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Black Hammer #1

Une somptueuse cover énigmatique, un auteur capable de grandes choses, et un pitch alléchant, Black Hammer, la nouvelle série indé de Jeff Lemire et de Dean Ormston , se dévoile, et vend du rêve !

Souvent, en lisant les premiers épisodes de séries indépendantes, on se retrouve avec peu de choses, et il faut attendre soit le premier recueil, soit plusieurs numéros pour y voir plus clair. Injection, l'excellente saga de Warren Ellis, en est un parfait exemple : j'ai lu 3 numéros sans rien comprendre, avant de réaliser ce qui se passait. Là, Jeff Lemire ne nous fait pas trop patienter, et explicite sa situation rapidement.

Pourtant, ce premier numéro déborde de mystère, mais offre paradoxalement énormément de choses. Sans trop spoiler, parce qu'il y a beaucoup de révélations, on dira juste qu'une ferme est peuplée par d'anciens super-héros, coincés ici sans trop qu'on sache pourquoi et comment, et que la situation devient intenable après dix longues années... Il s'est passé quelque chose, il y a énormément de non-dits, mais ça risque bien de changer.

Lemire ne dit pas tout, il garde beaucoup de choses secrètes, mais c'est pourtant génial. Cette variation sur le genre héroïque, aux personnages qui rappellent autant les Avengers que la Justice League, ressemblerait presque à une "histoire finale" pour ces équipes, face à un ennemi invisible et inattaquable. L'isolation est totale, on la vit avec nos personnages, et il y aurait presque une forme de malaise plus propre aux humains qu'aux héros qui rend ça vraiment intéressant.

Les personnages présentés sont plus ou moins inspirés des héros de Marvel et DC, mais avec une différence bien importante : ils sont humains, impuissants, et presque séniles. Leur souffrance est au centre du numéro, ce qui lui donne une atmosphère poisseuse et malsaine, mais il y a quelques petits moments de grâce. Il reste du bon chez certains d'entre eux, dans les rapports qu'ils peuvent avoir avec les autres par exemple, et ça confère un peu d'espoir au tout. C'est très malsain, mais pas que, et c'est pour ça qu'on aime déjà ces pauvres personnages.

Lemire rend un premier numéro quasiment parfait, et c'est impressionnante de maîtrise. Il surprend chaque mois chez Marvel, mais là il va un peu plus loin. C'est un titre aux influences multiples, avec une narration impeccable qui oscille entre l'humain et l'héroïque, et qui est terriblement mystérieux, sans jamais frustrer le lecteur. Epaulé par un aussi bon dessinateur que Dean Ormston, qui donne une vraie identité au numéro, c'est idéal. L'artiste a un style un peu sale, jamais réaliste et presque brouillon, mais sublime toujours ses pages avec des cadrage et des postures irréprochables. Il donne une atmosphère palpable au tout, aidé par les sublimes couleurs de Dave Stewart, notamment à la ferme en elle-même, qui deviendrait presque un personnage à part entière.

Black Hammer 001-000Black Hammer #1

Dark Horse  • Par Jeff Lemire & Dean Ormston • $2.99
On a du contenu, et de qualité, et pourtant on ne sait pas grand chose. Mystérieux sans jamais être frustrant, le numéro alterne les atmosphères et les genres pour donner quelque chose d'inédit, et de déjà génial. L'attente va être longue.