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Justice League

On y est presque !

Après un accouchement aux forceps, le film Justice League de Zack Snyder est bien là. On va enfin voir la plus grande de la Distinguée Concurrence sur grand écran ! Est-ce que c'est réussi après des films introducteurs pas toujours bienheureux ? La critique contiendra quelques spoilers déjà tous présents dans les bandes-annonces.

Justice League

Warner Bros. • Par Zack Snyder • Avec Ben Affleck, Henry Cavill, Gal Gadot, Jason Momoa, Erza Miller, Ray Fisher...
Après avoir retrouvé foi en l'humanité, Bruce Wayne, inspiré par l'altruisme de Superman, sollicite l'aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d'une attaque apocalyptique…

La gestation du film aura été au final un des feuilletons de ces derniers mois. Après un Batman v. Superman que l'on qualifiera de bancal (pour ne pas dire raté), et un Suicide Squad qui reste un des grands chefs-d'oeuvre du cinéma moderne (c'est une immonde purge, ne m'écoutez pas), les studios ont pris peur, et ont mis la pression sur Zack Snyder. Ce dernier va d'ailleurs subir une tragédie familiale, l'empêchant de finir proprement ce qu'il avait commencé, et va donc passer la main à un Joss Whedon parachuté (et pas vraiment crédité), qui va ajouter sa touche lors des reshoots.

Il est difficile de voir quel élément vient de Whedon, Snyder, ou des studios (on en a une petite idée pour certains), mais on ne peut que juger le produit fini. Du coup, autant le dire maintenant, c'est vraiment bancal et ça ne fonctionne pas beaucoup, mais c'est moins terrible que Batman v Superman. Non, Justice League n'est pas bon. Le film a dix ans de retard, ne parvient que rarement à convaincre, et accumule les clichés et les poussifs. Mais pourtant, oui, Justice League marche par moments, quand DC se rappelle que ses héros sont censés inspirer les gens.

La comparaison à Marvel n'est pas heureuse ou nécessaire, mais il faut bien la faire. Là où Marvel se rapproche de l'overdose mais tente de se diversifier (Thor: Ragnarok, Black Panther, Ant-Man sont tous dans des esprits différents par exemple), Justice League fait du classique, et se contente souvent de singer le premier Avengers. Le rythme est déjà connu : apparition du méchant, baston solo de chaque personnage, baston au quasi-complet, baston finale avec toute l'équipe. La quête des Motherbox n'est pas intéressante vu que Steppenwolf les trouve avec une facilité déconcertante, le combat final est franchement cheap (avaient-ils besoin d'être six pour le battre, alors qu'ils ne semblent pas vraiment mis en difficulté?), et les répliques ''punchlines'' de chaque personnage finissent par tomber comme un cheveu sur la soupe. On dirait du sous-Marvel, ce qui n'est franchement pas un compliment.

Les personnages ne sont quant à eux pas tous réussis... Il semblerait qu'ils aient pris peur en voyant Batman torturer et tuer des gens, et l'effort est presque bienvenu que de le caractériser en guerrier vieillissant. Le Bruce Wayne de Ben Affleck est plutôt réussi pour une fois, et il semble aller dans la bonne direction (si tant est que l'acteur reste sur le personnage). Pour sa première apparition, faire d'Aquaman (Jason Momoa) un tocard bodybuildé et prétentieux n'était pas indispensable, surtout que son énorme background est plié dans une scène illisible qui balance douze noms par minute. Mera (Amber Heard) vient faire de la figuration et du teasing, mais ça ne marche incroyablement pas vu que c'est inséré au chausse pied dans l'intrigue. Vanté par toutes les bandes annonces, Flash (Erza Miller) est finalement une espèce de Sheldon Cooper foireux, avec plein d'angoisses et un manque de confiance presque paralysant, mais tadaaaa, il va faire des saltos contre des démons et n'aura plus peur, parce que le film l'a voulu. Ezra Miller fait ce qu'il peut, et patine un peu avec le rôle qui oscille entre le comique potache et le dramatique, mais vu que visuellement c'est propre et bien foutu (le passage où il rend son épée à Diana est vraiment chouette), on dira que c'est réussi. Cyborg (Ray Fisher) pourrait être plus intéressant dans sa quête d'identité, mais tout est balayé sous le tapis en quelques répliques de Diana (la scène où les lumières de la ville s'éteignent est dignes des pires téléfilms du 25 décembre). Par ailleurs, je n'en peux officiellement plus de Diana/Wonder Woman (Gal Gadot), qui a la même palette de 3 mouvements depuis deux films, et qui ne décolle jamais de son histoire de base. Il faut la faire évoluer, les enfants...

Superman (Henry Cavill) était mort mais ne l'est plus (spoiler, mais si vous en doutiez, c'est soit le premier film de votre vie, soit vous êtes très crédules), et son retour n'est pas mauvais, mais il est révélateur des conflits internes lors de la production. Il est présenté tout le film comme un symbole d'espoir, notamment par Bruce Wayne qui a passé son temps à le détester et à le craindre dans le précédent film. En soit, c'est fidèle à la définition du personnage, mais pas à ce qu'on nous a montré auparavant. Ce n'est pas un pauvre montage de Superman qui sauve un paquebot et une fusée qui va me convaincre qu'ils avaient compris le personnage, et forcer sur son côté sauveur dans JL est mal amené et un peu lourdingue. Là par contre, on le voit peu, mais c'est presque bien fichu. On sent que Whedon a rajouté la scène d'intro pour respecter un peu plus le mythe (et nous faire mourir de rire avec cette moustache enlevée à l'arrache par ordinateur), et le héros est moins torturé. Il fait des blagues, semble heureux d'être là, ça marche pour lui, et c'est peut-être le bon plan pour adapter le héros.

Malheureusement, en face d'eux, on a le méchant générique numéro 945. Marvel faisait fort en proposant des méchants tous plus nuls les uns que les autres, et DC s'est dit que ça valait le coup de faire encore pire. Steppenwolf (Ciarán Hinds) ne sert à absolument rien, n'a aucune profondeur (qui est-il ? D'où vient-il ? Où était-il?), et sert à balancer trois noms qui sont censés faire rêver les fans de DC, sans qu'on ne les voit jamais. Ses répliques sont pitoyables, son plan tout autant, et il représente bien le problème majeur du film à mes yeux : il est fade.

On a déjà vu douze fois ce film, et c'est dommage. L'intrigue ne surprend jamais, et vous auriez pu écrire le même film en planchant sur un traîtement de texte. Par moment, les effets spéciaux sont un peu maladroits et feraient passer le jeu vidéo Injustice comme plus joli, et parfois ils claquent. La bataille dans le tunnel est vraiment réussie, mais la bataille finale est pitoyable. Certains décors sont magnifiques, d'autres cheap (la Batcave en CGI, pitié...), et c'est visuellement très fade. Certaines vannes fonctionnent, d'autres sont franchement lourdingues. Le film est comme ça : il contrebalance une bonne idée avec une autre qui rappelle les vielles habitudes de Snyder, et l'ensemble ne marche pas vraiment. Ce n'est pas une purge comme les précédents, mais ça n'est pas réussi pour autant. Les personnages sont pour la plupart balancés là en vrac (vous avez compris quoi que ce soit du passage par Atlantis ? C'est franchement raté et illisible), le rythme est foireux, donc le tout a du mal à tenir sur ses deux pieds.

Mais voilà, on est des grands enfants, donc ça fait toujours quelque chose de tous les voir agir ensemble (même s'ils passent la moitié du film à y être forcé plutôt que de maîtriser quelque chose). Les répliques échangées sont maladroites, les héros ne s'apprécient pas, mais on a quelques moments de grâce au détour d'une réplique ou d'une image. Il faut malheureusement attendre une des scènes post-générique pour voir des héros heureux (deux), agissant ensemble, et donnant vraiment espoir. Ce n'était pourtant pas difficile à faire : il suffisait d'adapter point par point le premier volume de la série de Geoff Johns lors des New 52...

Du coup, maintenant, la Warner a tout pour réussir l'avenir de ses films. Son univers est établi, les menaces futures sont là, et ils peuvent se démarquer du style envahissant de Snyder. Pitié, faites des films que j'ai envie de montrer à mon fils. Je suis impatient de lui montrer les Marvel parce qu'ils réalisent des films de gosse, mais là, Justice League n'est pas sur la liste. Je suis sûr que les prochains y seront.

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