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Star Wars : Les Derniers Jedi

Vers un nouvel espoir

Cela fait deux ans que nous attendions la suite de Le Réveil de la Force, premier film de cette nouvelle trilogie de l'univers Star Wars. Mené par Rian Johnson, ce huitième épisode répond à de nombreuses questions laissées en suspens tout en emmenant la saga créée par George Lucas vers de nouveaux horizons. Dans ce sens, Les Derniers Jedi est un film dense, riche et passionnant. Voici, notre critique du film garantie sans spoilers.

Star Wars: Les Derniers Jedi

Par Rian Johnson • Avec Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Adam Driver,  Mark Hammill, Carrie Fischer, Kelly Marie Tran, Peter Mayhew, Andy Serkis, Laura Dern, Benicio Del Toro...
Les héros de Le Réveil de la Force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé...

Je suis de ceux qui étaient impatients de voir ce 8ème épisode de Star Wars parce que j'ai rudement aimé le précédent. Même si je déplore le classicisme du schéma emprunté, celui même qui a fait le succès du premier film de la licence, la modernisation du thème et les nouveaux personnages m'avaient en revanche séduit. J'étais sorti du cinéma avec un sourire collé au visage parce que j'avais retrouvé tout ce que j'avais aimé dans la première trilogie de la saga de George Lucas. Par contre, je ne suis pas certain que j'aurais été capable de pardonner de la même manière Les Derniers Jedi s'il avait utilisé l'exact même schéma que L'Empire Contre-Attaque - avec des éléments de Le Retour du Jedi - comme le laissait supposé le trailer.

Sauf que Lucasfilm a maîtrisé sa communication jouant sur la fibre "nostalgeek" plutôt que de dévoiler l'intrigue de son film. Ni même sa forme ne laissait paraître dans ces premières images. Et c'est tant mieux puisque le film de Rian Johnson ne ressemble à aucun autre film de la saga. Pourtant, le réalisateur conserve l'essence et les codes de Star Wars ainsi que son découpage en plusieurs volets bien distincts. Mais même sur le point, nous avons le droit à une particularité. Habituellement, les films Star Wars sont divisés en 3 parties bien distinctes avec l'habitude d'avoir la deuxième du milieu de la trilogie qui sépare les héros et les héroïnes. Johnson utilise ce principe mais son film devient trois arcs narratifs avec chacun ses trois parties et tout cela se croise et s'influence plus ou moins gracieusement.

Chacun de ses trois arcs narratifs correspond à l'un des personnages que nous avons découvert dans le film de J.J. Abram : Rey (Daisy Ridley), Poe Dameron (Oscar Isaac) et Finn (John Boyega). Si comme moi, vous avez aimé ces personnages, dans ce film, ils sont plus travaillé, plus profonds - moins lisses pour d'autres. Johnson s'intéresse surtout aux faiblesses de chacun. Poe est certainement celui qui la droit à le plus d'installation. Nous connaissions déjà sa loyauté à la cause et au Général Leia Ortaga (Carrie Fisher) mais nous ne le découvrons tête brûlée. Finn est un égoïste malgré sa gentillesse. Le fait d'être accompagné de la nouvelle venue, Rose (Kelly Marie Tran), est plutôt malin dans le sens où ils ont un caractère opposé mais tous les deux sont animé•e•s par la même volonté de bien faire. Enfin, le réalisateur nous montre que Rey un personnage faillible qui n'hésite jamais à sauter la tête la première mais sans jamais trop savoir où elle met les pieds.

Forcément, Rey a un rôle plus important dans la saga Skywalker que cette nouvelle trilogie semble clôturer. Elle se retrouve entre deux membres de la lignée, Luke Skywalker (Mark Hammill) et Kylo Ren (Adam Driver) et l'histoire va demander à la jeune fille de faire un choix entre les deux. Il ne s'agit seulement d'une lutte entre le côté lumineux et le côté obscur, Johnson fait quelque chose de plus subtile et qui n'a rien à voir avec ce que nous avions vu dans Le Retour du Jedi. D'autant plus, que le réalisateur répond à la question que tout le monde se pose : qui est Rey ? La réponse étonnera plus d'un mais ce n'est pas tant celle-ci qui importe mais sa signification et surtout le discours tenu à travers celle-ci.

Autant le dire de suite, Les Dernies Jedi est un film politique qui transpose les tares de notre société dans une galaxie très lointaine où des gens s'affrontent à coups de sabre-laser. Cela fait partie intégrante de la saga de George Lucas avec le parallèle évident entre L'Empire et le Nazisme ou, encore, le discours féministe à travers Leia. Cette posture politique ne vient pas effacer l'aventure et ne prend pas une énorme place puisque le discours est diégétique. Par exemple, nous voyons que la guerre entre Le Premier Ordre et la Rébellion n'est pas la préoccupation de toute la galaxie. Il y a un discours évident sur la lutte des classes et un autre qui porte un regard féministe sur notre société sans jugement.

Ce discours politique ne gâche en rien le spectacle, il est là, il existe et il est typiquement de ceux qui marqueront nos petites têtes blondes par sa simplicité et qui font avancer les choses doucement comme la saga de George Lucas l'a été dans son temps.

A côté de ça, Les Derniers Jedi est un film à grand spectacle avec des scènes spatiales grandioses et certaines qui sont plus en retenue. Mais toutes ces scènes ont un but, un seul, montrer ô combien la Rébellion est faible face au Premier Ordre. Les héros et héroïnes sont très clairement désespérés ; Rey, Finn et Poe, en tête, feront des ensembles de mauvais choix montrant autant leurs faiblesses et les marqueront très certainement pour le prochain chapitre. On a peur pour eux, très souvent en tout cas. Johnson installe dès les premières minutes de son film une tension palpable et oppressante pour le spectateur. Il faut dire qu'il mise sur l'humain avant-tout, montrant ces femmes et ces hommes près à tout pour leurs causes. Et si le grand spectacle est bien là, il est d'autant plus impressionnant grâce aux actions chevaleresque des protagonistes.

D'un côté technique, le film est donc impeccable. Il y a des idées géniales de mise en scène, des effets spéciaux très réussis dans sa majeure partie - il y a tout de même deux scènes qui piquent les yeux. Pour une fois dans un Star Wars, je n'ai pas l'impression que eu l'impression que la musique rajoutait un côté épique, elle se trouve au même niveau que l'image, toujours raccord et bien placée. Les acteurs et les actrices jouent bien, la direction est exemplaire.

Mais, nous le savons ce qui nous intéresse dans tout cela n'est pas forcément le discours politique - pourtant bien venu - ni cette lutte entre la Rébellion et le Premier Ordre - même si l'angle d'attaque est rudement intéressant. Non, nous voulions en savoir plus sur Rey, sur Kylo Ren, sur Finn, sur Luke Skywalker et sur le méchant Snoke (Andy Serkis). Nous terminons le film avec la majeure partie des réponses souhaitées - quelle nous convienne ou non. A vrai dire, je suis sorti de la salle avec presque toutes les informations que j'avais besoin et seulement trois questions en tête - dont deux nouvelles. La seule que je vous révélerai est sans spoilers : que va-t-il se passer dans l'Episode IX ? Très clairement, il y a une grande ouverture vers la suite avec surtout l'impression que tout ce qui fallait être installé l'est.

En ce qui concerne Luke Skywalker, le personnage a évolué pourtant nous retrouvons le personnage qu'il était dans la trilogie initiale : un personnage simple avec l'ambition de faire le bien autour de lui mais qui perd pied dès que la situation s'emballe. Sa relation avec Rey est inattendue puisqu'il refuse de la former, il préfère la faire changer d'avis. Forcément, il y a des leçons à en tirer mais, il y a quelque chose qui se construit au fur et à mesure.

La relation la plus intéressante est celle entre Rey et Kylo Ren qui évolue grandement. Elle est subtile et prend des proportions inattendues. Le second montre grâce à ça à la fois sa supériorité face aux autres Jedi ou Sith déjà vus mais aussi qu'il reste un gamin têtu. Les deux personnages ne seront en tout cas pas les mêmes avec ce qu'ils ont pu vivre dans ce film. En tout cas, Kylo Ren gagne en profondeur et devient l'un des méchants les plus subtiles et intéressants de la pop-culture.

Enfin, le rôle de Snoke prend de l'importance. Nous découvrons le personnage mais aussi sa puissance et comment il influence le destin de chacun. Difficile d'en parler plus sans en dévoiler d'avantage, et c'est dommage, j'ai beaucoup de choses à dire sur lui. En tout cas, son emprise sur le destin des uns et des autres est très réussie. Tout comme j'avais l'impression que J.J. Abrams avait écrit un bon Anakin Skywalker avec Kylo Ren, Johnson écrit un vrai bon Palpatine, maître qui agit dans l'ombre.

Le film est bourré de surprises et de coups de théâtre incroyables. Même si nous connaissons l'univers, le fait de laisser planer quelques zones d'ombre sur les événements passés depuis la première trilogie apporte de la fraîcheur et l'envie d'en savoir plus. Il y a aussi les clins d'œil à la saga originale qui sont plus subtiles que dans le film d'Abrams. La scène avec le couché de soleil parlera aux fans hardcore de Star Wars mais n'arrive pas lourdement.

Malheureusement, le film n'est pas parfait. Le film est très dense et très généreux, ce qui est plutôt un compliment, mais pour diluer tout cela, Johnson a opté pour un rythme soutenu. Du coup, on passe régulièrement d'une scène à une autre avec un petit twist ou un cliffhanger comme avant une coupure publicitaire dans une série télé américaine. C'est une manière assez pauvre de maintenir l'intérêt même si pas mal de fois, cela fonctionne, parfois cela est très artificiel. L'autre problème est la gestion de l'humour : il y a beaucoup de scènes vraiment drôles - et qui ne cassent en rien les effets dramatiques - mais elles sont parfois mal intégrées à l'ensemble, moins bien que le placement porg quasi systématique au début du film (mais ils sont si mignons que je pardonne Lucasfilm).

Les Derniers Jedi restent tout de même une grande réussite. En effet, dans mon esprit, il ne détrône pas L'Empire Contre-Attaque que j'ai vu 100 fois - et qui est devenu mon film Star Wars préféré longtemps après l'avoir vu la première fois - mais, j'ai une grande envie de le voir et le revoir afin de voir toutes les subtilités. Il a aussi un travail absolument remarquable sur les héros et les héroïnes que ça soit ceux de la précédente trilogie ou les nouveaux. Et puis, il y a les nouveaux personnages comme Rose qui est sympathique dès sa première apparition ou DI (Benicio Del Toro) qui apporte de l'humour mais aussi qui symbolise le message du film : tout n'est pas manichéen, rien n'est tout blanc ni tout noir, le monde est fait de nuances de gris.

Aussi, et il ne faut pas l'oublier, le film est un hommage vibrant à Kenny Baker, interprète original de D2-R2, mort en 2006 et, surtout, à Carrie Fisher qui, elle, a joué dans le film. Si elle explose à l'écran plus d'une fois, le montage final la valorise encore plus. J'ai même l'impression qu'une scène a été revue spécialement pour honorer sa mémoire. En tout cas, il y a des moments touchants qui marqueront les fans de celle qu'on appelait autrefois Princesse Leia.

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