The Mighty Blog

Dark Night: A True Batman Story

Paul Dini a l'idée presque farfelue de raconter sa vie dans une bande dessinée. Étrangement, le scénariste du dessin animé Batman: The Animated Series raconte comment Batman est important dans sa vie et dans son évolution personnelle. Le Graphic Novel Dark Night: A True Batman Story, dessiné par Eduardo Risso et publié par Vertigo nous dévoile un moment important de la vie de l'auteur et cela vous touchera forcément.

Critiquer cet épisode est compliqué pour moi, pour différentes raisons. Tout d'abord, j'ai un certain manque d'objectivité concernant Paul Dini qui est l'auteur qui me fascine le plus au Monde. Il est intelligent, chacun de ses propos est pertinent et, il a l'air tout à fait sympathique. Lorsqu'il a raconté la trame de l'histoire de ce Graphic Novel lors de la conférence qui lui était dédiée à la Paris Comics Expo, j'attendais avec impatience celui-ci. Vraiment ! Cela me paraissait pertinent, touchant et je me doutais qu'il n'allait pas rentrer dans le mélodrame gratuit.

Dini raconte la période de sa vie où il était scénariste du dessin animé Batman et que tout allait bien pour lui. La "folie" qui l'habitait était son travail et lui permettait de rencontrer des femmes et de rentrer dans le moule. Il pouvait partager sa passion avec ses collègues de boulot sans se cacher ou sans paraître pour un débile. Et, puis, Batman, le héros de son enfance l'accompagnait jour après jour. Pas physiquement, mais il racontait sa vie dans chaque épisode qu'il écrivait. Un jour, après une déception de la vie, Dini se fait agresser dans la rue. Il a le visage déformé, il est obligé de recourir à la chirurgie esthétique pour remodeler son visage. Mais, le physique n'est pas la seule chose qui est affectée. Il perd toute motivation à faire ce qu'il fait tous les jours, écrire les aventures de Batman, justicier sauvant la veuve et l'orphelin des criminels, lui paraissait alors bien vain. À travers cette histoire, Dini nous explique comment il a remonté la pente... grâce à Batman !

Cela peut sembler farfelu mais Dini retrace son parcours en partant de son enfance afin que les lecteurs comprennent comment un héros ou un mythe peut marquer un enfant, autant dans son éducation que dans son évolution. Je crois que cela fonctionne très bien dans le récit de Dini. En effet, c'est à ce moment précis que je perds toute objectivité concernant Dark Knight: A True Batman Story, parce que Dini raconte ma vie.

Je sais, c'est facile d'écrire cela ou faire un peu trop preuve d'empathie avec l'auteur. Techniquement, ce n'est pas mon histoire qui est sur le papier, mais je me reconnais dans les grandes lignes. J'y vois un parcours que j'aurais pu avoir. Comme lui et, comme vous certainement, très jeune, j'ai aimé le monde de la fantaisie. Mais, cela dépasse ça. La manière dont il écrit son enfance à imaginer des choses en salle de cours, à presque refuser d'avoir des amis (qui chez moi se résumaient littéralement à des cauchemars), à ne pas être compris de ses parents, à voir un psy et trouver des moyens d'auto-défense pour faire croire qu'on était dans le moule. J'ai vécu tout ça. Les décisions de vie entre Dini et moi sont différentes - et, encore, je bosse dans le jeu vidéo pour la même raison qu'il bosse dans l'animation - mais, tout le long du récit, je me suis senti face à un miroir. Un miroir dans lequel je me suis plongé pour voir si je pouvais y trouver quelque chose de rassurant. Comme Dini, je ne regrette pas ma vie. Même cette agression a quelque chose de bénéfique. Malheureusement, pour lui, ce fut extrême. Malheureusement, pour moi, il m'a fallu un autre traumatisme pour accepter qui j'étais. Et, en conclusion de ce récit, ce que je retiens c'est que je ne suis pas seul. Je ne veux pas être ami avec Dini afin de partager cela. Je sais qu'il n'a besoin de ça non plus. Mais, il a les couilles d'écrire que chaque personne aussi étrange qu'elle puisse paraître dans cette société aseptisée est normale et peut vivre heureuse. Je le suis bien heureux et, sachez-le, écrire sur ce blog contribue à me rendre heureux. Même si, moi encore, les relations humaines sont compliquées, que j'ai encore du mal à dire aux personnes que j'apprécie, yeux dans les yeux, qui je suis, que lorsque je suis dans la rue j'imagine avoir des griffes de Wolverine lorsque quelqu'un rentre dans ma bulle de tranquillité ou, lorsque j'imagine parler à la personne que j'aime quand je suis tout seul chez moi.

Lire ce genre de récit m'aide à me sentir moins seul. Et, c'est l'un des buts de Paul Dini.

Il veut aussi expliquer que nos héros d'enfance ne sont pas seulement des prétextes à acheter des jouets et des goodies, qu'ils ne sont pas des délires qu'on se fait dans la tête, que ses héros ont des valeurs qui contribuent à notre construction. Ils nous accompagnent autant dans les bons moments que dans les plus durs.

Il s'agit de l'un des comicbooks les plus captivants que j'ai eu l'occasion de lire, que ça soit par sa forme que par son fond. Je sais, je manque d'objectivité mais, le fait que Dini présente cela comme une "master class" et n'essaie pas d'être moralisateur rend le tout unique. Ses délires visuels ne sont jamais présentés comme une maladie ou une tare mais, jamais comme une force non plus, il fait vraiment la part des choses et finit en écrivant qu'il espère que ce récit biographique aidera quelqu'un. En tout cas, moi, je me suis retrouvé dedans, et je remercie Dini d'avoir posé sur papier tout cela.

Eduardo Risso est en pleine forme. Il met en image le récit de Dini à la perfection. Batman et le Joker évoluent au fil du récit en fonction de l'âge. Les transitions entre réalité, master class, délires visuels et autres sont superbement gérés. Nous ne sommes pas habitués à voir le dessinateur dans ce genre d'exercice et, c'est ainsi une très bonne surprise.

dark-knight-ogn-coverDark Night: A True Batman Story

Vertigo • Par Paul Dini & Eduardo Risso • $22.99
Au-delà du récit qui me touche personnellement, Dark Night: A True Batman Story est un chef d'œuvre. Je ne pèse pas mes mots parce que ni Mark Hammill ni Neil Gaiman ne se le permettent. Cette manière qu'a Dini de raconter les traumatismes de sa vie est incroyable. J'aime cet auteur et, aujourd'hui, il sait me rappeler pourquoi. Merci pour tout !