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Moon Knight #11

La quête de Marc Spector continue dans les pages de Moon Knight tandis que son délicat passé se dévoile. Toujours mené de main de maître par Jeff Lemire, Greg Smallwood et Jordie Bellaire.

Moon Knight est une série qui me fait vibrer. Elle fait partie de ces délicieux titres avec une touche indépendante, à l'image de l'acclamé Hawkeye de Matt Fraction, qui embellissent le riche catalogue de l'éditeur. Associer une telle équipe créative à un tel personnage afin d'obtenir un tel résultat, on a envie de remercier chaleureusement Marvel pour avoir pris cette belle décision éditoriale.

Ce onzième numéro ne déroge pas à la règle et invite le lecteur à poursuivre le voyage assez psychédélique de notre personnage désormais sain dans sa tête, répondant uniquement au nom de Marc Spector. Propulsé dans l'Overvoid, un étrange lieu mêlant paysages ésotériques et figures de la mythologie égyptienne, il se voit chargé de récupérer l'élément lui permettant de délivrer son compagnon Crawley de la possession d'Anubis. Bien que l'intrigue principale soit franchement prenante, le projecteur est ici tourné vers le passé de Marc Spector. Sa vie de jeune adulte nous est alors présentée à travers de multiples flashbacks, chacun abordant un moment particulièrement important.

La discussion entre Marc et sa mère, au soir de l'enterrement du père, est d'ailleurs assez dérangeante. Un échange turbulent a lieu, Marc insistant que son père l'avait éloigné par pure honte de sa schizophrénie, tout de suite rétorqué par la mère soulignant l'amour et l'inquiétude de ce dernier à l'égard de son fils. Marc semble alors bizarrement déconnecté, puis déclare avec un ton inquiétant "Marc n'est plus là, Jake est maintenant présent". Madame Spector, gênée par la manifestation de sa maladie, supplie Marc de stopper ce cirque. Celui-ci reprend connaissance, s'excuse et file se rafraîchir les esprits. On a l'habitude de voir Moon Knight annoncer une transition de personnalité à ses collègues, comme au détective Flint, mais voir le changement brusque apparaître dans ce moment inadéquat est assez gênant à assister. Jeff Lemire offre donc une scène génialement perturbante, révélant notamment des indices sur les liens entre membres de la famille Spector. Ce qu'on peut retenir est que le jeune homme éprouvait beaucoup de rancœur envers son père, alors que le numéro précédent témoignait des gestes attentionnés de ce dernier, tournés davantage vers le soin que le rejet.

De son côté, Greg Smallwood produit des planches absolument somptueuses, d'une beauté élégante et raffinée. Si on compare son travail actuel avec ses débuts sur le titre mené par le scénariste Brian Wood, sa progression est flagrante avec un trait ayant gagné en précision, en finesse et en expressivité. La colorisation de Jordie Bellaire mérite toute aussi son attention, qui est d'une justesse irréprochable. On peut citer le passage dans le fight club dégageant une ambiance lugubre, mêlant transpiration et sang séché.

Moon Knight #11

Marvel Comics • Par Jeff Lemire & Greg Smallwood • $3.99
Dénigrant l'amour de son père et magnétisé par l'aura de Khonsu, sa future figure paternelle, Marc Spector fut un jeune homme brisé et déboussolé. Notre brillante équipe créative dévoile avec justesse le passé empathique d'un héros hors du commun. Divine, Moon Knight est la série Netflix à gros budget que nous méritons.