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The Multiversity #2

The Multiversity de Grant Morrison arrive à son terme. Ce neuvième chapitre reprend là où le premier nous avait laissé. Les héros sont face à un terrible ennemi sans visage qui arrive à voyager à travers le Multivers comme on lit une BD.

Une armée de héros de différentes Terres dont Captain Carrot et Superman noir doivent s'unir pour sauver le dernier des Monitor d'une menace qui passe à travers les comics pour anéantir les mondes.

Tout le monde a noté l'analogie entre Secret Wars et Convergence, les deux événements qui frappent respectivement Marvel Comics et DC Comics en ce moment. Pourtant, ils sont très différents. Le premier est provoqué par un homme conquérant mais qui redéfinit l'univers tout entier dans lequel il vit, par nostalgie. Le second est un assaut voué à détruire les réalités, dépassant les règles même de l'univers, par plaisir. Si l'on devait alors comparer The Multiversity à l'un des deux, je serais tenter de le rapprocher de Secret Wars.

À l'instar de Jonathan Hickman, Morrison utilise un système mis en place depuis des décennies, il en trouve une brèche et il joue avec les codes du système afin de créer son événement. Le Multivers a certes un autre aspect que celui de Marvel. Chez DC, il s'agit de mondes complètement indépendants alors que chez la Maison des Idées, il s'agit de mondes parallèles découlant des autres. Pour simplifier, le premier est un système ouvert avec des possibilités infinies alors que le second est un écosystème complet (et complémentaire) avec "seulement" 52 mondes. Ces différences font que le système de surveillance des activités dans leur Multivers diffère également. Chez DC, chaque Terre a ses héros qui protègent les menaces s'attaquant à leur habitat. Parfois, les héros de différentes Terres viennent à s'unir pour combattre des ennemis communs. C'est ce qui arrive d'ailleurs ici mettant en lumière des alliances inattendues et des héros jusqu'ici inconnus.

Le fait est que du côté de DC, ils n'ont rien ni personne pour éviter que ce genre de menaces se produise ou ne se propage. Morrison utilise ce postulat pour créer une équipe de fortune qui est obligée d’endosser ce rôle. Cela donne les prémices d'une potentielle série pour une Justice League Inter-dimensionnelle. Là, plus que sur les one-shot qui avaient pourtant l'aspect d'épisodes pilotes de nouvelles séries, il y a la sensation que la situation finale est vouée à lancer quelque chose de nouveau. En tout cas, cela a un grand potentiel.

The Multiversity #2 ne s'arrête pas à nous révéler un potentiel latent de l'ADN du DCverse. Morrison a aussi un message plus méta sur la définition même de l'industrie du comicbook. L'ennemi, ici, n'est pas une fin mais une justification. Sans ennemi, il n'y aurait pas de super-héros. Sans super-héros, il n'y aurait pas d'histoires. Sans histoire, il n'y aurait pas de comicbook. L'ennemi, sans visage et sans forme particulière est notre représentation, les lecteurs. Morrison ne vient pas à dire que nous detruisont l'industrie mais que nous la justifions. Nous avons un rôle important. Cette fois, Morrison brise le quatrième mur, nous place au cœur de son histoire et nous donne une voix. Nous sommes autant le lien entre les 52 Terres que leur raison d'être.

Ce dernier épisode de The Multiversity est dense à tel point que cette critique ne gratte que la surface de ce que Morrison veut raconter. Faut dire qu'il se passe beaucoup de choses à chaque page, même Ivan Reis a du mal à suivre. Il doit jongler entre les personnages et leur donner une âme alors que certains ne prononcent que des morceaux de phrases. Et puis, Morrison impose un découpage serré qui divise la page en multiples actions parallèles laissant peu de place au dessinateur de s'exprimer autant qu'il le voudrait.

The-Multiversity-002-CoverThe Multiversity #2

DC Comics • "Superjudge" par Grant Morrison & Ivan Reis • $3.99
Ce dernier épisode de The Multiversity n'est pas le meilleur de la saga mais il met sur pied tout ce qu'a échafaudé Morrison depuis le début. Même si le scénariste introduit de nouveaux concepts, il n'oublie pas de refermer sa boucle en nous expliquant sa démarche. En tout cas, les neuf chapitres furent tous très intéressants.