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Captain America: Sam Wilson #17

Le nouvel objet du scandale

Nick Spencer continue de mettre le focus sur le supporting cast de Captain America: Sam Wilson. Dans ce numéro, le scénariste s'intéresse à Falcon qui est pris entre deux extrémismes.

Joaquim est le nouveau Falcon. Fils d'immigrée clandestine, il a été victime de modifications génétiques qui lui confère des ailes et un pouvoir auto-guérisseur. Sauvé par Captain America, il est devenu son sidekick. Pour rappel, Sam Wilson s'est entouré d'un mexicain vivant illégalement aux États-Unis, d'une femme noire et d'un gay. Autant dire que ce Captain America est ouvert d'esprit et, surtout, que Nick Spencer écrit des histoires inclusives en plus d'être engagées.

Justement, cet engagement fait râler les proches du mouvement extrémiste américain Alt-Right qui sévit sur le net. D'ailleurs, à la simple preview de cet épisode, certains qui critiquent la série depuis son lancement ont découvert que le sidekick de Captain America est un immigré clandestin. Au-delà du fait qu'ils prouvent qu'ils détestent une série sans même l'avoir lue, ils montrent leur intolérance.

Malheureusement, le scandale ne s'arrêta pas à la simple preview. Cette fois, c'est un autre extrême qui s'en prend à Nick Spencer - ça ne doit pas être facile pour lui tous les jours. En effet, dans cet épisode, Joaquim, aidé de l'ex-Avenger Rage, doit affronter un groupe d'extrême-gauche qui combat l'intolérance et l'inégalité en essayant de tuer ceux qui les défendent.

Dès la sortie de l'épisode, les sites américains ont clamé que Nick Spencer tape sur les Social Justice Warriors (ou SJW), ces gens qui combattent l'inégalité et l'intolérance sur le web. Le terme est souvent utilisé de manière péjorative afin de décrédibiliser ces personnages, un peu comme le FN utilise le terme "socialiste" comme une insulte. D'ailleurs, je m'inquiète beaucoup parce que ça a l'air de marcher... Mais, Spencer n'attaque pas tous les SJW. Lui-même, il en est un. Il suffit de suivre son compte Twitter pour le savoir. En fait, il critique les gens d'extrême-gauche qui veulent combattre l'inégalité par la censure. Il est en train de combattre ceux qui pensent faire disparaître leur plus grande crainte en faisant taire les gens. C'est la technique utilisée - et déplorable - par Fredric Wertham, celui qui poussa à la création du Comic Code, qui avait tellement peur que les comics pervertissent les enfants qu'il s'est battu pour que ceux-ci soient plus réglementés - mais on parle bel et bien de censure.

La moralité de l'histoire - et je ne l'invente pas puisqu'elle est écrite en fin d'épisode - est qu'aucun extrême n'est bon. Ce n'est pas parce qu'on est pour l'illégalité entre tous qu'on contraint les gens a oublié la liberté d'expression, ce n'est pas parce qu'on combat le racisme qu'on souhaite la disparition des racistes, ce n'est pas parce qu'on est pour la cause féministe dans les comics qu'on est pour les super-héros masculins disparaissent. La vie est une nuance de gris, tout n'est pas blanc ou noir. Voilà, ce que Spencer dénonce, voilà, ce qu'il faut retenir. Et si vous vous sentez attaquer en lisant cet épisode, remettez-vous en question parce que le message relayé est pourtant très clair.

Sinon, l'épisode se termine avec une grosse surprise qui emmène droit vers le prochain arc. La trame est très bien vue et la voix interne de Sam Wilson sur ces images est fort bien trouvée. La construction de l'intrigue est bien réalisée. Le lecteur comprend les enjeux de cette fin et là où veut nous emmener Spencer.

La partie graphique est confiée à Paul Renaud qui nous offre un boulot remarquable. C'est propre et épuré. Il sait aussi marquer les moments importants comme l'entrée de Falcon au meeting. Il y a quelques faiblesses comme la proportion d'Ariella qui semble être gigantesque sur une case et celle d'après moins grande, ou le côté John Byrne avec une absence de décor presque machinale. En soit, ça reste que du détail.

Captain America: Sam Wilson #17

Marvel Comics • Par Nick Spencer & Paul Renaud • $3.99
Encore un très bon épisode qui est malheureusement encore écorché par le scandale... Cette fois, il vient de l'extrême gauche et m'étonne encore plus dans le sens que le message envoyé est très clair. Peut-être que certains sites ne se concentrent plus que sur le sensationnalisme que sur les histoires en elles-même. C'est dommage, surtout lorsque celle-ci est bien ficelée et assez limpide.