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Golem

Golem est un roman graphique italien de LRNZ, Lorenzo Ceccotti de son vrai nom, qui nous plonge dans un univers dystopique riche, efficace et surtout très bien pensé. De l'anticipation comme on l'aime.

Italie, 2030, l'Eurasie forme désormais un seul et même continent qui offre à ses habitants tout ce qu'ils peuvent désirer : il suffit de quelques clics sur une table pour avoir à manger, tout le monde peut s'offrir le dernier cri des smartphones (un petit appareil ressemblant à nos kits mains libre actuels) et la société s'évertue à divertir et à combler ses habitants. Un monde idyllique en somme, où les grandes compagnies sont à vos petits soins afin que vous ne manquiez de rien. Vous êtes leur priorité.

L'anticipation a le vent en poupe ces dernières années et le genre nous laisse entrevoir un peu trop souvent des univers vaguement crayonnés, potentiellement intéressants mais au final plutôt simplistes et frustrants : ça n'est définitivement pas le cas de Golem. Les premières pages nous embarquent directement et cette présentation de la société moderne italienne foisonne de détails qui nous charment autant qu'ils nous mettent mal à l'aise. L'abondance en appelle à notre capacité à douter, quelques détails des décors achèvent de nous alarmer : rien n'est jamais aussi beau que ce que les politiciens de Golem prétendent.

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La principale critique que l'on peut faire à cette œuvre tient en deux mots : trop courte. Mais attention, pas trop courte parce qu'on en voudrait plus (bien que, oui, aussi), trop courte parce que certains passages de la narration sont trop rapidement expédiés alors que leur potentiel méritait un meilleur traitement, quelques pages en plus. Les scènes d'action donnent parfois dans le bordélique, les événements s'enchaînent trop vite, au risque de perdre des éléments pourtant importants et qui ajoutent à la richesse de l’œuvre. Pour ces mêmes raisons cependant, ce sera un plaisir que de lire Golem deux ou trois fois, pour y voir tous les détails, toutes les références, pour en comprendre tous les enchaînements. Le genre veut cela aussi, bien sûr, on ne peut pas se permettre de lire V pour Vendetta une seule fois et penser en avoir tout saisi. Du coup on pardonne facilement à Golem ce petit travers tant on sent que l'auteur était capable de faire quelque chose de cet acabit, oui de l'acabit de V, tant on sent l'influence d'Alan Moore sur la réflexion derrière l’œuvre. Encensé par Jonathan Hickman et par la critique, Golem n'est pas parfait mais n'en est pas si loin.

Le style graphique de l'auteur mêle à merveille ses influences : comics, mangas, BD européenne, tout y est et c'est vraiment beau. Car oui, en plus de jouir d'un univers fouillé et passionnant, Golem est beau, parfois même magnifique. D'ailleurs, l’objet lui-même est original puisque le pavé se pare d'une couverture souple dont l'illustration est en fait un très large bandeau ajouté par dessus. Pour 24,95€, Glénat ne se moque pas de son lectorat, pas de coquille en vue, un papier de qualité et une belle finition. Golem se possède avec autant de plaisir qu'il se lit.

Golem

Glénat Comics • Par LRNZ • 24€95

Une dystopie bourrée d'action, généreuse dans ses idées et à la narration implacable. Parfois trop rapide, Golem a le potentiel d'une grande œuvre au style graphique riche et hyper-référencé. Un objet qui vaut la peine d'être possédé et mis en valeur. Quelques défauts mais tout de même une très bonne lecture qui semble faire l'unanimité dans tous les pays où elle a été publiée.