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Crisis on Infinite Earths

En juillet dernier, Urban Comics sortait en France le célèbre événement qui a bousculé le DC Universe au milieu des années 80, Crisis On Infinite Earths. Il y a eu un avant et un après à la maxi-série de Marv Wolfman et George Perez et vous avez l'occasion de comprendre pourquoi dans cette édition française.

Il me semble impossible de parler de Crisis On Infinite Earths sans parler de DC Comics en lui-même. Lors de la mise en place de son catalogue, l'éditeur n'avait pas pensé ses publications comme des pièces d'un univers partagé. Que ça soit Superman, Batman, Wonder Woman ou The Flash, chacun de ses super-héros évoluait dans son propre monde de manière indépendante. Des projets comme la Justice Society of America ont été lancés très rapidement regroupant plusieurs personnages dans des aventures communes. Au fil des années, la catalogue a évolué proposant à la fois des séries qui se déroulaient dans un univers partagé et d'autres qui se déroulaient dans des univers uniques. Le vice étant qu'au Silver Age DC a fait des histoires et des héros du Golden Age des personnages d'une Terre parallèle à celle de ses héros principaux. Le concept de Earth-One et de Earth-Two apparaissent en 1961 lorsque le Flash de l'époque (Barry Allen) rencontre celui du passé (Jay Gardener). Dans le même ordre d'idées, DC achète le catalogue d'autres éditeurs qu'il ajoute à son univers mais sans les intégrer à Earth-One plutôt en créant de nouvelles Terres. Il y a aussi les univers créés par Jack Kirby que ça soit celui des New Gods ou celui de Kamandi qui ne sont pas intégrés à Earth-One.

En résumé, DC Comics était alors une mosaïque d'univers qui pouvaient se croiser mais qui n'étaient pas destinés à être cohérents. Pour être plus claire, si la plupart des grands héros de l'éditeur - à savoir Superman, Batman, Wonder Woman, Flash et Green Lantern - vivaient dans le même monde, Captain Marvel, Jonah Hex, Kamandi, Sergent Fury, Blue Beetle mais aussi les versions de Golden Age des héros emblématiques vivaient eux dans des univers parallèles.

Le but initial de Crisis On Infinite Earths est de faire le ménage en rassemblant tous ces univers, présentés chacun en Terres différentes et numérotées, afin de ne créer plus qu'un seul simple et cohérent, ressemblant à celui de son concurrent mais sans effacer complètement le passé et encore moins en reniant ses origines. L'histoire nous montrera que cela ne s'est pas passé comme DC l'aurait voulu mais, ce n'est pas la faute à Crisis On Infinite Earths qui fait le boulot nécessaire pour harmoniser l'impossible.

La saga est aussi un prétexte à mélanger tous les héros DC Comics des plus connus aux moins connus et de raconter une histoire épique. Les Terres qui composent le Multivers sont détruites les unes après les autres par une vague d'anti-matière. Celle-ci avance vite et le multivers est vite ramené à peau de chagrin. Un être étrange, le Monitor, rassemble alors une poignée de héros issus de différents univers pour leur expliquer la situation ; que le Multivers est en train d'être détruit par un personnage appelé Anti-Monitor et que le temps presse. Il leur demande alors d'aller activer des dispositifs que le Monitor a installé un peu partout dans le multivers qui devrait contenir la vague d'anti-matière pour un temps. Cela n'est que le début d'une épopée qui emmène les super-héros de mondes différents à agir ensemble contre une menace qui les dépasse et à tenter de sauver ce qui reste de leur Terre respective.

En tant que telle, la maxi-série de DC devient forcément une pièce importante de la construction de l'univers de l'éditeur puisqu'elle est autant une fin, un début et, surtout, un renouveau. Et, derrière tout ça, Marv Wolfman, chef d'orchestre de tout cela, s'amuse. Il s'agit d'ailleurs de son fantasme de faire se rencontrer tous ces héros dans une même histoire. Comme il l'explique dans la préface depuis le milieu des années 70 il tente de vendre à ses éditeurs un tel projet. Il faudra attendre 1985 pour que DC Comics accepte d'en réaliser un. Il faut dire qu'en plus du ménage à faire parmi ses publications, Wolfman est un scénariste très en vogue. Il est le scénariste de New Teen Titans - dessiné par George Perez qu'on retrouve ici, un titre que le public a tendance à appeler "les X-Men de DC" en comparant ce run à celui de Chris Claremont et John Byrne sur les mutants de Marvel. Ce n'est pas rien !

Crisis On Infinite Earths prend forme en une maxi-série de 12 épisodes qui sont publiés entre 1985 et 1986. Bien que l'histoire s'auto-suffise, il y a des épisodes périphériques que vous trouverez dans Crisis on Infinite Earths, Le Compagnon mais, cela reste dispensable d'autant plus que la qualité n'est pas forcément au rendez-vous. De plus, l'histoire est assez complexe comme ça.

Complexe ne veut pas dire inaccessible. Le premier épisode est très bien pensé pour à la fois montrer le contexte, introduire de nouveaux personnages qui joueront un rôle important par la suite mais aussi rassembler des héros qui ne sont pas forcément les plus connus et de donner envie au lecteur de poursuivre l'aventure. Les épisodes qui suivent alternent les points de vue avec les héros mandatés par le Monitor, ceux qui tentent de repousser la vague d'anti-matière et les ombres envoyées par l'Anti-Monitor afin de sauver leur monde. Les épisodes se densifient jusqu'à ce qu'un élément important change le cours de l'histoire. Elle se centralise alors mais conserve des moments épiques et qui sont devenus cultes chez n'importe quel fan de DC Comics, notamment la mort de Supergirl montrée sur la couverture de l'album. Wolfman ne s'interdit rien comme le prouve l'alliance entre super-vilains qui était complètement inédite à l'époque mais, aussi et surtout, le destin de Barry Allen.

Ce qui est encore plus remarquable est la construction de la saga. Chaque interrogation trouve une réponse plus tard mais toujours au moment venu. Par exemple, nous expliquer ce qui arrive à Barry Allen en début de saga aurait tout simplement tué l'effet dramatique et, surtout, nous enlever toute l'évolution de personnages et comment il en est venu à faire ce choix. L'avant-dernier épisode est aussi intéressant dans sa forme avec l'action qui se déroule et, sur chaque page, nous avons le droit à une lettre d'amour à l'univers DC dans toutes ses formes par Wolfman. Une case en noir et blanc nous montrant des personnages prêts à tout pour se sauver leur univers et cela apporte un grand plus à l'action principale et la conclusion de ce numéro est d'autant plus belle et marquante.

George Perez est le dessinateur qu'il fallait pour cette saga. Il est capable de dessiner une multitude de personnages sur une même page et leur donner vie. Chacun d'entre eux est différentiable des autres grâce à la composition très travaillée des pages. Rarement le mot "épique" n'aura pris autant forme.

En sortant Crisis on Infinite Earth, Urban Comics a mis les petits plats dans les grands. Non seulement ce tome compile les 12 épisodes de la saga culte mais en plus, il y a une pléiade de bonus avec History of the DC Universe qui tente de raconter l'histoire du "nouveau" DC après les conséquences de la maxi-série ainsi qu'une "untold story". Il s'agit donc d'un pavé de 544 pages - ce qui rend l'album pas si cher - et que vous allez prendre votre temps de lire.

Crisis on Infinite Earths

Urban Comics • Par Marv Wolfman & George Perez • 35€00
Si vous voulez découvrir l'univers DC, cet album est à éviter puisque vous risquez d'être perdu facilement vu le nombre de protagonistes. Pourtant, les enjeux sont clairs et les situations bien expliquées. Ceci est en tout cas une pièce maîtresse des comics tant par son ambition éditoriale que par sa qualité d'écriture et de dessins. C'est donc une oeuvre que n'importe quel fan de comics aguerri se devra de lire un jour.