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East of West Volumes 1-3

Alors qu'il est en train de détruire les univers Marvel, Jonathan Hickman prend aussi le temps d'écrire une série pour Image ComicsEast of West, épaulé par Nick Dragotta. Que vaut cette série qui mélange allègrement western, science-fiction, et religion ?

Je dois avouer que j'avais toujours regardé les numéros d'East of West de très loin, jamais vraiment prêt à franchir le pas. Hickman me fascine chaque mois sur mes super-héros préférés, mais je n'ai jamais vraiment aimé les Westerns, donc cette série ne me motivait pas. J'ai tout de même franchi le pas, au moins avec les premiers numéros, et j'ai rattrapé tout mon retard en une journée. C'était grandiose.

East of West

East of West est ce qu'on appelle une uchronie, une histoire basée sur notre monde, mais dans laquelle un événement passé a eu des conséquences sur le futur : Le Maître du Haut-Chateau de Philip K. Dick en est une (l'Allemagne Nazie aurait gagné la guerre, et le monde est changé).

Ici, c'est à un moment de la Guerre de Sécession que l'Histoire a été radicalement modifiée : alors que les Etats-Unis étaient déchirés sur la question de l'esclavage, une mystérieuse explosion a rasé une partie du continent, forçant les survivants à signer une armistice précaire. Divisé en sept Etats, l'Amérique du Nord est plus divisée que jamais, avec des pays rappelant l'Histoire Américaine : une nation "indienne/native américaine", une nation d'afro-américains, une nation japonaise, et des cow-boys futuristes au milieu.

En plus de ça, la religion est un élément central de cette société, suite à une prophétie, devenue livre sacré. Et comme cette prophétie l'annonçait, les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse parcourent le continent américain pour semer la désolation.

Sauf qu'ils ne sont pas quatre, mais plus que trois, vu que "Mort", un des cavaliers, les a laissés tomber, et mène sa propre quête de vengeance, contre ses anciens partenaires et ceux qui l'ont laissé pour mort après lui avoir tout pris, femme et enfant.

East of West

 

C'est compliqué ? C'est normal, il y a énormément d'intrigues dans cette série, et Hickman jongle avec toutes, parfois au sein même d'une page, pour les entrecroiser et faire passer son message. Si vous aviez trouvé ses séries Avengers complexes, préparez-vous à avoir très mal à la tête, parce qu'il y a énormément de personnages, d'intrigues, de non-dits, de machinations, et on peut très bien passer deux numéros sans voir les personnages principaux.

Le casting du début de la série s'est étoffé au fur et à mesure qu'on avance, et on se retrouve à la fin du troisième volume (soit le 15ème numéro) avec au moins quatre intrigues principales, une cinquième qui s'ouvre sur la (grandiose) dernière page, et autant de sous-intrigues qui ne demandent qu'à exploser. Pourtant, et c'est probablement parce que la série est adaptée à la lecture en trade (comme à peu près tout ce que fait Hickman), tout est parfaitement compréhensible, bien amené, et logique dans la progression. Le début est très mystérieux, mais au fur et à mesure que les pièces du puzzle s'emboîtent, on voit vers quoi Hickman veut nous emmener, et ça semble grandiose.

East of West

Il y a en plus une ambiance remarquable dans cette série, grâce au mélange des atmosphères. C'est très certainement lié à l'alchimie avec son dessinateur, mais le scénariste arrive à construire un univers vaste, mystérieux, et terriblement alléchant pour la suite. Les dialogues oscillent entre les discussions philosophiques et religieuses, les grandes tirades dignes d'un western, mais aussi la science-fiction et l'horreur, et il n'y a jamais d'overdose.

Aucun personnage n'est vraiment attachant, vu qu'ils sont tous plus ou moins mauvais et violents. On prend par exemple un plaisir fou à détester les Cavaliers de l'Apocalypse, véritables monstres de sadismes et d'horreur, et les machinations politiques des pourris qui dirigent le continent sont délectables. Ça déborde de complots, de trahisons, et de violence, mais c'est aussi mené finement, avec une importante réflexion de l'auteur sur les dangers du pouvoir. L'écriture de l'auteur est fine, cryptique, mais les réponses arrivent plus vite que dans ses séries Marvel, et le lecteur est moins frustré.

Pour l'épauler, il retrouve Nick Dragotta, qui l'avait accompagné sur la série Future Foundation, chez Marvel déjà. On retrouve toujours son trait très cartoon, voire enfantin sur les visages, qui crée un contraste avec l'histoire et la violence ambiante. C'est très vif, énergique, et très cinématographique. Par ailleurs, l'univers développé est fascinant, vu que l'artiste digère aussi bien ses influences de la SF, du western, mais aussi de l'horreur. Les premières pages du premier tome sont disponibles par ici, ainsi que celles des deux tomes suivants. Par contre, les previews spoilent beaucoup, donc restez sur celle du premier volume.

coverEast of West - Vol. 1-3

Urban Comics • Par Jonathan Hickman & Nick Dragotta • 15€00 le volume
Ne vous faites pas avoir, et prenez directement les trois volumes pour vous épargner de longues heures d'attente. Hickman monte tout seul un univers complètement dingue, où il peut pleinement se lâcher : c'est son bébé, et peut-être un de ses travaux les plus honnêtes, en plus d'être une excellente série.