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Jupiter's Legacy: Book One

Après leur passage remarqué sur The Authority, Mark Millar et Frank Quitely se retrouvent sur une création originale, Jupiter's Legacy. Le scénariste écossais aime présenter sa série comme l'histoire de super-héros ultime. Comme d'habitude, il ne fait pas dans la demi-mesure ni dans l'humilité mais il a au moins le mérite de nous livrer quelques chose d'à part.

Après la crise de 1929, Sheldon Sampson avait perdu foi en le système. Le capitalisme montrait déjà ses failles. Un jour de 1932, il organise une expédition vers une île mystérieuse afin de sauver son pays. En effet, c'est dans un rêve qu'il a vu que c'était la solution à tous les problèmes. Quatre-vingt un ans plus tard, Sheldon est devenu The Utopian, le plus grand des super-héros. Il est marié et continue son combat avec son équipe avec qui pourtant il ne partage pas la même vision de comment ils pourraient sauver l'humanité. Il a aussi deux enfants : Brandon, alcoolique et nihiliste, et Chloé, droguée, coqueluche des tabloïds et elle sort avec le fils du pire ennemi de son père. Il ne suffirait que d'une simple allumette pour faire exploser tout cela, et c'est Walter, le frère de Sheldon, qui la tient dans sa main.

Ce premier tome recueille les 5 épisodes de la série publiée jusque-là, des épisodes qui sont sortis entre 2013 et 2015, un écart qui n'a pas aidé la lecture au format single. En album, et comme bien souvent avec les œuvres de Millar, Jupiter's Legacy se dévore. Faut dire que plus les épisodes avancent, plus l'histoire devient prenante avec des personnages de plus en plus intéressants. Pourtant, l'intrigue a du mal à se mettre en place tellement le scénariste semble s'égarer en jouant la provocation. Au final, j'ai l'impression que ces 5 épisodes pointent du doigt à la fois toutes les qualités d'écriture de Millar et tous ses défauts.

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J'ai pu lire ci et là que Jupiter's Legacy était le Watchmen d'Alan Moore. Sincèrement, il s'agit d'une comparaison facile entre deux séries qui ont une conscience politique mais cela revient à vous montrer du thon et vous dire que c'est du poulet. Pourtant, si on veut jouer au jeu des comparaisons, il est possible de dire que cette série a l'essence de Kingdom Come, la célèbre saga de Mark Waid et Alex Ross, à laquelle il faut rajouter la sauce Millar. Pour être plus exact, Jupiter's Legacy pourrait être une préquelle possible - une sorte de What If - de la mini-série de DC Comics. On y retrouve ainsi un conflit générationnel avec The Utopian à la place de Superman et Brandon au lieu de Magog et, il y a la différence de vision entre les aînés près à tout pour améliorer la vie de la population. Sur cet axe-là, Walter serait Batman.

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Comme je l'écrivais plus haut, nous retrouvons les thèmes récurrents de Millar dans Jupiter's Legacy. À l'instar de Superman: Red, Superior ou The Authority, il s'interesse à la déontologie des super-héros, quelle responsabilité doit avoir les êtres capables de sauver le monde. On retrouve aussi la déchéance de l'être corrompu par le pouvoir et le nihilisme de Brandon fait penser au Tony Stark des Ultimates. Enfin, il y a une partie politique intéressante - somme toute légère. Mais, Jupiter's Legacy est surtout une histoire de famille avec un père absent, une mère qui essaie de rester neutre, un fils avec beaucoup de rancœurs et une fille perdue. Et puis, le tout évolue puis mûrit.

Si les deux premiers épisodes ont pu me laisser pantois, le troisième est charnière amenant aux deux derniers épisodes de l'album qui sont radicalement différents dans leur approche. Moins sulfureux, plus humains, Millar montre que lorsqu'il faut être dans l'émotion, il est bien meilleur. En effet, lors de la première partie, il est dans la provocation facile avec ces filles faciles en quête de notoriété, les drogues étranges et les scènes gores. Sur la seconde, nous avons plus d'empathie avec les personnages et c'est ce qui manque lors du push des super-héros face à leur chef. The Utopian n'est montré que d'un point de vue négatif, sans aucun relief mais, surtout, le fait que tout le monde le déteste semble tomber comme un cheveu sur la soupe. Mais, par la suite de l'histoire, nous nous rendons compte qu'il ne s'agit que d'une mise en contexte et que les véritables héros ne sont pas ceux que nous pensions.

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Alors, certes, on tourne les premières pages sans réelle empathie pour les personnages, jugeant parfois la facilité de Millar, mais la mise en scène en grandiose. Il est pourtant dommage que Millar impose à Quitely le format avec de larges cases comme le widescreen du cinéma. Avec Grant Morrison, le dessinateur offrait des cadrages aussi élégants qu'originaux. Oh, il s'en sort très bien avec la mise en page "millardienne". Faut dire qu'il ne manque pas d'idées que ça soit avec la mise en image du pouvoir psychique de Walter, mais aussi de la fuite de Chloé et de son copain à travers le monde (ma scène préférée) ou celle de l'ancienne super-vilaine Skycrapper. Et il y a celle de Millar également dont la scène dans laquelle Walter va voir Brandon rappelant celle de Palpatine corrompant Anakin dans Star Wars Episode III. Il y a aussi celle sur la Lune qui est autant magistrale dans sa simplicité que pleine de tendresse.

L'album se termine avec un cliffhanger qui donne envie de lire la suite. Pour le moment, nous devons nous contenter de Jupiter's Circle, une préquelle montrant le Silver Age de cet univers. J'espère tout de même que la suite ne se fera pas trop attendre.

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Image Comics • Par Mark Millar & Frank Quitely • $9.99
Si le début du récit pointe du doigt tous les défauts de Millar (violence gratuite, nihilisme à outrance...), la suite montre un scénariste plus axé sur ses personnages offrant un récit plein d'émotions rattrapant largement tous les défauts de la première partie. Le tout est accompagné de la mise en scène impeccable de Frank Quitely. Lecteurs V.F., sachez que Jupiter's Legacy arrive chez Panini en janvier 2016, ne le ratez pas.