The Mighty Blog

Black Panther

Critique du super-hit de Marvel Studios

Sorti le mois dernier, le film Black Panther bat tous les records au cinéma. Il était donc grand temps que nous nous penchions sur le film de Ryan Coogler afin de vous proposer notre avis - toujours sans spoilers - sur ce qui pourrait être le plus grand succès de film sur un super-héros de l'année.

Black Panther

Marvel Studios • Par Ryan Coogler • Avec Chadwick Boseman, Michael B. Jordan, Lupita Nyong'o, Danai Gurira, Letitia Wright, Martin Freeman, Daniel Kaluuya...

Après les événements qui se sont déroulés dans Captain America : Civil War, T’Challa revient chez lui prendre sa place sur le trône du Wakanda, une nation africaine technologiquement très avancée. Mais lorsqu’un vieil ennemi resurgit, le courage de T’Challa est mis à rude épreuve, aussi bien en tant que souverain qu’en tant que Black Panther. Il se retrouve entraîné dans un conflit qui menace non seulement le destin du Wakanda, mais celui du monde entier...

C'est avec beaucoup de retard que je m’attelle à l'écriture de la critique du dernier film des studios Marvel, Black Panther. Il faut dire que j'ai eu pas mal d'empêchements qui ont fait que j'ai dû le voir assez tardivement [foutue neige qui m'a empêché de prendre le RER et aller à l'avant-première - NdR]. Cela aurait été vraiment dommage de ne pas décortiquer le film de la sorte puisque comme toutes les productions Marvel depuis Captain America, j'ai apprécié le film et ce, malgré ses quelques défauts.

Justement, nous allons commencer par ceux-là. Le premier est le nombre important de protagonistes. Bien que la costumière, Ruth E. Carter a fait un travail de dingue pour différencier chacun d'entre eux, il reste que le début du film présente beaucoup de personnages, lance des noms et le doute persiste pendant la première demi-heure si le spectateur est capable d'emmagasiner autant d'informations. Heureusement, l'écriture va permettre alors de travailler individuellement chacun d'entre eux par la suite. Mais si je n'avais qu'une seule critique à faire au film, c'est d'avoir une structure trop scolaire. Bien que l'histoire de T'Challa devenant Black Panther n'est pas montrée, il ne reste que le schéma typique des films Marvel Studios est utilisé pour montrer comment T'Challa devient roi du Wakanda et ce que cela implique. Très clairement, la recette est modifiée sur les quantités, laissant une grande partie au doute plutôt qu'à l'apprentissage mais, il ne reste que l'histoire est sans surprise sur cet aspect-là. On voit les choses arriver de loin par moments. Ce que je trouve plus gênant est que les scénaristes, Ryan Coogler et Joe Robert Cole, se sentent alors obligés de passer par des raccourcis faciles pour conserver cette structure et garder le rythme (plutôt maîtrisé d'ailleurs) du film.

Pourtant ces défauts ne gênent nullement l'appréciation du film. Comme je l'écrivais ci-dessus : il y a du rythme et on ne s'ennuie pas. Chaque scène a son importance et apporte son lot d'information. Même si, sur le moment, certaines scènes semblent inutiles à l'histoire - comme celle du rituel, elles prennent du sens par la suite.

En tout cas, la force du long métrage n'est pas sa structure ni la technique d'écriture, même si elles sont solides. Non, la force de ce film est le message qu'il fait passer. Je ne parle pas de celui de la représentation - qui est importante et très marquée dans le film - mais bien celui plus universel et politique. Black Panther est définitivement un film optimiste et positif qui nous rappelle que les erreurs passées, celles de nos aînées ne sont pas irrévocables. Forcément, ce message passe par la tragédie avec l'apparition de Killmonger (Michael B. Jordan) mais le héros (Chadwick Boseman) arrive à en tirer quelque chose de positif. L'ennemi apporte donc à Black Panther quelque chose d'autre qu'une menace qu'il va vaincre en utilisant une astuce évoquée précédemment dans l'histoire. T'Challa se construit à travers son ennemi et devient quelqu'un de meilleur.

Cette transformation se concrétise brillamment par l'apparition de la navette wakandienne dans le ciel d'Oakland dans trois scènes différentes : on passe de l'innocence à l'espoir en passant par le rêve brisé. Il s'agit à ce titre d'un film inspirant représentant bien ce que devraient être les super-héros et les super-héroïnes.

La représentation des afro-descendants est tout aussi importante : voir un film Hollywoodien qui se déroule plus de la moitié du temps dans un pays d'Afrique Noir - un pays qui a su se préserver de la colonisation - avec un casting pour la quasi totalité noire est remarquable. Les scénaristes utilisent tout de même l'archétype du personnage blanc (Everett Ross joué par Martin Freeman) qui débarque dans une autre civilisation, mais il n'est pas un sauveur. Il finit par aider les autres mais il fait partie de l'équipe et ne vole jamais la vedette. Mine de rien l'ajout de ce personnage et son intégration sont également importants, en envoyant un message d'acceptation de l'autre quel qu’il soit et malgré les doutes que les Wakandais ont des hommes blancs.

Cette représentation, le film la prend à bras le corps en créant un univers visuel très atypique par rapport aux autres films de super-héros. Je parlais des costumes qui sont très colorés - bien loin de ceux de Black Panther d'ailleurs - et très vivants. Les motifs utilisés sont rarement vus au cinéma et apportent vraiment quelque chose d'unique au visuel du film. Il y a aussi l'utilisation des peintures sur les visages, des tailles, les bijoux. La culture africaine est montrée avec fierté, la direction artistique évite à tout pris d'occidentaliser le Wakanda. D'ailleurs la photographie va dans ce sens n'essayant pas de "blanchir" les acteurs mais propose au contraire de jouer avec les contrastes.

Coogler et Cole prennent également le concept de civilisation africaine n'ayant pas connu l'esclavagisme et la colonisation à bras le corps, il y a des partis pris montrant comment ce pays a su évoluer différemment des autres et arbore fièrement ses origines tout en s'éloignant du concept de primitifs que nous pourrions imaginer d'une civilisation qui n'a pas vécu l'influence occidentale. Le concept existe également dans les comics mais aurait pu paraître en décalage avec le reste de l'univers Marvel, les auteurs ne tombent pas dans ce piège et arrivent à l'intégrer.

On retrouve aussi cet aspect unique dans le monde des esprits des Black Panther - oui, on trouve quelque chose de semblable dans Le Roi Lion mais ces mondes trouvent leur inspiration dans les légendes africaines.

Enfin, les musiques sont elles aussi imprégnées de cette culture sans jamais renier l'appartenance du film à la tradition des films d'aventures hollywoodiens. À la musique très épique/blockbuster, Ludwig Göransson ajoute des percussions africaines créant du rythme et donnant presque envie de se déhancher à certains moments du film. La musique des films Marvel est souvent délaissée, ou me laisse souvent pantois, ici il y a quelque chose de marquant et qui apporte beaucoup de chose à l'action.

Alors que j'émettais des doutes sur la direction artistique et les enjeux du film après avoir vu la bande annonce, j'avoue avoir été plus que surpris par le film. Je voulais y croire parce que le Wakanda et la mythologie de Black Panther sont des choses uniques dans leur genre mais j'avais des doutes. Après visionnage du film, j'ai été plus que conquis. Comme le dit si bien mon binôme dans la vie : "Ce film remplace Iron Man comme exemple à suivre pour un film de super-héros [et de super-héroïne]".

Il faut dire que l'action est plus présente que dans le film de 2008 et que la galerie de personnages est plus attractive. Black Panther est le héros mais il est surtout un vecteur pour l'histoire tout en évoluant à travers elle. Je le trouve bien plus sympathique que le personnage parfois antipathique des comics. Killmonger est un ennemi avec du charisme, une vraie identité et un lien très fort avec le héros. Ulysses Klaue est charismatique et le sur-interprétation de Andy Serkis marche assez bien, le rendant too much. Le duo Okoye (Danai Gurira) et Shuri (Letitia Wright) forme le Ying et le Yang du Wakanda, l'une obéissante suivant à la lettre les rites et coutumes de son pays, l'autre voulant du changement et n'hésitant pas à montrer sa lassitude des protocoles. Shuri est d'ailleurs certainement devenu mon personnage préféré du Marvel Cinematic Universe. Okoye est également un superbe personnage apportant plein d'humour malgré elle et des combats ultra-classes. Nakia (Lupita Nyong'o) est un personnage assez simple mais terriblement attachant. Elle n'est pas lisse, elle n'hésite pas à s'opposer moralement à Black Panther sans pour autant être en conflit avec lui. Le non-couple que les deux personnages forme donne envie de le voir évoluer. Ma seule déception est que Ramonda (Angela Bassett) soit aussi classe mais que très peu développée. En même temps, avec l'histoire de T'Chaka (John Kani) et de Zuri (Forest Whitaker), il était difficile de développer tous les personnages. Ramonda reste tout de même souvent montré comme un personnage important du Wakanda.

Ainsi malgré ses quelques défauts, Black Panther apporte beaucoup de fraîcheur au cinéma Hollywoodien par son aspect visuel et les choses qu'il raconte. Il montre qu'on peut faire un film désespérément optimiste sans pour autant tomber dans la mièvrerie. Mieux encore, malgré l'aspect manichéen (avec le gentil Black Panther contre le méchant), le film montre que tout n'est ni tout blanc ni tout noir, une expression parfaite pour définir également la diversité de ce film. Black Panther est dans ce sens un film intéressant et marquant tout en restant divertissant.

Paperblog : Les meilleures actualités issues des blogs