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The Authority : les Années StormWatch Tome 1

En prévision de la publication de la série culte The Authority, Urban Comics a la bonne idée de publier les épisodes de StormWatch écrits par Warren Ellis et qui introduisent au fur et à mesure les raisons de la création de l'équipe de Jenny Sparks. Il s'agit donc d'une lecture intéressante mais, il va falloir se faire violence pour se plonger dedans.

StormWatch est une équipe de super-héros créée par l'O.N.U. afin de combattre les plus grandes menaces de ce monde. Ces super-héros ont une base d'opérations dans l'espace, Skywatch, depuis laquelle Henry Bendix alias Weatherman One les commande. L'équipe de terrain est dirigée par Jackson King alias Battalion et elle s'est étendue ces dernières années afin de couvrir le plus d'événements possibles. Avec des événements récents[1], Weatherman décide de restructurer complètement l'équipe en format trois groupes d'interventions au buts différents. Il fait le ménage parmi les membres actuels et recrute trois nouveaux membres : Jenny Sparks, Jack Hawksmoore et Rose Tattoo. Mais, cela n'est que la partie visible de iceberg, les changements que veut faire Bendix sont bien plus profonds et pourraient avoir des conséquences mondiales.

La série nous ramène en 1996, époque durant laquelle l'industrie des comics hésitaient à conserver le super-héroïsme d'antan ou de radicaliser les héros dans des histoires grim'n gritty. Le succès fulgurant de Image Comics, 4 ans plutôt, avait vraiment changé le visage des comics mais, pas forcément dans le bon sens. Nous voyons de plus en plus de super-héros combattre bêtement les méchants et les éviscérer au détriment des personnages et de leur construction. StormWatch était ainsi une équipe de personnages interchangeables et souffrait terriblement de cet état de fait. Les personnages qui avaient une âme ou une construction finissaient par être extraits de l'équipe comme ce fut le cas pour Backlash qui a eu le droit à sa propre série.

Malgré un concept fort et un passage plutôt réussi de Ron Marz au scénario, la série peinait à trouver de l'intérêt. Mais, Wildstorm, le label monté par Jim Lee pour Image Comics - puis racheté par DC quelques années plus tard - était aussi en remise en question. S'il était responsable de cette vague de séries grim'n gritty, ses titres à succès n'étaient pas des séries décérébrées. Wild C.A.T.s. a eu le droit à une révision particulièrement réussie par James Robinson et Alan Moore a radicalement changé la tonalité de la série, créant un titre de super-héros mature, loin de la folie puérile de héros décapitant gratuitement des super-vilains, et l'autre succès est une série de teens plutôt fun et enjouée, Gen13. Il fallait donc que ses autres séries bénéficient d'un coup de dépoussiérage.

C'est là qu'arrive Warren Ellis, accompagné de Tom Raney, dessinateur superstar de l'époque ayant travaillé sur Uncanny X-Men et Infinity Watch. Ellis n'avait pas encore la notoriété de maintenant - qu'il s'est construite avec The Authority et Planetary - mais, les fans hardcore de comics connaissaient le talent du scénariste et étaient prêt à oublier son run en-deçà sur Excalibur. Et, c'est vrai que le changement a fonctionné dès les premiers épisodes. Personnellement, je me souviens parfaitement du numéro 38 de la série - deuxième histoire de ce volume - avec une ambiance plus urbaine, des personnages intéressants et les pouvoirs assez dingues de Jack Hawksmoore. La révolution promise était là et, je m'en souviens comme une grosse baffe qui m'a plus marqué que The Authority qui était, finalement, que la résultante d'années de mise en place.

Mais, du temps est passé entre ces épisodes et maintenant... Plus de 20 ans (*sic*), et la relecture de ces épisodes a été assez éprouvantes. Il faut dire que le premier chapitre nous perd complètement avec ce name dropping et des références à des histoires passées. Cela se passe sur quelques pages - Ellis ne se basera sur la suite quasiment que sur ses propres histoires - et l’enchaînement des histoires n'est pas très fluide. Je ne sais pas si c'est la lecture au format album qui apporte cela, mais nous n'avons pas l'impression que Ellis raconte une histoire mais plusieurs.

Il faut dire que chaque épisode est une enquête en one-shot. Le scénariste prend ses personnages - et ils sont nombreux - et raconte des histoires différentes ce qui permet de soit développer la personnalité des protagonistes - au moins ceux qui auront un rôle à jouer dans la suite - ou d'apporter des éléments à son histoire plus globale. Sauf que ces événements ne sont pas utilisés - ni même évoqués - dans l'épisode qui suit. Si Ellis utilise la même technique que Planetary, il ne la maîtrise pas encore et sa série en souffre.

Sauf que tout cela commence à prendre forme vers la fin de l'album avec l'excellent épisode 46 durant lequel l'équipe StormWatch se téléporte de bar en bar afin de passer une bonne soirée. Les plans de Bendix commencent à se dessiner. Autant vous dire, qu'on ferme ce premier volume sur notre faim. Et, c'est là que je me permets de parler de la suite des événements - chose que je m'interdis habituellement pour ne critiquer l'album en tant que tel, le second volume utilise tout ce que Ellis a mis en place depuis le début de ce run et ça devient assez dingue. Si vous connaissez en plus The Authority, vous verrez des personnages qui vous diront quelque chose. Alors, certes, ce premier volume des aventures de StormWatch est un peu long à lire parce qu'on ne voit pas où Ellis veut aller mais la lecture en vaut la peine parce que vous serez récompensés par la suite.

En revanche, d'un point de vue plus micro, chaque épisode a quelque chose d'intéressant à dire. Tout d'abord, Ellis est dans l'exercice de style - un peu comme sur Planetary - avec des épisodes qui utilisent des techniques narratives différentes. Il y a l'épisode composé uniquement de splash-page, celui qui fait référence au film Warriors, celui qui respecte les codes du polar, ou encore celui sur les origines de Jenny Sparks qui reprend tous les codes des comics des années 30 à maintenant - l'hommage à Watchmen est rudement drôle mais bien foutu. Ensuite, les résolutions de chacune de ces histoires ne sont jamais évidentes - les héros ne gagnent pas à tous les coups. Ainsi, il y a un renouvellement constant. Enfin, Ellis utilise le concept de sa série - une équipe gérée par l'O.N.U. - pour parler de sujets sociétaux et politiques. Cela pourrait en déplaire à certains mais, Ellis en fait clairement pas dans la subtilité, à aucun moment. Mais, finalement, il suffit de lire l'actualité pour voir que cette subtilité n'existe pas non plus dans la réalité.

Les dessins n'aident pas forcément à rentrer dans l'histoire. Tom Raney a un style particulier qui déforme souvent les personnages et la colorisation très datée n'aide pas. Pete Woods et Michael Ryan qui dessinent des épisodes fill-in ne feront pas mieux. Le volume se termine sur un épisode dessiné par Jim Lee qui propose un épisode composé uniquement de splash-page. Cela aurait pu être magnifique s'il ne s'occupait pas seulement des ébauches et que Richard Bennett finissait le tout. Le dessinateur/encreur n'a pas le même talent que Scott Williams et il n'arrive pas à rendre aussi beau qu'il le faudrait les dessins du maître. Du coup, rien n'est vraiment magnifique dans ce volume, c'est dommage.

The Authority : les Années StormWatch Tome 1

Urban Comics • Par Warren Ellis, Tom Raney, Jim Lee, Michael Ryan & Pete Woods • 22€50
La construction de Ellis n'est pas évidente, du coup, nous ne savons pas où il nous emmène. Chaque histoire a quelque chose à dire mais c'est un peu compliqué à appréhender dans l'ensemble. Pourtant, l'histoire est indispensable si vous souhaitez connaître les origines de l'équipe The Authority et, vous verrez par la suite, cela en vaut la peine.


[1] Le cross-over Fire From Heaven qui ne sera certainement jamais publié en France et, ce n'est pas grave...[^]

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