et des masques en effets spéciaux bleus made in France, mais aussi celui des grands romans populaires français du début du XXième siècle. C'est plus dans cette première version qu'il faut trouver l'inspiration de cette série de trois tomes compilés maintenant en un seul. Fantômas y est plus mystérieux, insaisissable et capable de se cacher derrière chacun des personnages grâce au dessin parfois abstrait de Julie Rocheleau. L'association scénario/dessin est primordiale pour que l'histoire fonctionne et c'est une réussite. Avec en plus des prouesses narratives comme cette course-poursuite dans tout Paris vu par le prisme d'un plan de la capitale en double page, c'est malin et très beau. Je recommande parce que c'est pas du franco-belge de papa.

Plus près de Toi

Dupuis • BD • Par Jean-Claude Fournier & Kris • 14€50 
Pour une BD sur la seconde guerre mondiale, c'est une bien belle histoire que l'on nous raconte là. Avec beaucoup d'amour malgré le contexte dramatique autour des protagonistes.

Addi est en passe de devenir prêtre au Sénégal quand il est appelé à rejoindre les rangs de l'armée française face aux nazis. Rapidement capturé, il va être retenu prisonnier dans un camp de travail au sein d'une petite ville de province française où il pourra même échanger avec les habitants. Je pourrais parler des multiples thème abordés dans l'album (et il y en a beaucoup) mais je vais me concentrer sur un seul, lacé en filigrane sur toute l'histoire : le racisme. Addi est noir et je réalise naïvement que si le racisme perdure aujourd'hui, il était sans doute encore plus fort à l'époque. La façon de parler de ce sujet sans en faire le thème principal de la série est son plus grand atout. Addi est français et son histoire est celle de nombreux soldats, venus d'Afrique et faits prisonniers par les allemands. Heureusement son histoire a ses rayons de soleil en la personne de Jeanne. Débute une romance compliquée, comme tout à cette époque...

Sérum

Delcourt • BD • Par Nicolas Gaignard & Cyril Pedrosa • 18€95 
Cyril Pedrosa est un artiste complet dont je vous recommande grandement n'importe quel album de sa bibliographie. Aussi, j'étais très étonné et impatient de voir ce qu'allait donner cette nouvelle oeuvre dont il n'assure que le scénario. Au dessin on découvre Nicolas Gaignard dont c'est le premier album après quelques incursions ponctuelles sur des histoire courtes. Il est évident que les deux se sont trouvés pour cette histoire d'anticipation.

Le souci majeur, c'est qu'il est impossible d'en raconter beaucoup sans en dire trop. Rien qu'en vous confessant cela, je vous gâche un élément important de ce scénario extrêmement bien construit. On y suit Kader, un repris de justice forcé de prendre un médicament l'obligeant à dire la vérité. Nous sommes à Paris en 2050. La ville et la vie sont grises, mornes. Et dans ce contexte sans aspérité, suivre Kader et son fardeau de vérité est captivant. Les relations qu'il a tissé ou tisse encore avec les quelques personnes à qui il parle sont fragiles et tendues. Son patron, son psy, un enfant ? Peu de gens l'entourent mais un jeu semble se jouer autour de lui.

Captivant jusqu'au deux premiers tiers et surpuissant sur la fin. Un grand album de 2017.

La Balade Nationale

La Revue Dessinée • BD • Par Étienne Davodeau & Sylvain Venayre • 22€00 
Je ne dénigre jamais un album d'Étienne Davodeau. Cet auteur majeur de la BD actuelle est depuis plusieurs années un éminent représentant de la bande-dessinée journalistique. Comprenez par là qu'il s'associe à de véritables professionnels des médias et les accompagne dans leurs enquêtes et/ou leurs réflexions.

Pour ce nouvel album, c'est avec un historien renommé qu'il fait équipe et nous embarque dans un road-trip détricotant le roman national que les hommes politiques (souvent de droite mais parfois simplement populiste) veulent nous faire passer pour acquis. Cet album sert d'introduction à une longue série de BD retraçant toute l'histoire de France et qui sera publiée dans les prochains mois et années. Ici, on a affaire à une explication globale de l'histoire de France par un procédé que je trouve génial et original : une virée en utilitaire avec une équipe de personnages historiques divers et variés pour aller ré-enterrer un cercueil contenant une autre personnage historique pas bien content d'être trimballé dans un Kangoo. C'est loufoque certes mais c'est avant tout un prétexte pour Jeanne d'Arc, Molière, Marie Curie, Alexandre Dumas (père) et l'indispensable historien Jules Michelet, véritable liant de tout ce petit monde, de parler de leur pays et de ce qu'on croit comme vrai à propos de l'Histoire de France. Leurs échanges sont à la fois éclairants, intelligents, pleins de bons mots et aussi de vérité. Leur vadrouille dans la France d'aujourd'hui vire parfois au cours magistral voir même à la leçon. Sont visés ceux qui s'approprient des symboles comme Jeanne ou le Maréchal Pétain (le mystérieux occupant du cercueil) en occultant une partie de leur vie et de leurs actions. Certains diront que c'est bien-pensant, j'y vois surtout une remise à niveau sur ce que l'on sait et surtout ce que l'on ne sait pas de la France. Notre pays et ses habitants ne se limitent pas à l'Histoire qu'on apprend car après tout l'Histoire est réécrite chaque jour.

Isabella Bird Tome 1

Ki-oon • Manga • Par Taiga Sassa • 7€90 
Même si vous avez bien suivi les cours d'histoire, vous avez peu de chances d'avoir entendu parler d'Isabella Bird. Parce qu'elle n'a pas découvert l'Amérique ou parce que c'est une femme ? Je ne sais pas. En tout cas, son destin est incroyable. Au XIXè siècle, elle a exploré des recoins encore inconnus du monde occidental afin de montrer des cultures et des populations que l'homme blanc aurait tôt fait d'exterminer. Parmi tous ces périples, c'est celui au Japon alors que le pays s'ouvre officiellement aux étrangers qui a intéressé l'auteur. Auparavant, les non-japonais étaient cantonnés aux grandes villes portuaires et avaient interdiction d'en sortir. C'est l'occasion pour cette anglaise indépendante de se lancer dans un voyage vers le nord de cette île, là où il y aurait encore des villages typiques. En faisant d'Isabella un personnage naïf au premier abord, on a l'impression de lire un cliché du manga avec des yeux ébahis et des expressions surjouées à chaque page, mais cette impression est vite oubliée quand on réalise que c'est la façon qu'a trouvé l'auteur pour accrocher le lecteur et l'embarquer dans un voyage d'émerveillement de tous les instants. Isabella est différente des autres occidentaux. Ils voient avec dégout et peur tout ce qu'il ne connaissent pas tandis qu'elle trouve chaque différence passionnante. J'ai lu beaucoup de manga et avec celui-ci, je découvre encore des choses sur le Japon et sur une période charnière du pays. Ses rencontres sont incroyables et j'ai hâte de voir ce que cela va donner au fur et à mesure qu'elle s'enfoncera dans ce pays de traditions et de coutumes.

La Brigade des Cauchemars

Jungle  • BD jeunesse • Par Yomgui Dumont, Drac & Franck Thilliez • 12€00 
Belle surprise que ce premier volume de La brigade des Cauchemars. Le scénariste Franck Thilliez n'est pas un inconnu car il publie régulièrement des romans rencontrant un certain succès mais le voir débarquer en BD et pour la jeunesse a de quoi éveiller l'intérêt. Force a été de constater qu'il s'en est très bien sorti.Deux adolescents plongent dans les cauchemars de patients d'un institut psychiatrique pour trouver leurs traumatismes et les aider à les vaincre. Ambiance un peu sombre donc avec dans cette première plongée psychique dans un univers post-apocalyptique où les enfants disparaissent les uns après les autres. Outre le mystère et l'action de cette exploration mentale, on comprend aussi qu'il y aura des éléments à éclaircir dans la relation entre les deux ados et avec le père de l'un d'eux. Pleins de choses laissées en suspens pour les prochains tomes.

Les Dragons de Nalsara

BD Kids • BD jeunesse • Par Glen Chapron, Pierre Ortel d'après Marie-Hélène Delval • 9€95 
Je n'ai pas 12 ans donc je ne connais pas la saga de roman jeunesse dont est adapté ce premier tome. En tout cas, la BD est réussie. C'est très joli et le scénario même s'il est simple a tout pour plaire aux jeunes lecteurs. Moi, y'a des dragons alors forcément j'aime beaucoup.

Sélection de Maitsuya :

MPD-Psycho Tome 21

Pika Éditions • Manga • Par Sho-U Tajima & Eiji Ôtsuka - 9€10
J'ai commencé MPD-Psycho il y a 17 ans, c'était mon premier seinen, mon premier manga pour les grands, le premier avec du sang et des trucs hyper glauques. Et mon dieu que MPD-Psycho est glauque. Pour ceux qui l'ignorent, on y suit au départ un détective privé pas très stable qui, suite à un traumatisme à la Seven, a quitté la police pour se mettre à son compte. Il est accompagné d'une jeune femme et de sa petite sœur, tous trois enquêtent sur des crimes plutôt dégueus à base de plantes qui poussent dans le cerveau de gens encore vivants. On poursuit donc des criminels particulièrement charmants qui ont tous un point commun : un code barre dans le blanc de l’œil.

il y a 17 ans, le pitch c'était ça. Aujourd'hui, sans vouloir trop en dire, c'est plutôt l'histoire d'une organisation spécialisée dans la mégalomanie et les expériences génétiques sur la personnalité qui est prise d'assaut par ses expérimentations ratées, toutes plus mégalo les unes que les autres et toutes à la recherche de ce petit truc qui leur manque : une personnalité saine et complète. Ça se tire dessus, ça s'entre tue, ça se découvre des clones et des petits cousins cachés, ça fonde des sectes, c'est complètement dingue et hyper complexe et c'est pour ça que c'est maintenant qu'il faut s'y mettre, au moment où c'est presque fini. Car oui, MPD-Psycho est sur la fin, le 21 vient de sortir, le 22 est annoncé pour ce mois de novembre, le 23 pour janvier. La série est terminée au Japon au tome 24. L'intrigue est tellement riche et folle (il n'est pas rare qu'un même personnage change de personnalité plusieurs fois) qu'il faut vraiment suivre attentivement pour ne pas se perdre. Chaque année, à chaque nouveau tome, j'avais pris l'habitude de relire la série (et d'en tomber à nouveau amoureuse) mais vous ! Vous avez l'immense privilège de pouvoir commencer la série et la lire d'une traite sans vous perdre, sans rien oublier, sans rien rater. C'est le moment parfait pour commencer MPD-Psycho parce que cette intrigue de malade arrive à sa conclusion et même si le vide laissé par cette série dans mon coeur sera grand, je suis mille fois heureuse d'avoir vécu cette folle aventure toujours excessive, parfois foutraque, définitivement géniale.

Sélection de Noisybear :

Le Mari de mon Frère Tome 4

Akata • Manga • Par Gengoroh Tagame • 7€50 (le coffret 33€80)
Yaichi, père de Kana, une petite fille très enthousiaste qu'il élève seul, apprend la mort de son frère jumeau qui est parti vivre longtemps au Canada. Là-bas, il s'est marié avec Mike, un homme au physique de bûcheron - mais avec le cœur sur la main. Ce dernier est venu au Japon faire un voyage initiatique le permettant de découvrir les endroits dont lui a tant parlé son défunt mari. En l'accueillant, Yaichi ne pensait pas que son monde allait basculé de la sorte. Ainsi, depuis le premier tome, il a remis en cause tous les a prioris qu'il pouvait avoir sur les homosexuels et l'homosexualité.

Ce tome 4 conclut l'histoire écrite et dessinée par Gengoroh Tagame. L'auteur y fait une critique intelligente de son pays en montrant comment en effaçant l'homosexualité de sa société, le Japon a rendu sa population ignorante à ce sujet. Ainsi, tout le long de la série, Kana va poser des questions d'enfant à ce propos à Mike et Yaichi va apprendre par ce biais. Mais à chaque fois qu'il semble évoluer, il y a un truc qui gène. Ce dernier tome est un peu l'aboutissement de toutes les leçons tirées, c'est un peu la concrétisation de cette grande histoire sur la tolérance. On pleure beaucoup beaucoup beaucoup mais les larmes sont souvent chaudes parce que l'auteur veut montrer le meilleur de l'Homme.

A noter que l'éditeur, Akata, a sorti un joli petit coffret contenant les 4 tomes avec Mike habillé en Père Noël, c'est tout mignon et cela fait un joli objet à poser sur sa bibliothèque.

Ranma ½ Tome 1

Glénat • Manga • Par Rumiko Takahashi • 10€75
Glénat a la fabuleuse idée de rééditer le célèbre manga de Rumiko Takahashi dans le sens de lecture original avec des tomes plus gros que lors de leur sortie en France au milieu des années 90. C'était le début des mangas dans notre pays et les éditeurs avaient peur que le sens de lecture original déroute les lecteurs - souvent au détriment de l'action qui se déroule dans l'œuvre.

Moi, je suis tombé amoureux de Ranma ½ quasiment immédiatement après sa première diffusion en France dans le Club Dorothée. J'avais adoré les personnages loufoques de Maison Ikkoku (Juliette, Je T'aime en français) et côté barré de Lum (Lamu en français) mais avec cette série, la mangaka va encore plus loin dans le délire.

Après être parti s'entraîner dans une réserve de sources magiques, Ranma et son père sont maudits : ils changent d'aspect lorsqu'ils sont au contact de l'eau et en fonction de la température de celle-ci. Ainsi, Ranma devient une fille lorsqu'il est aspergé d'eau froide et redevient lui-même sous l'eau chaude. Son père lui se transforme en panda géant. Tout cela devient le prétexte à de nombreux quiproquos complètement improbables et délirants, à tel point que chaque page me fait rigoler. C'est absolument génial, c'est plein d'idées complètement absurdes et c'est très joli. Moi qui lit très peu de manga, je suis très très content de l'avoir sur ma bibliothèque.

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