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Midnighter #1

Ce mois de juin annonce de nombreuses nouvelles séries dont une sur Midnighter, le héros habillé de cuir ultra-violent et homosexuel. Steve Orlando décide de mener le super-héros dans une nouvelle direction mais sans renier ce qui a été fait auparavant.

Je dois avouer que j'appréhendais grandement cette série Midnighter. Il s'agit d'un personnage que j'apprécie beaucoup et, même si j'aime l'idée que DC Comics offre une série régulière au personnage, ils font parfois des choix étonnants en faisant prendre des directions perturbantes aux personnages. Je pense notamment à l'annulation du mariage de Batwoman qui a mené au départ des auteurs puis à la chute qualitative de la série jusqu'à son annulation. Le fait est que DC a décidé de rendre Midnighter célibataire. Cette annonce m'a beaucoup déçu puisque, à l'instar de Batwoman - et certainement sous couvert que selon l'éditeur en chef Dan Didio un super-héros ne peut pas vivre heureux, l'éditeur a décidé de bousiller tout ce qui me plaisait chez le personnage et le rendait à part. En effet, lors de l'arrivée du héros dans les pages de StormWatch en septembre 2011 au sein du canon DC, Midnighter et Apollo étaient en couple mais plus mariés. Ils ont également perdu leur fille adoptive, Jenny Quantum. Ainsi, ils devenaient de "simples" gays perdant tout le symbolisme qu'ils représentaient. Là, maintenant, Midnighter est célibataire. Mais après lecture de cet épisode, je dois avouer que je suis particulièrement rassuré et conquis par ce que Orlando nous propose.

Certes, le personnage "chasse" sur Grindr, l'application de rencontres gay qui a inspiré Tindr. Mais, cela permet à Orlando de continuer la construction du personnage au sein de l'univers DC. En effet, Apollo est évoqué dans cet épisode. Et pas qu'une fois. Il est toujours important pour le héros et lorsqu'il en parle à nu, on ressent l'émotion et tout l'amour qu'il porte pour son compagnon décédé. Cela se passe en quelques phrases, mais c'est marquant. Dans la même veine, la série se repose sur un nouveau statut-quo : qu'est-ce que fait Midnighter maintenant que Apollo n'est plus là ? Bien entendu, il continue à castagner les méchants mais il va sans hésiter se confronter à son passé celui auquel Apollo arrivait à le préserver.

L'homosexualité peut être considérée au centre du récit. D'un autre côté, Apollo a fait partie intégrante de la vie de Midnighter et le scénariste refuse de l'oublier. Orlando montre également un aspect de l'homosexualité souvent caché dans les grand médias, la sexualité entre deux hommes. Sans rentrer dans le vulgaire et le voyeurisme, le scénariste nous montre deux hommes qui s'embrassent et qui se laissent tenter par le plaisir de la chair. Avec la construction de l'épisode, cela nous donne un très bon aperçu du personnage et nous montre toute son ambivalence. Il n'y a pas à dire, ce premier épisode est très bien foutu.

J'ai pu lire des critiques précisant que, je cite, "le fait qu’il soit gay est à peine un détail de l’histoire, comme dans la tradition du personnage" se voulant presque rassurant sur ce point. D'autres avertissent que "ce ne sera pas du goût de tous". Cela m'inquiète un peu. Il est important de rappeler que si Midnighter est gay c'est important pour la diversité mais aussi pour la construction du personnage. En tout cas, autant qu'un personnage hétérosexuel comme Peter Parker partage sa vie entre ses activités super-héroïques et la femme de sa vie du moment. J'applaudis à deux mains le travail que Steve Orlando fait à ce sujet. Il rend tellement naturel l'homosexualité du personnage tout en arrivant à la mettre en avant. S'il arrive à trouver ce compromis à chaque épisode, et en espérant que l'intrigue qui se dévoile un peu dans ce premier épisode tienne la route, Midnighter sera une très bonne réussite.

Alec Morgan a un trait plutôt sympathique rappelant par moment Mikel Jenkins sur Grayson. Ses cases sont souvent bourrées de détails et ça peut gâcher la lisibilité mais rien de bien méchant. Ce n'est pas un Marco Rudy, non plus. Il a des bonnes idées de mises en scène, très modernes. Je critiquerais peut-être cette sale manie qu'il a de faire trop souvent des plans éloignés des personnages. Même si les close-up sont utilisés à bon escient afin de marquer la situation.

Midnighter-001-CoverMidnighter #1

DC Comics • Par Steve Orlando & Alec Morgan • $3.99
Très bon démarrage pour cette série sur Midnighter. Sans être dénué d'humour, le héros s'impose déjà comme personnage à suivre. À côté de ça, Orlando traite le personnage et son homosexualité intelligemment sans rentrer dans le vulgaire. Je vais me laisser tenter par les prochains épisode.