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C'est un Oiseau

Urban Comics publie une oeuvre atypique, C'est Un Oiseau dans lequel Steven T. Segale et Teddy Kristiansen nous montrent comment faire une histoire de Superman sans Superman et réaliser un chef d’oeuvre.

Ma première lecture de C’est Un Oiseau est resté un souvenir très fort. À l’époque, je n’étais pas encore un grand lecteur de comics, et Superman me laissait indifférent. C’est toujours le cas d’ailleurs. Je comprends le symbole mais je ne pense pas qu’il ait encore le potentiel pour faire de grandes histoires. Plus maintenant.

Avec cette seconde lecture, je me rends compte que c’est exactement ce qu’en pensait Steven T. Seagle, le scénariste de C’est Un Oiseau. Et pourtant, à nouveau, je suis bouleversé à la lecture de cette oeuvre si personnelle et à l’opposé de tout ce qui a déjà été fait sur le personnage.

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Seagle (Ah oui au fait, pas l’acteur de film d’action des années 90 devenu shérif de sa ville et qu’une émission de télé-réalité suit pour le voir poser des PVs sur les pares-brises des vilains yankees qui garent leurs gros 4X4 sur les places réservées aux handicapés hein. L’autre. Celui qui a écrit beaucoup de comics et fait parti du collectif Man of Action, spécialisé dans les séries animés trop cools comme Ben 10, Ultimate Spider-Man ou Avengers Assemble. Le gentil quoi. Le vrai badass), Seagle donc, réussit à faire une histoire de Superman sans Superman. Il tourne autour, essaie l’apprivoiser comme un animal qu’il redoute mais qu’il admire en même temps.

À ce moment-là, il faut que je vous parle du scénario. On y suit un scénariste de comics dont l’éditeur lui propose de reprendre le personnage de Superman. Le graal pour n’importe quel écrivaillon du milieu en somme. Et pourtant, Steve (c’est le nom du personnage) n’est pas du tout emballé. La faute à son désamour pour l’homme de demain, qu’il considère comme un homme du passé, limite fasciste et surtout totalement incohérent. Mais il y a comme une seconde explication à ce refus. Une raison plus personnelle, liée à son enfance et à une maladie, courant dans sa famille, la maladie de Huntington.

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Et oui, je vous parle d’une histoire familial, intime. Pas de collants, pas d’actions (ah si pardon, y’a un coup de poing à un moment), pas d’enjeu politiques, mondiaux, ou galactiques. Non, ici tout n’est qu’introspection, et réflexion à propos de l’homme d’acier, de son histoire, de sa symbolique et de la place qu’il prend dans la vie de Steven T. Seagle (encore une fois, pas celui qui met des mandales. C’est autrement plus intéressant ici).

Avec Huntington en fil rouge, Seagle raconte d’autres instants de la vie de son personnage. Il nous fait vivre ces souvenirs en même temps qu’il cherche comment aborder une potentielle histoire de Superman à écrire. Et le résultat pour lui est dramatique, que ce soit sur le plan professionnel, familial ou même sentimental avec ce qu’il fait subir à sa petite amie. Seattle n’a pas peur de se faire passer pour le méchant. Si ce qu’il écrit (et c’est là que c’est brillant car on ignore à quel point cette oeuvre est autobiographique) est vrai, alors cette oeuvre est un témoignage implacable...

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Pour illustrer ce récit, Seagle a fait appel à Teddy Kristiansen, un dessinateur danois, avec qui il avait déjà travaillé sur la sublime série House of Secrets. Les deux artistes sont très liés et cela se sent. Il y a une osmose entre le scénario et le dessin comme j’en ai rarement vu dans une oeuvre à quatre mains. Le style est très pauvre en terme de couleur mais il joue sur les formes, les plans, et c’est percutant à chaque page.

couvC'est un Oiseau

Urban Comics • Par Steven T Seagle & Teddy Kristiansen • 15€00
Donc en résumé: pas de Superman, un scénariste tourmenté, une maladie héréditaire dégénérative et des dessins d’une force époustouflante. C’est un Oiseau, c’est une merveille.