The Mighty Blog

The Discipline #1

Ceci est un article très énervé. Vertigo/DC Comics n'en avait pas voulu et The Discipline s'annonce comme une terrible erreur pour Image Comics, sur tous les plans : une insulte aux femmes, aux hommes et à l'industrie. 100% mauvais goût.

[Laissez-moi commencer par un avertissement. On trouve dans cette horreur du harcèlement moral et sexuel, des agressions et des viols. Ne lisez pas cet article si vous ne souhaitez pas voir abordés ces sujets.]

C'est plus fort que moi et c'est d'ordinaire une très bonne habitude : je lis tous les numéros un de nouvelles séries. Hélas ! Ça n'a pas du tout été une bonne décision ce coup-ci. À chaque page j'étais plus horrifiée, dégoûtée, révoltée. The Discipline est la synthèse parfaite de tout ce qui peut ne pas aller dans les comics : sexiste, misogyne, feignant, incohérent et invraisemblable, une savonnette pourrait produire un scénario plus palpitant que ce que proposent ces vingt pages de sous-littérature.

Alors The Discipline, qu'est-ce que ça raconte ? C'est l'histoire d'une jeune femme magnifique, intelligente, sportive mais sexuellement frustrée car, voyez-vous, son mari la délaisse pour on ne sait quelle raison. De toutes façons, les maris de femmes brillantes, ils ne savent faire que ça, ces ingrats. Non, attendez. Ça ne commence pas comme ça, non. D'abord il y a une scène vaguement sexuelle entre deux êtres à écailles plus ou moins consentants. Vous l'aurez deviné, c'est le personnage féminin qui soudain s'éveille de cette drôle de vision, à poil dans une chambre d'hôtel, le mec debout devant elle, sûr de lui et de la situation mais fort peu vêtu également. Avec ces trois premières pages, une petite voix dans ma tête a commencé à chantonner "♪ mais pourquoi tu t'infliges çaaa lalala ♫ arrête tout de suiiiite ♪". Il faut toujours écouter sa schizophrénie imaginaire, telle est la morale de cette histoire. Mais je digresse. Notre pauvre héroïne esseulée, Melissa, ne trouve rien de mieux à faire pour s’émoustiller que d'aller voir un Goya chelou et fictif dans un musée et ce tous les jours. Sur ces entre-faits, un stalker débarque, lui annonce qu'ils ont rendez-vous dans deux jours et lui mets la main à l'entre-jambe. Comme ça. Pour Melissa, c'est le coup de foudre.

Le coup de foudre. Sérieusement.

Nous sommes page 9 et j'ai déjà envie de faire un procès aux auteurs. S'ensuivent des scènes de bitching entre copines façon Sex and the City, d'autres approches du beau Orlando toutes plus flippantes les unes que les autres (premier rendez-vous : un abattoir, quand même) et les soupirs enamourés mais tout de même interrogatifs de Melissa. Elle réalise quand même qu'il est un peu étrange, ce garçon. Mais pas de souci, puisqu'elle est visiblement dépourvu d’instinct de conservation : elle le suit dans tous les rendez-vous glauques qu'il lui propose. Dont une maison abandonnée dans laquelle il vient d'entrer par effraction. Narmol. Je vais vous spoiler complètement la fin mais non, ça ne finit pas très bien pour elle tout ça. Un monstre débarque, la viole et la kidnappe pour la nuit. Pendant ce temps, Orlando est rentré chez lui et se met des gouttes dans les yeux pour pouvoir parler un pseudo latin dégueulasse aux divinités vaguement grecques-extraterrestres qu'il semble servir. Franchement, c'est n'importe quoi. Le tout saupoudré de ma trope préférée : le mystérieux mystère ! Tu comprends rien, ils te disent rien, t'es un peu là comme un rond de flan à espérer que quelque chose te fasse vibrer, une petite réponse, une piste, mais niet, tu peux toujours courir. On ne sait pas qui sont les extraterrestres, qui est Orlando, ce qu'est cette secte Discipline, leur but, pourquoi le sexe, qui est le monstre qui débarque à la fin... Rien. On sait juste que Melissa est visiblement écrit par un mec qui n'a pas la moindre idée de ce que c'est que d'être une femme et qui préfère s'en tenir à ses stéréotypes joggeuse-bonne-avec-son-petit-chien que de se soucier de la moitié de la population de la planète.

Faut-il vraiment lister tout ce qui ne va pas dans tout ça ? En plus d'être mauvais, c'est mal écrit, le dessin abuse des ombres mais définitivement pas des décors et la couleur ne pourrait pas être plus basique. Le tout servi par une équipe 100% masculine mais vraiment, je pense qu'on l'avait déjà deviné. Peter Milligan, au scénario donc, décrit son titre comme "horrifique et étrange" dans une interview accordée à CBR aux débuts du projet, le sexe y étant représenté de façon "plutôt graphique et crue". Ah oui ça, un viol par un monstre géant, c'est assez cru effectivement. Le mec critique la mouvance paranormal glam et nous sort exactement ça, en moins réfléchi et en plus sexiste (ce qui s'avère, en soit, un petit défi). Pourtant il a de la bouteille Milligan, il devrait savoir un minimum raconter des histoires. Mais non, même la narration est basique voire mauvaise, certains enchaînements sont tirés par les cheveux, trop rapides, et les techniques utilisées sont celles d'un cours pour les nuls.

Alors que certains auteurs se sont éveillés à leur propre misogynie et dans un contexte où de plus en plus de comics parlent féminisme, égalité et sexualité saine (Ah Sunstone !), The Discipline #1 donne l'impression de repartir 15 ans en arrière. L'auteur ose appeler ce premier chapitre "Séduction" rendant donc sexy le fait qu'un mec te suive sur plusieurs jours, qu'il t'agresse sexuellement et qu'il te drogue/transforme si l'on en croit la première scène. Aucune meuf sur cette planète n'irait suivre un mec aussi bizarre, enfin j'espère, sincèrement. Ne faites pas ça. Ça n'est jamais convaincant, jamais intéressant, jamais intriguant. Ça ne donne qu'une envie : soupirer de désespoir. On se fiche de savoir pourquoi Orlando s'acharne sur Melissa, on veut juste qu'il arrête. Pour toujours.

The Discipline #1The Discipline #1

Image Comics • Par Peter Milligan & Leandro Fernandez • $2.99
Un stalker vous donne rendez-vous dans un abattoir et vous agresse sexuellement ? C'est sans doute l'homme de votre vie, n'hésitez plus ! Les hommes sont-ils assez idiots pour penser qu'une femme abordée de cette façon va leur tomber dans les bras ? Il semblerait que Milligan le pense.
La purge qu'est la lecture de The Discipline #1 n'a d’égale que l’effroi qui vous parcoure quand vous réalisez que toute une équipe d'adultes vivants au XXIème siècle a validé ce projet, étape après étape. Terrifiant.