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Le Dernier Arpenteur des Sables

Nouveauté sur le site/blog avec des critiques qui concernent des comics qu’on n’aurait pas forcément catégorisé comme tels. Aujourd’hui, on parle d’insectes avec une petite pépite d’aventure Le Dernier Arpenteur des Sables de Jay Hosler.

Imaginez.

Vous avez 13 ans et vous êtes en train de lire Les Fourmis de Bernard Werber. Pour vous, à ce moment-là, c’est évident, c’est la plus grande histoire jamais écrite. Y’a de l’action, c’est drôle, ça vous donne envie d’écraser la ligne de fourmis au fond de votre jardin et surtout, cette grande réflexion sur notre société à travers le prisme de ces petits animaux trop mimis est si juste, si cynique ! Quelle impertinence.

Quel génie ce Bernard, qu’on l'intronise Dieu de la littérature, que Pivot reprenne du service pour vanter ses mérites, qu’on le canonise bordel !

Maintenant rouvrez vos yeux d’adultes et imaginez si tout cela était toujours vrai.

Depression
Voilà ce qu’est Le Dernier Arpenteur des Sables: Une version des Fourmis qui tient la route même plusieurs années après.

Le scénario est quand même assez différent parce qu’ici, exit les humains, le focus est sur un groupe d’insectes scientifiques qui tente une exploration en dehors des limites de leur ville (fonctionnant en autarcie complète) à la recherche d’autres formes de vies.

Plongez dans 300 pages d’aventure bien badass avec une troupe d’insectes hétéroclites mais ultra soudée, des ennemis au machiavélisme sans limite, des copains qui se rajoutent à la fête, des péripéties et des dangers qui amènent à un combat final épique digne des jeu vidéos des années 80.

L’autre aspect cool de cette BD: on y apprend des choses sur les animaux que l’on rencontre. Logique quand on sait que l’auteur Jay Hosler est en réalité entomologiste. Sans que cela soit complexe ou rébarbatif, il inclut dans son histoire des éléments réels qui font avancer les personnages.

Comme par exemple ce moment où pour récupérer de l’eau durant leur périple, l’équipe tend des toiles durant la nuit afin de récolter la rosée du matin. Les toiles sont de la même matière que la carapace d’un des personnages et c’est comme cela que cet insecte s’abreuve véritablement dans la nature.

Pour ceux qui voudraient approfondir, Hosler complète son récit avec près de 15 pages de notes situées à la fin de l’album. Anecdotes, références, et informations sur telle ou telle espèce, c’est une mine d’information passionnante de la part d’un auteur passionné.

Mais ne prenez pas peur, on est pas tout le temps dans l’apprentissage, y’a aussi un des membres du groupe qui se trouve être un robot avec un jetpack.

UN JETPACK QUOI !

UN JETPACK QUOI !

Et au milieu de tout ça, Hosler parvient à tisser en toile de fond une critique sociale sur la vie en autarcie, la religion et l’obscurantisme. C’est certes déjà vu mais c’est juste et bien fait. Les plus jeunes pourront passer à côté mais cela résonnera forcément plus pour les vieux briscards que nous sommes.

Mais assez parlé du scénario, place aux dessins.

C’est de la BD tout de même !

Tout l’album est réalisé dans un sublime noir et blanc qui pourrait rappeler des oeuvres underground américaines comme celle de Charles Burns. Mais au service d’une histoire d’action, c’est un plaisir de tous les instants. Hosler est américain et n’hésite pas à emprunter la splash page à l’univers des comics pour des planches absolument dingues de détails et de gigantisme (renforcé par la petitesse de nos personnages). Autre emprunt aux comics, le chapitrage où chacune des fins nous laisse sur un cliffhanger bien prenant. Et dans la mise en scène, il y a un souci du dynamisme à chaque instant.
P175

Non, y’a pas à dire, on ne sait pas dans quelle fonction Jay Hosler est le meilleur: fan d’insecte, professeur passionnant, ou auteur de BD génial.

couvLe Dernier Arpenteur des Sables

Cambourakis • Par Jay Hosler • 22€00
Une saga épique tout public avec un message fort en toile de fond, impossible de ne pas penser au chef d’oeuvre Bone de Jeff Smith en lisant Le Dernier Arpenteur des Sables. Sans toutefois l’égaler, cet album mérite de ne pas passer inaperçu des fans de comics ou de bande-dessinée en général.