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The Multiversity: Mastermen #1

Dans cet épisode de The Multiversity, Grant Morrison nous emmène dans un monde où la capsule de Superman s'écrase non pas dans le Kansas mais en Allemagne ce qui change radicalement le cours du temps. Le scénariste nous propose une uchronie dans laquelle les créations de DC Comics sont divisées.

The Multiversity est l'occasion pour Grant Morrison de jouer avec l'ADN de DC Comics. Et il le fait terriblement bien. Il faut dire que l'éditeur s'est construit au fur et à mesure en rachetant des catalogues de maisons d'édition qui fermaient leurs portes. Par exemple, ici, Morrison s'intéresse aux créations de Quality Comics avec les Freedom Fighters et comment ces héros, menés par Uncle Sam, sont revenus plus modernes dans les pages de séries DC Comics.

Ainsi, Superman apparaît en 1938 en Allemagne Nazi qui représente DC Comics. Autour de notre Superman nazi, ou plutôt Overman, s'articule une Ligue composée de créations DC et qui envahissent le monde de Quality Comics en 1956 - date de fermeture de la maison d'édition - mais dont les héros reviennent en 1972 comme ils étaient apparus la première fois dans une série DC.

Je vous rassure de suite, il n'y a pas besoin de savoir tout ça pour aimer et apprécier cet épisode de The Multiversity. Il s'agit d'un degré de lecture élevé qui démontre que la série a été mûrement réfléchie. En tout cas, le parallèle entre DC et l'Allemagne Nazi est osée de la part de Morrison mais cela s'arrête là. Il s'agit d'un monde dirigé par un Overman aimant et prêt à se sacrifier pour son peuple et son idéologie et qui n'est pas prêt de tout accepter les dérives de celles-ci. Il suffit au scénariste de seulement 3 cases pour parler des camps de concentration et de mettre Overman face au doute du régime qu'il protège.

Dans cet épisode, le scénariste fait aussi des références cinématographiques. On pense tout d'abord à Inglorious Bastards avec cette milice hétéroclite qui combattent les Nazis. Même la scène du théâtre rappelle la scène finale du film. Enfin, il y a Metropolis, concept né de l'esprit d'un Allemand. Nous retrouvons ici la structure et la mentalité du concept de Fritz Lang.

Jim Lee est un dessinateur que j'adore parce que son trait parfait et sa notion du détail semble ne pas avoir de limites. Mais, depuis des années, nous voyons le dessinateur dans les mêmes rôles, les mêmes spectacles de surenchère visuelle digne des plus grands blockbusters hollywoodiens. La prise de risque est souvent nulle et il est sur un rail nous passant de grandes scènes à grandes scènes. Pourtant, il sait très bien faire des scènes plus intimes et des dialogues dynamiques. Eh bien, Morrison le met en danger - façon de parler - en lui demandant de faire The Multiversity. La première scène avec Hitler en train de chier est excellente, par exemple. Et puis, Lee gère très bien les ellipses, les changements de lieux, les effets de surprises, les scènes de flash-backs et de donner vie à cette uchronie. Le dessinateur n'offre peut-être pas son meilleur travail mais l'un de ses plus intéressants, c'est certain.

The-Multiversity---Mastermen-001-CoverjpgThe Multiversity: Mastermen #1

DC Comics • "Splendour Falls" par Grant Morrison & Jim Lee • $4.99
Encore un excellent one-shot de The Multiversity ! Morrison semble vouloir garder ses billes pour le grand final mais conserve un code à chaque épisode. En tout cas, cette réécriture de l'univers de DC Comics est très intéressante et documentée. Comme souvent depuis le début de la saga, l'épisode avec un goût de trop peu mais une satiété plaisante.