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Interstellar

Un nouveau film de Christopher Nolan est toujours un événement médiatique. Considéré à part du tout Hollywood, le réalisateur intrigue. Lorsqu'il a annoncé qu'il allait réaliser un film de science-fiction basé sur les études de l'astrophysicien Caltech Kip Thorne en guise d'hommage à 2001, l'Odyssée de l'espace, le public était plus qu'impatient de voir ce qu'il allait faire avec Interstellar.

Nota : le film Interstellar n'a absolument aucun lien quelconque avec les comics et, au final, assez peu avec la culture qui entoure les BD qu'on affectionne tant. Si, aujourd'hui, je dévie de sujet c'est parce que l'imagerie et le thème du film de Christopher Nolan sont susceptibles de vous plaire.

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Par Christopher Nolan • Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Michael Caine, Jessica Chastain, Casey Affleck, David Gyasi, Wes Bentley, Mackenzie Foy, Topher Grace...
Dans un futur proche sur une Terre exsangue, un groupe d'explorateurs utilise un vaisseau interstellaire pour franchir un trou de ver, récemment découvert, pour parcourir des distances jusque-là infranchissables et trouver une nouvelle planète habitable à coloniser pour l'humanité.

À la base, Jonathan Nolan, frère du réalisateur avec qui il a co-écrit le film, avait écrit le film pour Steven Spielberg. Ce dernier a fini par abandonner le projet. Christopher Nolan a ainsi récupéré le projet tout en conservant l'ADN du réalisateur de Jurassic Park notamment avec l'aspect familial prédominant dans le film dans l'histoire de ce père de famille vivant seul avec son beau-père et ses deux enfants et qui est prêt à tout pour les rendre heureux. À ça, les frères Nolan ont ajouté leur sauce bien loin des carcans des films du genre et des autres blockbusters actuels. Faut dire que le réalisateur aime s'écarter des schémas tout faits des films hollywoodiens pour imposer le sien, plus proche des œuvres diffusées au festival de Sundance.

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Pourtant, ce n'était pas couru d'avance. En effet,  les frères Nolan nous avaient servi un Inception aseptisé, trop hollywoodien et qui passait le plus clair de son temps à expliquer leur film balayant ainsi le peu de magie nécessaire à rendre leur histoire incroyable. Sincèrement, j'avais peur que Interstellar soit dans cette veine, bien loin de ce que le réalisateur nous avait proposé avec Insomnia et Le Prestige. Et je suis bien content de vous dire que Nolan m'a agréablement surpris avec Interstellar proposant ainsi un film d'auteur gros budget.

L'aspect science-fiction du film est un prétexte plus qu'un film de science exacte. En effet, les frères Nolan s'inspirent de l'étude de Kip Thorne mais ne vont pas noyer le spectateur dans de nombreux détails indigestes. Ils vont plutôt la vulgariser et jouer avec ses principes pour faire avancer leur histoire. Et puis, cet emprunt est d'abord un prétexte visuel offrant ainsi des scènes magistrales tout en nous projetant dans l'espace. Les effets spéciaux sont bien loin des effets traditionnels plus proche de la lomographie et, paradoxalement, cela me paraît plus réaliste que Armageddon, pour ne citer que lui.

Ce n'est pas pour autant que Nolan traite avec légèreté cette exploration. Il l'utilise à bon escient comme symbolique avec les décollages et les atterrissages du vaisseau en regardant en arrière. Même si certaines scènes sont des prétextes à du grand spectacle, cela ne sort jamais du cadre qu'il s'impose. Ainsi, le film de science-fiction se justifie.

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Mais le thème du film n'est pas la science-fiction. Il s'agit de quelque chose plus universel. Les deux frères ont créé une motivation commune aux 4 principaux protagonistes qui justifient leurs choix tout au long du film. Pour faire le lien avec les comics, je retrouve du Rick Remender dans l'approche scénaristique des frères Nolan utilisant un fond de SF qui prend des proportions énormes et, une fois engagés, les personnages ne peuvent jamais faire machine arrière. Ils subissent ainsi les événements inexorablement mais se construisent et en ressortent grandis.

Les personnages sont au centre de l'histoire, surtout les relations qu'ils entretiennent entre eux. C'est assez bien écrit pour comprendre rapidement ces liens, même des fois avec des personnages pas présents à l'écran. Pour que cela fonctionne, il faut des grands acteurs. Matthew McConaughey ne surprendra pas ses fans. Moi qui ai vu récemment True Detective - la série TV de HBO dans laquelle il a officié - je ne voyais en début de film que Rust Cohle à cause de sa voix si reconnaissable. Par la suite du film, Joseph Cooper, le rôle qu'il interprète, prend vie et risque de marquer pas mal de gens. Casey Affleck, Jessica Chastain et Michael Caine sont très bons et arrivent à émouvoir qu'à décevoir et ont des scènes marquantes. Mais, les palmes reviennent à la jeune Mackenzie Foy, tout simplement incroyable, et surtout à Anne Hathaway qui dans une scène arrive à transpirer de sincérité lors d'un long close-up.

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Dernier point qui m'a marqué et grandement plu, c'est le travail de photographie de Hoyte Van Hoytema. Le hollando-suédois est en train de devenir LA personne à voir dans son film pour faire "à part". Après son travail remarquable sur Her de Spike Jonze, on le retrouve ici pour donner cet aspect "hipster" très proche des photos contemporaines plutôt que des blockbusters habituels. Exit donc les nuances bleues et oranges, ici, on a du noir contrasté et fort (idéal pour les scènes spatiales) et, surtout, on est assez loin du côté filtre Intasgram de certaines des affiches du film. Même les lens flares sont classes.

Le film n'est malheureusement pas exempt de défauts notamment la fin qui traîne trop en longueur ; pour un film de presque 3 heures, ce n'est pas rien. Mais c'est surtout sur Hans Zimmer, compositeur de la musique, que j'ai envie de taper. Non pas que ses compositions soient sans saveur, l'utilisation de synthés vintages est plaisante et surtout raccord avec la photographie. Mais, comme à chaque fois qu'il signe une bande originale, il s'impose... De trop. Sur des films comme Man of Steel ou Dark Knight, la musique ne s'arrête quasi jamais, recouvrant continuellement l'image et elle est bien souvent trop forte. Elle ne ponctue rien, voire nous surjoue les moments tristes et les moments intenses du film. Cela donne un effet faux à certaines scènes. La première scène poignante de Interstellar est complètement bousillée par la musique qui est tellement forte que cela en devient cliché (pensez à la scène d'explications de La Cité de la Peur). Il y a même des scènes pendant lesquelles on n'a du mal à entendre McConaughey parler puisque sa voix est recouverte par les nappes de synthés. En fait, je comprends qu'autant de gens soient marqués par la musique de Zimmer tellement elle est omniprésente. Heureusement, la réalisation et le montage de Nolan impliquent des moments de silence. Mais même sans ça, les moments oniriques avec de la musique sont bien loin des travaux de Steven Price sur Gravity ou de John Murphy et de Underworld sur Sunshine.

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Interstellar est plus du film d'auteur dans l'espace qu'un film explosif avec beaucoup d'action. Même s'il s'étale sur la longueur à la fin, cela reste passionnant. Les fans de Remender apprécieront certainement ce que les frères Nolan ont fait avec les études de Kip Thorne. Mais, il s'agit surtout d'une histoire humaine et émouvante. Une réussite sur de nombreux points et je préfère largement le réalisateur dans ce genre que dans celui des adaptations de comics.